Le bon, le mauvais et le plastique

Véritable plaie des temps modernes, le plastique a complètement envahi la planète depuis 60 ans, de la calotte polaire jusqu’à nos propres cellules, rappelait Le Devoir samedi dernier. On parle ici d’un fléau équivalant aux changements climatiques pour la survie humaine. Il s’agit après tout de produits chimiques dérivés du pétrole qui, de plus, ne se décomposent pas en plein air et qu’on ne réussit guère à recycler : 9 % seulement à l’échelle planétaire.

Voilà pour la mauvaise nouvelle. La bonne, maintenant.

Le plastique faisant désormais partie de nos corps — l’urine ou le sang de 91% des Canadiens de 7 à 79 ans contient une de ses composantes toxiques, le BPA —, il s’agit donc non seulement d’un problème environnemental mais également de santé. Pourquoi s’en réjouir ? Parce que les problèmes environnementaux, à juger du peu que font nos gouvernements à cet égard, on s’en balance, alors que les problèmes de santé, on s’en occupe la plupart du temps. La santé se retrouve d’ailleurs toujours en haut de liste lorsqu’on sonde la population canadienne sur ses priorités ; l’environnement est toujours loin derrière.

Comme le dit l’auteur de Slow Death by Rubber Duck, Rick Smith, « une fois qu’une question devient une préoccupation de santé publique, elle est beaucoup plus susceptible d’être remarquée par les gens, reprise par nos élus et, par conséquent, résolue ». L’auteur et p.-d.g. de l’Institut Broadbent rappelle qu’on s’est réellement préoccupé de la cigarette une fois que la question de la fumée secondaire a réussi à attirer l’attention. À partir du moment « où il s’agissait d’un problème de santé plus large, pas seulement celui du fumeur individuel, le besoin de changer les normes est devenu incontournable pour les compagnies de tabac même les plus récalcitrantes », dit-il.

Comment le plastique affecte-t-il votre santé ? En imitant l’estrogène, une hormone féminine, le bisphénol A (BPA) peut dérégler le système endocrinien. Tout indique d’ailleurs qu’il s’agit d’un facteur important dans les problèmes de fertilité très répandus aujourd’hui. Au Canada, l’infertilité a triplé en 15 ans, passant d’un taux de 5,4 % en 1984 à 15,7 % en 2011. Elle grimpe jusqu’à 20,7 % chez les couples dont les femmes ont de 40 à 44 ans. Mais c’est la fertilité des hommes qui, en fait, inquiète le plus. Le taux de sperme des hommes occidentaux a chuté de façon marquée de 1973 à 2011, passant de 99 millions par millilitre à 47,1 millions, une baisse de 52 %. En bas de 40 millions par millilitre, la reproduction humaine s’avère improbable. « Le nombre de spermatozoïdes, c’est le canari dans la mine », dit l’ex-épidémiologiste en chef des forces armées israéliennes, Hagal Levine, et auteur d’une étude sur le sujet. « Il y a quelque chose de déréglé dans l’environnement », conclut-il.

Bien que d’autres facteurs impactent également la fertilité, le tabagisme et l’obésité notamment, une telle dégringolade, aussi largement répandue, indique un facteur extérieur et relativement nouveau. Le futur de la reproduction humaine est en jeu ici, comme le rappelle le Dr Levine, et pourtant, plutôt que de s’atteler à restreindre l’utilisation de produits plastifiés — comme vient de le faire la Grande-Bretagne en interdisant les produits de plastique à usage unique —, nous avons droit, encore une fois, aux propos lénifiants du premier ministre Trudeau, « nous sommes conscients du défi considérable pour les océans… », sans s’engager dans des actions immédiates pour autant.

Comble de l’absurdité, plutôt que de s’attaquer à l’omniprésence du plastique, on s’apprête plutôt à revoir la législation concernant les mères porteuses. Fort de l’appui de couples gais ou infertiles, le député fédéral Anthony Housefather déposera bientôt un projet de loi pour permettre aux femmes de louer leur ventre en échange d’argent — ce que la loi a toujours interdit jusqu’à maintenant. Une proposition aberrante, disons-le, qui ouvre la porte non seulement à l’exploitation de femmes démunies, mais aussi la perversion de la notion même de maternité comme celle d’ailleurs de l’héritage biologique.

