Métissage ou repli sur soi?

Enchâssé dans la Constitution canadienne depuis 1982 par l’article 27 de la Charte canadienne des droits, le multiculturalisme comme modèle de gestion de la diversité au Canada démontre presque en continu ses excès et ses failles. Ce multiculturalisme et ses dérives ont été dénoncés, dès 1995, par le grand écrivain québécois Neil Bissoondath dans son essai Selling Illusions, et depuis par Boucar Diouf et tant d’autres.

Dans sa version extrême, celle que défend et incarne Justin Trudeau lui-même, le multiculturalisme conduit à la négation d’un socle commun. Or, il se trouve que ce socle, la plupart des Québécois, souverainistes ou non, cherchent depuis toujours à le pérenniser. Ce « patrimoine » englobe aujourd’hui la langue française, quatre siècles d’histoire, une culture spécifique, des institutions politiques, sociales et économiques distinctes telles que le Mouvement Desjardins, le Chantier de l’économie sociale et la Caisse de dépôt : un ensemble qui constitue le « modèle québécois ».

Dans ce Canada devenu un état postnational — comme se plaît à le dire son premier ministre — où vivent côte à côte les communautés et où « il n’y a pas d’identité fondamentale, pas de courant dominant », il n’y a donc pas de place pour la nation québécoise. Justin Trudeau lui-même, en 2007, un an après l’adoption par la Chambre des communes d’une motion, pourtant sans portée concrète, qui affirmait que les « Québécois forment une nation dans le Canada uni », la reniait tout simplement.

Selon sa vision, le Canada n’est que l’addition d’individus inclus de facto dans un des très nombreux groupes ethniques composant le pays, dont, parmi eux, les Canadiens français. Lui-même, dans son autobiographie, Terrain d’entente, raconte comment, en bon multiculturaliste, il est né Canadien français, et que, vivant à Vancouver, il est revenu à Montréal pour épouser une femme de son « ethnie », expliquant qu’il lui était difficile de s’imaginer passer le reste de sa vie avec quelqu’un qui ne partageait ni sa langue ni sa culture.

En son coeur même, le multiculturalisme est une arme politique déjà utilisée par Trudeau père pour mieux rejeter l’existence de la nation québécoise dans un ensemble plus vaste, où elle ne peut qu’être niée, banalisée, marginalisée. Le multiculturalisme« hardcore » s’attaque insidieusement à l’image qu’ont les Québécois d’eux-mêmes pour constamment les ramener au statut de minorité comme les autres au sein du Canada.

Il n’est donc pas étonnant de voir l’insécurité identitaire gagner du terrain au Québec et prendre, dans certains cas, la forme de la peur irrationnelle et du rejet de l’autre. Comment peut-on être confiant quant à l’avenir et croire que la nation n’est pas appelée à disparaître d’ici quelques générations si, dès aujourd’hui, d’aucuns décrètent qu’elle n’existe déjà plus ?

Pourtant, il y a d’autres façons de gérer la diversité dans nos sociétés. Commençons — urgemment — par déconstruire la « ségrégation scolaire » qui afflige certaines de nos écoles, particulièrement à Montréal, et qui perpétue les fractures entre la majorité et les minorités ! Dans trop d’écoles, la « majorité francophone de vieille ascendance » — dixit Gérard Bouchard — est absente ou presque. La mixité scolaire doit devenir la norme, sinon comment se connaître et se reconnaître, comment sortir de l’entre-soi, comment espérer construire une citoyenneté commune ? Pour y arriver, de vigoureuses politiques publiques en matière d’urbanisme, de retour de familles franco-québécoises sur l’île de Montréal et de répartition des nouveaux arrivants sur tout le territoire s’imposent.

Il y a aussi bien sûr la laïcité à instaurer, projet aujourd’hui inachevé, parce que, quoiqu’en disent les bien pensants de droite comme de gauche, elle stimule l’inclusion, le rapprochement interculturel et la cohésion sociale. La laïcité libère et émancipe : comment oublier que le Québec s’est modernisé en se laïcisant au moment de la Révolution tranquille ? À ces deux éléments doit s’ajouter l’adoption d’une nécessaire nouvelle loi 101 qui étendrait l’obligation de franciser les entreprises de plus petite taille pour favoriser en milieu de travail l’intégration et l’échange.

