Le Canada providence

Le premier ministre Philippe Couillard n’est pas le seul que la nouvelle fierté canadienne de François Legault laisse quelque peu sceptique. Si l’attachement de M. Couillard au fédéralisme et aux valeurs canadiennes ne fait aucun doute, le chef de la CAQ n’est jamais très convaincant quand il tente d’expliquer les raisons de sa conversion.

La savoureuse entrevue qu’il a accordée la semaine dernière au Journal de Québec n’a rien fait pour améliorer les choses. En écoutant l’enregistrement, on a plutôt l’impression d’un sketch du Bye bye. Quelqu’un devrait le réécrire de toute urgence si M. Legault tient à ce qu’on croie à sa foi dans le Canada.

Dans un premier temps, il a dit souhaiter que le Québec « fasse des affaires, plus d’affaires avec le Canada ». C’est sans doute là une très bonne idée, mais un Québec indépendant voudrait sûrement vendre, lui aussi, ses surplus d’électricité à l’Ontario et au Nouveau-Brunswick.

Manifestement conscient des limites de son argument, il a ensuite fait valoir le rôle des Canadiens français dans la fondation du Canada. Soit, les francophones sont minoritaires partout ailleurs qu’au Québec, reconnaît M. Legault, sans parler des multiples tentatives d’assimilation au fil des siècles, « mais on a participé à la création du Canada, pis, bon, je suis confortable avec ça ». Un peu plus et il aurait entonné l’hymne aux Rocheuses.

Il a finalement eu une illumination : « Que ce soit les enfants, les aînés, moi, je pense qu’on a un filet social enviable au Canada, donc ça, ça peut être un endroit où je suis fier. » Quand on est mal pris, il faut bien inventer quelque chose.


 

Ce soudain attachement au modèle social canadien a de quoi étonner. Le moins qu’on puisse dire est que la CAQ n’a pas été un thuriféraire de l’État providence depuis sa création.

Maintenant que le pouvoir semble à sa portée, on comprend M. Legault de vouloir éliminer les irritants qui pourraient faire craindre l’arrivée d’un gouvernement qui mettrait l’État au régime sec. De là à nous faire croire qu’il a tourné le dos à la souveraineté pour préserver la Loi canadienne sur la santé, il y a tout de même des limites ! Il devrait expliquer cela aux partisans de la médecine privée au sein de son parti.

S’il y a un endroit au Canada où le filet social a été particulièrement développé au cours des dernières décennies, c’est bien au Québec. On lui reproche même de l’avoir fait en parasitant le reste du pays sans lui témoigner la moindre reconnaissance. M. Legault aurait-il découvert aussi les vertus de la péréquation ?

La plus importante addition au « modèle québécois » depuis un quart de siècle a sans doute été le réseau des centres de la petite enfance, qui n’a d’équivalent nulle part ailleurs au Canada. Curieusement, les CPE ne semblent pas bénéficier de l’affection de la CAQ, qui ne cache pas sa préférence pour le « modèle d’affaires » des garderies privées non subventionnées. Un rapport de l’Observatoire des tout-petits publié mardi rappelait pourtant que ces dernières offrent des services d’une qualité nettement inférieure.


 

Si M. Legault se dit maintenant fier du filet social canadien, il fut une époque où il était d’avis que l’appartenance au Canada empêcherait au contraire le Québec de maintenir ses programmes sociaux.

« Dans l’état actuel des choses, les gouvernements provinciaux au Québec sont presque réduits à l’impuissance. La situation ne s’améliorera pas dans un avenir prévisible. Les chiffres sont implacables. Les gouvernements de la province de Québec, quelle que soit leur couleur politique, vont continuer à marcher sur la corde raide. Ils ne disposeront pas, au cours des prochaines années, des revenus nécessaires pour maintenir, et encore moins pour améliorer la qualité des services publics », écrivait-il dans l’avant-propos de son rapport sur les « finances d’un Québec souverain », publié en mai 2005.

Selon cette étude « rigoureuse » reposant sur une « méthodologie éprouvée » et enrichie de l’apport de « nombreux spécialistes et observateurs externes », l’indépendance permettrait au Québec de faire des gains de 17 milliards sur un horizon de cinq ans et d’« améliorer les services publics tout en réduisant la dette publique ».

Que s’est-il donc passé depuis 13 ans pour que M. Legault se sente maintenant rassuré et content de l’être ? Il n’y a pourtant eu aucun transfert de points d’impôt au Québec. Le gouvernement Trudeau a même consacré la décroissance du Transfert fédéral en santé qu’avait décrétée son prédécesseur conservateur.

Le PLQ aurait-il si bien géré les finances publiques et défendu les intérêts du Québec dans la fédération qu’il a convaincu M. Legault des avantages d’appartenir au Canada ?

21 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 24 mai 2018 04 h 39

    Monsieur Legault est désolant.