Cette façon de chercher midi à 14 heures est malheureusement typique de l’attitude qui prévaut en matière d’environnement. Plutôt que d’inciter la population à changer ses habitudes de vie, comme le gros bon sens nous y convie, nos gouvernements s’en remettent plutôt aux dieux de la technologie, peu importent les risques, les coûts ou, dans le cas qui nous occupe, le manque flagrant d’éthique. Cherchez l’erreur.
4 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 25 avril 2018 03 h 26

    Les plastiques dégradants

    Ce sujet était très actuel l'an dernier. Maintenant que c'est connu, les remèdes commencent à poindre. Les plastiques digestibles et biodégradables sont créés. Il ne reste plus qu'à obliger les fabriquants à cesser d'utiliser les plastiques qui ne dégradent pas, car ils sont dégradants.

  • André Joyal - Abonné 25 avril 2018 07 h 45

    Les plastiques dans notre soupe

    Mme Pelletier se fait fort intéressante quand elle nous dit voir - avec raison,- des plastiques dans sa soupe.
    Hélas, elle l'est beaucoup moins quand elle y voit des manifestations de notre soi-disant islamophobie.

  • Daniel Bérubé - Abonné 25 avril 2018 13 h 15

    Malheureusement,

    Aussitôt qu'un geste peut affecter les chiffres d'affaires des compagnies, des multinationales, leurs revenus, avoir une influence qui "pourrait" être négative face aux marchés... ce geste est immédiatement mis de côté. L'argent et les marchés dominent tout, sauf la vie humaine MAIS de façon directe seulement: c.à.d. si l'effet est direct et se manifeste dans les minutes ou les heures qui suivent, il sera alors considéré, mais... si les problèmes ne se manifesteront que dans quelques mois, quelques années... bof ! Un médicament sera sans doute trouvé d'ici là... et ce médicament favorisera les marchés, voir même l'économie !

    Nos gouvernements en sont venu à ne baser leurs valeurs que sur ces deux points: argent / économie. La continuité, la vie même humaine, devient secondaire dans le court terme: pour eux l'argent et les marchés valent plus que la vie des générations à venir; la nôtre ? Bof... quand les impacts négatifs débuteront pour telle ou telle chose, nous ne seront plus au pouvoir, et aux prochaines élections, le tout sera déjà oublié... et de plus: si ces polluants viennent qu'à trop vous "maganer", vous rendre malade et non traitable... il reste toujours la mort assistée ! N'es-ce pas merveilleux ?!?! Nous laissons aller les marchés et les économies à leur guise, et quand ils vous rendront malade (notez que la maladie est aussi rentable pour les marchés !), et que la maladie sera intraitable: Out ! (pas les marchés et leurs économies toxiques), mais vous !

    La question que je me pose: à leur vision, qu'es-ce qui maintiendra les marchés "actifs" quand il n'y aura plus d'humains ? Ah! Oui! OK, j'avais pas pensé... eh oui, les robots seront devenu nos remplaçants, et eux ne seront pas affecter par ce plastic et ces produits chimiques... mais, espéront que les robots seront programmé comme plus sensible face à l'environnement et les merveilles de la nature...

  • Jérôme Faivre - Inscrit 25 avril 2018 18 h 53

    Plastifiant

    Bon, pas de développement cette semaine sur nos sœurs victimes du plastique, voire du tupperware. Par contre assistons-nous à la naissance d'une plastico-phobie systémique, de haine contre les molécules de polymères porteuses de tous les espoirs de croissance et de richesses, résultat d'une éducation biaisée? Et le plastique a-t-il un genre ? Et est-ce une matière discriminée par rapport au noble verre ?
    Quand on reprend le vocabulaire militant, plus moyen de s'arrêter...

    Plus sérieusement, prenons simplement la crème glacée qui était emballée en carton jusqu'à récemment, et qui est maintenant systématiquement conditionnée dans des boites de plastique qui résisteront probablement mille ans, pour faire court, mais référencé. Aucun intérêt pratique supplémentaire. Probablement une petite marge en dollars et une facilité pour le producteur. Mais c'est payer bien cher pour quelques minutes d'usage.
    Pas durable, mais imposer quelque chose à Nestlé, rêve éveillé.

    Les géologues du futur se demanderont comment se sont formés ces gigantesques gisements de polymères, découverts sur certaines parties de cette petite planète isolée, bleue et sans trace de vie.