Même les oiseaux sont volages

J’ai toujours cru que les oiseaux étaient une espèce fidèle. Jusqu’à ce que j’apprenne que les oiseaux chanteurs sont des coureurs de jupons et que les grands hérons ont des taux de divorce de 100%.
Photo: New Hampshire Division of Travel and Tourism Development J’ai toujours cru que les oiseaux étaient une espèce fidèle. Jusqu’à ce que j’apprenne que les oiseaux chanteurs sont des coureurs de jupons et que les grands hérons ont des taux de divorce de 100%.

Vous ne vous en doutiez peut-être pas avec un taux de divorce de 50 % avant cinq ans, mais nous sommes à l’aube d’une grande expérience humaine dont on ne sait sur quelles voies parallèles elle nous mènera. Pour certains, ce sera devant l’autel de la monogamie en série, pour d’autres, ce sera plutôt dans le lit d’hôtel d’une aventure extraconjugale ; les plus chanceux réussiront à tout conjuguer : l’idéal romantique et la réalisation de soi, le désir et l’épicerie, l’aventure et le jacuzzi, tout en demeurant fidèles à leur serment d’unis pour la vie, comme pôpa dans môman.

La psychothérapeute belge Esther Perel oppose plusieurs contradictions dont le couple moderne se réclame dans son dernier livre Je t’aime, je te trompe, où elle repense l’infidélité pour réinventer le couple. Elle ne condamne ni n’absout ; elle accompagne. C’est sa spécialité, l’infidélité, les couples détruits, « le fracas de l’ambition du grand amour », me disait-elle récemment en entrevue sur Skype.

Parmi ces besoins humains qui semblent irréconciliables dans un même aïoli, elle nomme engagement et liberté, connexion et indépendance, nous et moi, sécurité et aventure. « Et tout cela ne se résout pas avec des jouets et de la lingerie », ajoute-t-elle avec un humour et une intelligence relationnelle développés à force de tendre l’oreille… et la bonne.

Elle a ausculté une vingtaine de pays en dix ans, entendu des milliers de confidences et réalisé qu’on en demandait beaucoup (trop ?) au couple. Du duo purement reproductif, nous avons accédé au tandem social, puis au couple-fusion dans lequel on se définit émotivement, sexuellement, romantiquement, matériellement, biologiquement. « Le poids du moi n’a jamais été aussi lourd. Nous sommes passés du devoir et des obligations au choix et au doute. »

« Les » infidélités

Bien qu’il y ait des pays où l’infidélité est passible de la peine de mort, il n’en demeure pas moins que, de l’aimable passade à l’habitude enracinée, le tabou subsiste. « L’Amérique permet le divorce, mais est assez intransigeante sur l’infidélité. Dans les cultures où la famille est très importante, on est plus tolérant », surtout pour les hommes, réputés plus « chauds », constate la thérapeute basée à New York.

Parfois j’entends mes os se tendre à craquer sous le poids de toutes les vies que je ne vis pas

« Pour la majorité des gens, ils ont été fidèles 10, 15, 20 ans. Et un jour, ils traversent la ligne rouge. » Combien le font ? C’est « la » question qu’on lui pose toujours à titre de spécialiste des jeux interdits et traumatismes inhérents. Entre 25 % à 75 %, selon la définition qu’on donne à l’infidélité. Essayez ça avec votre conjoint(e) ; c’est une conversation amusante. Est-ce que regarder un film porno en solo ; recevoir un massage avec « finition » ; échanger des sextos ; s’abonner à une camgirl via le Web ; passer au salon privé dans un bar de danseuses ; avoir recours aux services d’un(e) prostitué(e) font partie de l’infidélité ? Vous pourriez être surpris des réponses. Les formes d’incartades sexuelles se sont tellement raffinées qu’il est nécessaire de se mettre à jour quant aux modalités et limites de chacun.

