Une affaire de cœur

« Le Parti libéral est un parti avec un grand coeur », a lancé samedi le nouveau président de la campagne libérale, Alexandre Taillefer, qui faisait officiellement ses débuts au conseil général du PLQ. Le moins que l’on puisse dire est que cela n’a pas été toujours évident au cours du mandat qui s’achève.

Par effet de contraste, la frénésie de justice sociale qui s’est emparée du gouvernement Couillard à l’approche des élections fait ressortir l’insensibilité des mesures d’austérité qu’il a imposées pendant deux longues années et qu’il cherche maintenant à faire oublier.

Dans le « nouveau Québec » que le PLQ promet d’édifier, « il n’y aura pas de laissés-pour-compte, pas de talent inexploité, plus de portes fermées », a déclaré la ministre de l’Éducation supérieure et de la Condition féminine, Hélène David, une des rares personnes semblant animées par une réelle compassion dans la lutte contre l’inconduite sexuelle.

Après avoir entendu l’allocution de clôture du premier ministre Couillard, un militant de longue date confiait : « On dirait le discours d’un ingénieur qui s’adressait à des ingénieurs. » On a l’impression que M. Couillard parlerait de physique quantique ou de lutte contre la pauvreté sur le même ton.

M. Couillard a raison de se réjouir que le Québec puisse aujourd’hui emprunter à meilleur coût que l’Ontario. Tant mieux si l’économie et les finances publiques se portent bien, mais la population attend aussi de son gouvernement qu’il ait du coeur.

La crédibilité du message repose en bonne partie sur celle du messager. Il n’y a pas au PLQ l’équivalent de Véronique Hivon ou de Manon Massé, dont le nom est synonyme de compassion dans l’esprit de la population. Gaétan Barrette et François Blais n’ont vraiment pas le profil du bon Samaritain. François Legault a bien compris qu’il lui fallait humaniser le visage de la CAQ quand il a recruté Marguerite Blais.


 

« Nous sommes le parti de la Révolution tranquille », a rappelé le président de la Commission-Jeunesse, Stéphane Stril. Ceux qui ont la nostalgie d’une époque où leur parti construisait l’État du Québec moderne ont dû sursauter quand ils ont entendu Alexandre Taillefer inscrire le gouvernement Couillard dans la continuité de celui de Jean Charest, en ressuscitant bien maladroitement le slogan des « mains sur le volant ».

L’arrivée de M. Charest a marqué une rupture dans l’itinéraire idéologique du PLQ. Au départ, ce n’était ni Jean Lesage ni Robert Bourassa qu’il avait pris pour modèle, mais l’Ontarien Mike Harris. La « réingénierie » de l’État apparaissait comme l’antithèse de la Révolution tranquille.

Comprimer les dépenses en début de mandat afin d’ouvrir les coffres à l’approche des élections est exactement ce que M. Charest avait tenté de faire durant son premier mandat. M. Couillard a simplement appliqué la recette avec plus de fermeté.

L’insistance de M. Couillard lui-même sur la nécessité de maintenir une équipe d’expérience au pouvoir pour gérer l’instabilité créée par le gouvernement Trump, comme M. Charest l’avait plaidé lors de la crise financière de 2008, donne toutefois l’impression qu’il craint d’être victime de son propre succès. Si le Québec va aussi bien que le dit premier ministre, il n’y a pas grand risque à donner à la CAQ la chance de démontrer ce qu’elle peut faire.


 

Le PLQ de 2018 semble également bien loin de celui qui réclamait la « souveraineté culturelle » et qui a fait du français la seule langue officielle du Québec. En toute justice pour M. Charest, c’est son prédécesseur, Daniel Johnson, qui s’était distancié le premier du nationalisme de la Révolution tranquille quand il avait déclaré être « Canadien d’abord et avant tout ».

À cet égard, M. Couillard est plus près du second que du premier. Il ne suffit pas d’être fier d’être Canadien, comme François Legault prétend l’être ; il faut aussi aimer le Canada, comme lui-même le fait, a-t-il expliqué en point de presse.

Manifestement, il faut aussi aimer son autre langue officielle. Les libéraux ont toujours fait une plus grande place à l’anglais que tout autre parti dans leurs assemblées, mais c’était particulièrement vrai au conseil général de samedi. La recrue vedette du PLQ, la sommelière Jessica Harnois, passait d’une langue à l’autre à un rythme étourdissant. Maintenant que la souveraineté n’est plus à l’ordre du jour, il ne faudrait pas que les électeurs anglophones décident de « se libérer », comme les y a invités M. Legault.

15 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 5 juin 2018 01 h 03

    La compassion passagère du PLQ.

    Les vraies progressistes ont sursauté quand ils ont entendu monsieur Taillefer qualifier le PLQ de «progressite.» Malheureusement, le PLQ moderne n'a rien à faire avec la Révolution tranquille qui avait à coeur le bien commun et l'intérêt public. Le PLQ a passé les quinze dernières années à détruire les services publics et le filet social, avec sa réingénierie et sa politique d'austérité. C'est trop tard maintenant de se réveiller aux souffrances des plus démunis avec des promesses électoralistes temporaires. Chassez le naturel, il revient au galop.

