Singh et le séparatisme sikh

Jagmeet Singh n’avait que cinq ans en 1984, lorsque le gouvernement indien d’Indira Gandhi a ordonné la descente de l’armée au Temple d’or d’Amritsar, le lieu le plus sacré des sikhs, pour chasser les séparatistes qui avaient semé la violence dans l’État du Pendjab. L’attaque a causé la mort de Jarnail Singh Bhindranwale, un leader séparatiste. Des milliers de combattants et civils sikhs ont été tués durant le règne de terreur de l’armée qui avait suivi l’assassinat de Mme Gandhi quelques mois plus tard. Pour beaucoup de gens, dont Jagmeet Singh, il s’agissait d’un génocide.

Jagmeet Singh est né au Canada et a grandi à Terre-Neuve et à Windsor, en Ontario. Il n’a pas vécu la persécution des sikhs dans le pays que ses parents ont quitté avant sa naissance. Toutefois, il dit avoir constaté, comme enfant, leur silence lorsqu’il les interrogeait sur leur passé. C’est seulement plus tard qu’il dit avoir compris pourquoi ils étaient si réticents à en parler.

Si ses parents n’ont jamais été des militants sikhs, Jagmeet Singh en serait devenu un, ou, à tout le moins, il ne se gênait pas pour les fréquenter. Comme le Globe and Mail l’a révélé cette semaine, celui qui est devenu le chef du Nouveau Parti démocratique en octobre dernier a participé à des rassemblements organisés par les séparatistes sikhs à San Francisco et à Londres, en 2015 et en 2016 respectivement. Bien qu’il n’ait jamais soutenu explicitement ni la cause séparatiste ni la violence de ceux qui appuient cette dernière, d’autres participants qui ont pris la parole à ces ralliements l’ont fait. M. Singh ne s’était jamais distancié d’eux. Tout comme il n’avait jamais reconnu Talwinder Singh Parmar comme étant le responsable de l’attentat en 1985 contre un vol d’Air India en provenance de Montréal, lequel attentat avait causé la mort de 329 personnes, dont 268 citoyens canadiens, alors qu’une enquête officielle est arrivée à cette conclusion en 2010. Des accusations criminelles n’ont jamais été portées contre Talwinder Singh Parmar, puisque ce dernier est mort en Inde en 1992.

Pourquoi Jagmeet Singh a-t-il, jusqu’à cette semaine, passé sous silence les conclusions de cette enquête et refusé de dénoncer les propos des militants sikhs qui vénèrent ceux qui ont commis de la violence au nom de la cause séparatiste ?

Serait-ce parce qu’il favorise lui-même la création d’un État indépendant sikh ? Ou serait-ce une stratégie purement électoraliste de sa part pour courtiser des militants sikhs au Canada, stratégie qui a déjà porté ses fruits durant la course à la chefferie néodémocrate et qui pourrait être utile au NPD afin de remporter des circonscriptions à forte proportion sikhe lors des élections en 2019 ?

Les réponses qu’a données cette semaine M. Singh à ces questions sont loin d’être satisfaisantes. Bien qu’il ait enfin dit avoir accepté les conclusions de l’enquête sur l’attentat contre le vol d’Air India et qu’il ait condamné ceux qui l’ont perpétré, il continue de tenir un double langage qui réconforte les sympathisants de la cause séparatiste au Canada. « Certains dans la communauté sikhe n’ont pas accepté le bilan officiel des événements, a-t-il écrit dans une lettre publiée au Globe and Mail. Bien que je puisse comprendre cette douleur, mon approche a été différente : j’ai toujours essayé de donner de l’espace à toutes les voix pour que nous puissions avancer ensemble vers la paix et la réconciliation. »

Les Canadiens ne sont pas dupes et, tôt ou tard, ils s’en rendent compte lorsque les politiciens ne leur donnent pas l’heure juste. Ils ne toléreraient surtout pas qu’un politicien qui veut devenir premier ministre du pays exploite un conflit étranger pour favoriser ses propres intérêts politiques ou électoraux. Le premier ministre Justin Trudeau l’a appris à ses dépens lors de sa visite funeste en Inde, un voyage qu’il avait entrepris en partie pour retenir l’appui les électeurs sikhs au Canada.

La situation de M. Singh est encore plus dérangeante, puisqu’il est allé beaucoup plus loin que M. Trudeau en ménageant ceux qui nient la vérité et préconisent la violence dans le but de faire du Pendjab un État indépendant. Son comportement n’est pas digne d’un chef politique canadien.

Bien des militants néodémocrates étaient au courant des fréquentations séparatistes de M. Singh avant qu’il ne devienne leur chef. Certains ont choisi de les ignorer. D’autres craignaient d’être traités de racistes s’ils les soulevaient. Mais ils devaient savoir que ce dossier reviendrait hanter M. Singh et le NPD jusqu’à ce que le chef prenne catégoriquement ses distances par rapport à cette cause, ce qu’il a commencé timidement à faire cette semaine.

Les probabilités que M. Singh devienne premier ministre en 2019 ont toujours été minces. Mais s’il ne rectifie pas rapidement ses propos, elles seront bientôt nulles.

2 commentaires
  • Normand Carrier - Abonné 17 mars 2018 10 h 54

    Monsieur Singh est dans le trouble

    Le chroniqueur affirme que les électeurs n'éliront pas un politicien qui veut devenir premier ministre d'un pays , exploite les conflits étrangers pour favoriser ses propres intérêts électoraux et politiques ..... Les Québécois seront encore plus sévères car monsieur Singh se sert de symboles religieux pour attirer une clientèle religieuse en plus d'épouser toute les doctrines multiculturalistes .....

  • Nadia Alexan - Abonnée 17 mars 2018 11 h 48

    La séparation de l'Église de l'État dans les affaires de la Cité.

    Je crains que les excuses de Jagmeet Singh soient trop peu, trop tard! Vous dites que: «Bien des militants néodémocrates étaient au courant des fréquentations séparatistes de M. Singh avant qu’il ne devienne leur chef. Certains ont choisi de les ignorer. D’autres craignaient d’être traités de racistes s’ils les soulevaient.» Effectivement, c'est le problème du «politically correct» ces jours-ci. On ne peut plus soulever un enjeu religieux ou ethnique, sans qu'on ne soit accusé de racisme. Il faudrait arrêter de nous imposer la langue de bois et nous laisser appeler un chat, un chat, sans que nous soyons traités de racistes.
    Finalement, le choix de Jahmeet Singh comme chef du NPD a été une très grande erreur que le NPD va regretter après les élections prochaines. Les bien pensants n'ont pas appris encore qu'une société laïque doit faire la séparation entre l'église et l'État, un concept qui date depuis 300 ans.