Les âneries

Le PQ n’avait pas l’habitude de lancer des fleurs au « père de l’assurance maladie », Claude Castonguay, dont il n’a jamais apprécié le plaidoyer en faveur d’une plus grande place au secteur privé dans le domaine de la santé ni les convictions fédéralistes.

Mardi, la députée de Taillon, Diane Lamarre, a cependant présenté à l’Assemblée nationale une motion, dont le gouvernement Couillard a refusé de débattre, qui le félicitait pour sa contribution au système public de santé, mais surtout pour souligner le « sentiment de révolte » que lui a inspiré la récente entente avec les médecins spécialistes et son appel à un nouveau « contrat social ».

Il aurait sans doute été jugé antiparlementaire de faire référence aux « âneries » que M. Castonguay n’aurait jamais cru entendre de la bouche du premier ministre, notamment quand ce dernier a soutenu que l’entente peut faire épargner plus de 3 milliards aux Québécois, mais l’entrevue que l’ancien ministre de Robert Bourassa a accordée lundi soir au 24/60 a été une douce musique aux oreilles des partis d’opposition.

En conclusion des Mémoires d’un révolutionnaire tranquille, qu’il a publiés en 2005, M. Castonguay prônait l’indulgence envers la classe politique. « Dans l’ensemble, ils méritent notre admiration et notre reconnaissance. Aussi, lorsque leurs décisions ou leur comportement m’offusquent, j’essaie de me souvenir qu’ils représentent la population qui les a élus », écrivait-il. Même pour un homme aussi placide, la tolérance à la bêtise a cependant ses limites.

 

Contrairement à Québec solidaire, qui réclame à grands cris la démission de Gaétan Barrette, le PQ n’est plus du tout pressé de le voir partir. Jamais il ne retrouvera un aussi bel épouvantail. Les plus anciens ont dû frémir en entendant M. Couillard chanter ses louanges. Lucien Bouchard avait aussi qualifié Jean Rochon de meilleur ministre de la Santé de l’histoire du Québec tout juste avant de lui montrer la porte.

S’il est vrai que M. Barrette a été écarté des récentes négociations au profit de son collègue du Conseil du trésor, Pierre Arcand, et qu’il est notoirement insatisfait de leurs résultats, il demeure partiellement responsable des avantages indus qui ont été accordés aux spécialistes.

L’entente qu’il avait lui-même négociée en 2011, en sa qualité de président de la FMSQ, prévoyait spécifiquement la création d’un comité paritaire qui devait suivre l’évolution de l’écart entre la rémunération des spécialistes québécois et celle de leurs confrères du reste du Canada, en prenant en compte tous les facteurs pertinents, dont le coût de la vie.

Ce comité n’a jamais vu le jour. Son prédécesseur à la Santé, Yves Bolduc, qui avait signé l’entente de 2011 au nom du gouvernement, est sans doute à blâmer, mais M. Barrette a eu quatre ans pour lui donner suite et il n’en a rien fait, même si le Vérificateur général avait rappelé dans un rapport publié en 2015 que ce comité était indispensable.

Soutenir que personne ne pouvait prévoir le coup de frein donné à la rémunération des spécialistes hors Québec, comme l’a prétendu M. Barrette, était une autre « ânerie ». S’il avait fait ses devoirs, le dérapage auquel on a assisté n’aurait pas eu lieu.

 

Le gouvernement ne retardera évidemment pas la signature de l’entente jusqu’à l’élection du 1er octobre pour laisser la population se prononcer, comme le réclament les partis d’opposition, mais on peut compter sur ces derniers pour qu’il en soit abondamment question durant la campagne.

Mercredi, à l’Assemblée nationale, François Legault a trouvé une façon intéressante de la mettre en perspective, en rappelant les propos qu’avait tenus le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, en mars 2016, quand l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) avait révélé que les spécialistes québécois touchaient depuis déjà deux ans une rémunération de 15 % supérieure à celle de leurs confrères ontariens.

Selon lui, le Québec n’avait tout simplement pas les moyens d’offrir à ses enseignants la parité avec l’Ontario. Le salaire annuel moyen d’un enseignant était plus élevé de 18 000 $ dans la province voisine. « On n’a pas le même filet social au Québec. Est-ce qu’il faut revoir la rémunération ? Un jour peut-être, mais actuellement, on est dans la situation que vous connaissez sur le plan budgétaire », avait-il expliqué dans une entrevue accordée au Journal de Montréal, qui avait fait état d’une migration croissante des enseignants québécois vers l’Ontario.

« Les gens peuvent aller travailler à l’extérieur s’ils le souhaitent, avait ajouté le ministre. Moi, je pense qu’ils vont vouloir demeurer ici pour travailler avec nous, parce que c’est agréable de vivre au Québec. » C’est bien connu : les écoles québécoises sont de véritables jardins de roses pour les enseignants. M. Proulx aurait aussi mérité le bonnet d’âne.

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