  • Denis Paquette - Abonné 5 juin 2018 02 h 01

    faut il en posséder les moyens

    parler de compassion a quelque mois d'élection n'est il pas cousu de fils blanc , peut être comme le pense certains faut-il y avoir les moyens, mais est-ce véritablement vrai , ou n'est ce pas des dynamiques possédant en eux mêmes leurs moyens, voila des questions que j'aimerais bien un jour voire exposées,

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 juin 2018 03 h 18

    Le mythe du PLQ bon gestionnaire de l'économie québécoise

    Michel David écrit : « Tant mieux si l’économie et les finances publiques se portent bien… »

    Tout comme La Presse, tous les éditorialistes et chroniqueurs du Devoir ne manquent jamais une occasion de contribuer au mythe selon lequel le PLQ serait un bon gestionnaire de l’économie québécoise.

    Cela est répété de manière subliminale à peu près partout, dont cette fois-ci.
    l
    Le PLQ a rétabli l’équilibre budgétaire dont il a hérité du PQ en 2003 et qui avait rompu sous Jean Charest.

    Le taux de chômage est bas au Québec (comme il l’est en Amérique du Nord) parce que les babyboumeurs prennent leur retraite, lassant leurs emplois disponibles à d’autres.

    Ce taux est inférieur à celui de l’Ontario parce que l’immigration soutenue dans la province voisine depuis des décennies a fait en sorte que l’importance démographique des babyboumeurs y est moindre.

    Par contre, la balance commerciale du Québec est catastrophique alors qu’elle était excédentaire avant 2003.

    Le taux de croissance économique n’a dépassé la moyenne que quatre fois en seize ans (toujours dans ces cas de manière minimale) sous le PLQ alors qu’elle dépassait la moyenne canadienne neuf des dix années qui ont précédé l’arrivée au pouvoir de Jean Charest, parfois de manière remarquable.

    Le revenu disponible par personne a décliné du 4e rang canadien (qu’elle était sous le PQ) au dernier rang des provinces canadiennes sous Couillard.

    Entre mars 1999 et juin 2002, le gouvernement péquiste a créé 311 600 emplois, soit une moyenne de plus de 100 000 par année. De peine et de misère, le gouvernement Couillard réalisera sa promesse de créer 250 000 en quatre ans.

    Bref, le vrai bon gestionnaire de l’économie québécoise, c’est le PQ.

    Pour plus de détail, j’invite les lecteurs du Devoir à lire mon texte intitulé ‘Bilan économique du gouvernement Couillard’,

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 juin 2018 10 h 17

      Correction :

      Par contre, la balance commerciale du Québec est catastrophique _maintenant_ alors qu’elle était excédentaire avant 2003.

    • Raymond Labelle - Abonné 5 juin 2018 10 h 48

      Le fait que l'économie aille bien peut aussi en partie être attribuable à la chance - mais c'est quand même le cas (par exemple, bas taux de chômage, retraite des baby-boomers).

      Il faut quand même reconnaître que le Québec a un des taux, peut-être même le taux, d'imposition le plus progressif d'Amérique du Nord. Et est parmi ceux qui adoptent le plus de mesures sociales. Même si on ne voulait n'en accorder aucun mérite au PLQ, il faudrait au moins lui accorder de n'avoir pas trop touché à ça, que ça soit pour les bonnes et/ou les mauvaises raisons - il a quand même beaucoup gouverné ces dernières décennies et c'est encore le cas.

      Tout ceci pour inviter à la prudence sur le chiffre du revenu disponible par habitant. C'est ce qui reste après impôts - mais ce chiffre ne tient pas compte des services de l'État dont bénéficient les citoyens. Ainsi, si le Québec est la province où a la plus petit revenu disponible par habitant, il est aussi celle où on a le moins de pauvreté...

      Pas le temps de faire une grosse recherche, mais quelque chose ici - pas mal , mais un peu vieux (2010): https://www.erudit.org/fr/revues/ae/2010-v86-n3-ae1522577/1003525ar/

    • André Joyal - Abonné 5 juin 2018 11 h 28

      «Pour plus de détail, j’invite les lecteurs du Devoir à lire mon texte intitulé ‘Bilan économique du gouvernement Couillard’,»

      Prière, M. Martel, de nous fournir la référence exacte, car ce n'est pas toujours évident entreprendre une recherche dans notre journal.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 juin 2018 14 h 27

      À André Joyal : Je m’excuse pour cette omission. Voici l’hyperlien :
      https://jpmartel.quebec/2018/05/31/bilan-economique-du-gouvernement-couillard/

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 5 juin 2018 18 h 49

      Ce que nous devons retenir c'est que les médias sont constamment à la recherchent de scoops pour satisfaire la curiosité du public.

      Dans la chronique d'aujourd'hui, il me semble que c'est de la désinformation volontaire; écrire un côté et s'abstenir de mentionné l'autre qui permettrait aux lecteurs d'être en mesure de discerner sur les propos.