Pour l’un, la limite se situe dans l’engagement émotif, pour l’autre dans le contact physique, mais pour la majorité, la théorie est plus facile à encaisser que la pratique. Et Esther Perel, dans ce domaine qui tend vers le noir ou blanc, le tout ou rien, le monogame ou polygame, apporte dans son livre des exemples bien tangibles de couples nuancés qui ont préféré les accommodements raisonnables et sont fidèles « à 95 % », démontrant une souplesse et une ouverture qui ne conviennent pas à tous, mais qui peuvent leur éviter la rupture.

Le sexe joue sur le frisson que l’on éprouve à découvrir sans cesse combien nous sommes des inconnus à nos propres yeux

« Il n’y a pas de réponse absolue, me dit-elle. Pour certains, c’est OK. Ils ne sont pas dans le déni ; ils sont dans l’adaptation. Peut-être qu’ils ne veulent pas dissoudre tout l’édifice, car le couple, ce n’est pas juste deux, c’est la base qui donne accès à plein d’autres relations. »

Sans compter que certains amoureux fermeront les yeux à cause d’un handicap, de la maladie, des enfants (une raison qui traverse les époques), d’une absence d’érotisme dans la relation, du confort matériel. « Peut-être qu’ils sont simplement intelligents ? » propose Perel, qui maîtrise neuf langues mais ne connaît qu’un langage commun, celui de l’amour.

L’amour est un oiseau volage

« Le sexe, ce n’est pas quelque chose qu’on fait, mais un lieu où l’on va », répète dans ses conférences la thérapeute très demandée, qui ne connaîtra pas le chômage de sitôt. Et quand on y va avec une tierce (ou un tiers), « on brise la grande ambition de l’amour », mais pas nécessairement parce que le couple bat de l’aile. « Ma profession ne voit en général que deux motivations possibles à leur comportement : soit il y a un problème au sein du couple, soit il y a un problème avec l’individu fautif. »

Pour Proust, une dose de jalousie est la seule chose capable de venir en aide à une relation gâchée par l’habitude

Parfois, l’infidèle part à la découverte de lui-même, « comme la quête d’une identité nouvelle (ou perdue) », souligne la thérapeute qui a entendu toutes les raisons possibles de partir en cavale. Outre l’attrait de la transgression, elle constate que les liaisons n’ont parfois rien à voir avec notre douce moitié. C’est une façon comme une autre de se sentir plus vivant à l’extérieur des contraintes du quotidien et du couple. Une pulsion de vie liée à l’éros. « Chose intéressante, très peu d’infidélités survivent à leur découverte », constate la thérapeute, car « on ne veut jamais que ce qui nous échappe ».

J’ai toujours cru que les oiseaux étaient une espèce fidèle. Jusqu’à ce que j’apprenne que les oiseaux chanteurs sont des coureurs de jupons, que les flamants et les grands hérons ont des taux de divorce de 100 %. Le neurobiologiste Jean-Didier Vincent signale trois facteurs pouvant expliquer la longévité d’un couple d’oiseaux : la qualité (reproductive), la compatibilité et la familiarité.

La familiarité, celle du temps qui passe, serait le plus important des trois et nous renvoie à cette citation de Michelet : « On s’aime à mesure qu’on se connaît mieux, qu’on a vécu ensemble et beaucoup joui l’un de l’autre. » Au final, certains sont fidèles par paresse ou pour avoir la sainte paix. Et ce n’est peut-être pas une question de vertu.

Adultes acceptés

« J’ai 16 ans et je m’appelle Steeve Simard. J’habite à Saint-Lambert pis ça me fait profondément chier. » La chute de Sparte, tiré du roman éponyme de Biz (et qu’il coscénarise), est un film sur le monde ado qui permet aux adultes d’être admis dans un univers qui les exclut d’emblée. Des codes, un langage commun, des rites, toute la tribu est rassemblée autour de ce protagoniste un peu asocial, un brin intello et l’antihéros de sous-sol par excellence. Mon ado de Saint-Lambert a adoré le film qui navigue entre amour, défis, drame, sport d’équipe, polyvalente, solidarité et maudit secondaire qui n’en finit pas. Dès le lendemain, il s’est procuré la musique, particulièrement accrocheuse, ici : bit.ly/2ISq0bN. Le film de Tristan Dubois sort en salle aujourd’hui, vendredi, et toute la famille a apprécié. bit.ly/2GXVmMh