    Outre l’ensemble des arguments déployés par le chroniqueur, on a une impression d’improvisation complète, ce qui se traduit par le manque de chaleur ambiante dans le discours de Legault.

    Mais le pire c’est que c’est un véritable clone du parti libéral. La chaleur en moins, le discours et les politiques sont les mêmes ou à peu près...

    Finalement les électeurs auront le choix entre l’original et l’ersatz.

    À moins qu’ils ne choisissent une autre voie, originale celle-là, qui est autre chose qu’une collection de slogans et de recettes trafiquées tout croches...

    Non, je ne parle pas de QS.

  • Patrick Boulanger - Abonné 24 mai 2018 05 h 39

    « Ce soudain attachement au modèle social canadien a de quoi étonner »

    Effectivement! D'ailleurs, il serait intéressant de savoir ce que pense le candidat caquiste de Saint-Jérôme - Youri Chassin - du modèle social canadien. Celui-ci a occupé « les postes d'économiste et de directeur de la recherche à l'Institut économique de Montréal ».

    • Jean-François Trottier - Abonné 24 mai 2018 09 h 55

      En effet, M. Lebel. Tout comme M. Leitao.
      Persoonnellement, je ne donnerais pas la gestion d'une succursale de région à ce dernier, sauf si je veux la fermer.

      C'est pas mal ce qu'il est en train de faire avec l'État Québécois d'ailleurs.

      Chassin fera la même chose mais avec un mandat plus clair : tout péter.

    • Patrick Boulanger - Abonné 24 mai 2018 17 h 57

      @ M. Trottier

      « Chassin fera la même chose mais avec un mandat plus clair : tout péter »?

      Vous avez la conjecture facile aujourd'hui, M. Trottier!

  • Michel Lebel - Abonné 24 mai 2018 06 h 54

    Belles annés à venir!


    Bref, le chef de la CAQ dit n'importe quoi. Rien de nouveau dans ce fait. Que de belles années à venir s'il est élu! Que les dieux nous en préservent!

    M.L.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 24 mai 2018 12 h 54

      Me Lebel, le chef du PLQ nous bourre de phrases vides.Si je vous suis vous ne voterai pas PQ
      mais bien PLQ ce fossoyeur du Québec.

    • Michel Blondin - Abonné 25 mai 2018 11 h 20

      Me Lebel,
      Le vide de la CAQ se remplie du néant de l'autre.
      Il reste qu'il est le diminutif temporaire du PLQ, au moins par la particularité de la propriété physique de l'osmose. L'un va, l'autre viens. Ils font la paire du même pied. Il n'y a plus rien de bon dans ce fédéralisme anglos de Toronto Là est votre mal.

      Il n'en reste que ces deux chefs nous vident plutôt que nous bourrent.

  • Alain Larouche - Abonné 24 mai 2018 07 h 09

    À genoux!

    Il est désolant de voir un politicien se mentir à lui-même. Pour obtenir le pouvoir il faut jouer à l'hypocrésie. et dire des choses dont le malaise est palpable dans l'expression de ses pensées. En fait il représente la défection des Québécois qui plient l'échine devant l'égémonie fédéral. La dérive auquel nous assistons est le drame d'un peuple sans repère qui dérive vers l'indifférence.

  • Jean Lapointe - Abonné 24 mai 2018 07 h 17

    J'interprète les propos de F.L.autrement

    «Que s’est-il donc passé depuis 13 ans pour que M. Legault se sente maintenant rassuré et content de l’être ?» (Michel David)

    A mon avis François Legault s'est mis au diapason de bon nombre de Québécois, surtout chez ceux qui se considèrent toujours comme des Canadiens-français, dans l'espoir d'être élu parce qu'il rêve de devenir premier ministre du Québec pour pouvoir faire du Québec un pays beaucoup plus riche qu' il ne l'est. Il s'en pense capable parce que lui il saurait comment s'y prendre. Pour le moment il semble que ça lui réussisse si l' on en croit les sondages.
    Conséquemment, il n'est pas question d' indépendance pour le moment, il doit donc justifier le fait qu'il accepte que le Québec fasse partie du Canada. Il y voit donc les avantages que la majorité des Canadiens-français y voyaient avant la dite «révolution tranquille».
    Je ne pense pas que François Legault ait vraiment foi dans le Canada. Il se dit plutôt je pense que , n'ayant pas le choix d'y être il s'agit de faire avec le mieux posssible.
    Sa référence au filet social que permettrait l'appartenance au Canada je pense que s' il en parle c'est parce qu' il sait que bien des Québécois y tiennent et il leur rappelle que la fédération canadienne ne l'emppêche pas même si c'est au Québec qu'il existe surtout.
    Bref ce que vise surtout François Legault je pense c'est le pouvoir politique pour être en mesure de se prouver qu' il pourrait faire beaucoup mieux que tout autre pour développer l'économie du Québec. Il tente donc d'arranger tout le reste pour que ça se tienne le plus possible. Il pense plus à lui qu'au Québec.