    • Jean-François Trottier - Abonné 6 juin 2018 11 h 46

      Pour ajouter à ce que dit M. Martel, les Libéraux ont, d'entrée de jeu, coupé certains impôts et ce faisant vidé les caisses.

      On se souvient du cadeau de 700 millions de Harper lors de la campagne électorale de 2007, millions que Charest a immédiatement transformé en baisses d'impôt.
      Depuis son arrivée en 2003 Charest a tout fait pour NE PAS avoir de marge de manoeuvre, sauf bien sûr pour les cadeaux électoraux.

      Résultat, il s'est trouvé fort dépourvu quand la crise fut venue, comme disait La Fontaine. Il a aidé ses petits amis contracteurs à coup d'emprunts monstres. ioupi.
      En regard aux finances, voilà une cigale qui chantait faux, n'en déplaise au mythe Libéral.
      La crise était pourtant prévue! On ne savait ni quand ni comment mais on savait.
      Fanatique du Dogme de la légèreté de l'État ? Ou pur imbécile ?
      Charest et sa clique étaient tout sauf de bons gestionnaires.

      Ça continue avec Couillard et ses Mactrios, mensonges éhontés en prime.
      On ne parle même pas de grand coeur ici! Un grand coeur, on sait que le PLQ s'en découvre un pendant 3 mois aux quatre ans avant de l'étouffer sec.

      On parle de saine gestion. De degré de risque et de prévision.
      J'ai déjà dit que je ne confierais une succursale bancaire de village à Leitao que si j'avais l'intention de la fermer.
      Savoir donner toutes les cotes de la Bourse de mémoire n'a jamais rendu intelligent.
      Ce gars n'a aucune vision d'État et ne sait pas ce que ce mot signifie.

      Par contre en écritures comptables je le soupçonne apte à faire disparaître sa main gauche en trois coups de plume et deux révisions.

      Le PLQ n'a pas totalement massacré les programmes sociaux parce qu'il a peur des réactions spontanées qui s'ensuivraient et pas des effets économiques qu'au contraire il recherche. Bin quin, vive le marché libre!
      Aussi il y a va lentement, en érodant un peu plus à chaque année sauf la quatrième, celle des cadeaux.

      J'ai la nausée depuis 2003 et ça continue.

  • Gaston Bourdages - Abonné 5 juin 2018 06 h 03

    Celui disant avoir les deux mains....

    ....sur le volant ( j'apprécierais plus ici l'usage de « d'un volant » que « le volant » ) ne l'est a plus sauf que. Oui sauf que l'image du véhicule est marquée au fer rouge par une tenue de commission, celle-ci Charbonneau, qui NOUS a coûté 44.3m $ avec les résultats....cherchons donc pour voir. Comment avoir et faire confiance ? Quelqu'un.e a une réponse ?
    J'en fais une « Affaire de coeur » Plus encore mon esprit et mon âme y rejoignent le coeur...
    Merci monsieur David.
    Gaston Bourdages

  • Jean Lapointe - Abonné 5 juin 2018 07 h 25

    Les libéraux ont fait reculer la démocratie au Québec

    «Le moins que l’on puisse dire est que cela n’a pas été toujours évident au cours du mandat qui s’achève.» (Michel David)

    Le pire à mon avis c'est qu' en plus de ne pas avoir démontré qu'ils avaient du coeur, les libéraux réduisent les gens en de simples travailleurs-consommateurs.

    A leurs yeux et dans la réalité nous ne sommes plus des citoyens qui auraient leur mot à dire dans les décisions qui doivent être prises. C'est que les libéraux se pensent comme étant les seuls à savoir ce qui doit être fait pour notre bien. Quand il y a consultation c'est pour la forme.

    La possibilité pour les citoyens de participer aux décisions n'a telle pas été réduite par des lois qui n'accordent pas beaucoup d'importance à la consultation parce qu'ils n'en voient pas la nécessité et certaines lois n'ont-elles pas aussi centralisé les pouvoirs, surtout en santé? Sans compter les abolitions d' organismes de surveillance.

    Bref le pire que les libéraux ont fait est-ce que ce n'est pas d'avoir fait reculer la démocratie au Québec?

    C'est bien beau d'avoiir du coeur comme ils le promettent mais ce n'est pas suffisant dans une société qui se veut démocratique. Mais cele ne semble pas être un de leurs soucis. Pour eux la démocratie ça se limite à des élections tous les quatre ans et s'ils s'y soumettent ce n'est sûrement pas par conviction mais parce qu'ils n'ont pas le choix. Conséquemment l'élection devient pour eux une contrainte qu'il s'agit de détourner à leur avantage et non pas comme un exercice nécessaire en démocratie.

    Avoir du coeur c'est souhaitable mais ce n'est pas suffisant pour que la justice sociale règne de plus en plus. Faire et encourager la charité ça ne garantit en rien une plus grande justice sociale.

    Et ce ne serait pas mieux avec la CAQ qui se fout pas mal aussi de la démocratie.