Lu dans Biologie du couple, du neurobiologiste Jean-Didier Vincent, que les oiseaux sont peut-être plus fidèles au nid qu’au couple : « Il semble que la conservation du nid soit un facteur important de stabilité du couple chez les oiseaux migrateurs. » Bref, si le nid disparaît, le taux de divorce augmente de beaucoup, jusqu’à 80 % (contre 4 % à l’inverse). De la tique à l’humain, l’auteur s’intéresse aux moeurs sexuelles et de reproduction. Il cite Chaval : « Aussi cons que les hommes disent certains. D’autres affirment qu’ils le sont davantage. » À lire avec un sourire en coin.

 

Adoré l’entrevue avec la chanteuse Monique Leyrac à l’émission Les grands entretiens, interviewée en février par Catherine Pépin. Aujourd’hui âgée de 90 ans, elle nous raconte son mariage sans amour avec Jean Dalmain, qui semble l’avoir séduite à l’usure, son aventure charmante avec Charles Aznavour, qui lui demande encore de chanter, mais avoue au détour de la conversation : « La vraie grande histoire d’amour de ma vie, c’est Jacques Normand. » Paf ! On aurait pris une heure de confidences amoureuses comme celles-ci. Et les extraits musicaux nous invitent à fredonner La rôdeuse ou Pour cet amour.

 

Écouté une psychothérapie de couple de la série Where Should We Begin avec Esther Perel. De vrais couples, des problématiques universelles en radioréalité. Sur iTunes, deux saisons gratuites.

 

Réécouté la conférence TED d’Esther Perel sur l’infidélité. Son tour du monde lui a fait réaliser que, partout où le romantisme a atterri, une crise du désir s’est installée. Passionnante.

4 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 1 juin 2018 04 h 54

    Qui est-ce qui chante « Il est où le bonheur ? »

    Christophe Mae. Oui, il est où le bonheur ? Et si j'osais une réponse ou encore avenue de celle-ci ? Le bonheur serait-il à la fois, à des pourcentages différents pour faire un 100 %, dans le coeur, dans l'esprit, dans l'âme et finalement dans le corps ? Sorte de tétralogie composée des sentiments et de leurs émotions, de notre rationnel par le cerveau et la logique, par l'âme par nos valeurs, notre morale et finalement par nos sensations, celles corporelles ? Ces quatres composantes, qui, à mon humble avis, sont l'être humain.
    L'infidélité entraîne-t-elle des souffrances ? Comme ? Le sentiment de trahison ?
    Le bonheur est-il aussi dans l'infidélité ?
    Je sais que « je fais simple » avec toutes ces questions.
    Que de chemins, parfois, pour en arriver au....x bonheur....s !
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages.
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Serge Lamarche - Abonné 1 juin 2018 19 h 24

    Le saumon est le plus romantique alors

    Ils reviennent à leurs berceaux pour se former en couples qui durent le reste de leurs vies. Et leurs corps décomposés enrichissent les eaux de leurs petits.

  • André Joyal - Abonné 1 juin 2018 22 h 34

    L'art de profiter des Américains

    Oui, Mme Blanchet,cette conférencière a trouvé le bon filon. Il ne lui suffit de
    dire ce que les gens veulent entendre et elle est assurée de recevoir applaudissement et dollars.
    Coincés comme le sont les Amerloques côté sexuel, pas difficile de leur faire avaler des couleuvres

  • André Joyal - Abonné 2 juin 2018 10 h 42

    À lire dans «La presse»

    Voir la chronique «Derrière la porte» dans Pause-Weekend de ce samedi: un témoignage qui fait avaler à cette Belge «money-maker» les gaufres liègoises garnies de Chantilly qu'elle sert à ses clients crédules au sud de notre frontière.
    Ben pour dire hein!