Le métissage issu d’une telle approche ressemble à une belle utopie ? Sûrement, mais cette vision est autrement plus progressiste, plus humaniste, plus porteuse d’espoir que celle d’un multiculturalisme régressif. Enfin aurons-nous en commun plus que nos différences ! Et peut-être même réussirons-nous tous ensemble à poursuivre notre aventure collective en Amérique.

40 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 16 octobre 2017 01 h 28

    Le communautarisme tue la cohésion sociale!

    Je suis tout à fait d'accord avec vous, madame Beaudoin. Le communautarisme tue la cohésion sociale. À votre question: «comment sortir de l’entre-soi, comment espérer construire une citoyenneté commune ? Il faudrait enseigner le civisme et la responsabilité sociale dans nos écoles, si l'on veut vraiment entretenir une société plus humaniste et plus porteuse du bien vivre ensemble.
    En effet, les pères de la Révolution tranquille envisageaient la laïcité aux seines de la fonction publique et dans nos institutions politiques. Effectivement, «la laïcité libère et émancipe» selon la philosophie des Lumières, le socle des valeurs universelles de l'État moderne.

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 octobre 2017 10 h 15

      N'empêche que le système éducatif et hospitalier mis en place à cette époque sacralisaient les deux solitudes.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 16 octobre 2017 13 h 52

      La laïcité ne visait que l'Église catholique (au Québec). Aujourd'hui, l'absence du pouvoir religieux catholique a été compensée par l'idéologie multiculturaliste et des religions qui n'admettent pas, et n'admettront jamais le principe de laïcité. Tout le contraire : on a créé les "accommodements raisonnables" (sic).

      Nous nous sommes "libérés" de l'emprise de l'Église catholique sur nos vies pour devenir les "idiots utiles" d'une idéologie encore plus asservissante.

  • Claude Bariteau - Abonné 16 octobre 2017 04 h 45

    Que comprendre de vos propos ?

    Votre texte charge la politique de la diversité canadienne à la Trudeau père et fils pour valoriser une lecture historico-culturelle d’une nation québécoise qu’entendraient pérenniser les Québécois, souverainistes ou non.

    Ce faisant, vous élaguez cette nation québécoise du socle politique des nations, dont celle française qui vous a faites citoyenne, et cherchez, comme d’autres avant vous à assurer sa survie dans le cadre provincial canadien.

    À cette fin, vous misez sur la mixité des écoles à Montréal, proposez des politiques prônant le retour en cette ville de familles franco-québécoises et faites la promotion de la laïcité et de la francisation des entreprises de petites tailles.

    Tout compte fait, vous proposez un programme complémentaire à celui de la révolution tranquille dont deux de ses principaux acteurs, René Lévesque et Jacques Parizeau, se butèrent au mur canadien défendu, armes et poings comme en 1775, 1836 et 1867, par des anti-souverainistes en 1980, 1995 et aujourd'hui.

    Je m’attendais à autre chose d’une militante souverainiste consciente plus que d’autres des contraintes politiques dans lesquelles la majorité des Québécois et Québécoises, toutes origines confondues, doivent vivre sur le territoire du Québec devenu leur patrie.

    Je m’attendais surtout à un alignement qui mobiliserait ces Québécois et Québécoises à promouvoir leur autodétermination externe.

    Au contraire, vous pressez sur l’accélérateur pour renforcer l’autodétermination interne d’une « nation » conçue pour être enclavée sur ce territoire par les Britanniques, les concepteurs du Dominion of Canada et les artisans du Canada d’aujourd’hui.

    Ce faisant, vous emboîtez le pas menant à pérenniser une démarche « nationale » dans les marges de l’histoire plutôt que celui du « vivre-ensemble » des Québécois et nouveaux arrivants en l’ancrant à la citoyenneté, la souveraineté populaire et la démocratie.

    • Gilbert Turp - Abonné 16 octobre 2017 08 h 39

      Avez-vous songé, monsieur Bariteau, à écrire une vraie lettre au Devoir ? Il me semble que vous seriez dû.

    • Pierre Bernier - Abonné 16 octobre 2017 08 h 40

      @ M. Claude Bariteau

      Quand on est conscient des méandres de l’épaisseur du réel ne convient-il pas de s’appliquer à identifier le plus difficile à faire maintenant ?

    • Jean-François Trottier - Abonné 16 octobre 2017 09 h 30

      M. Bariteau, vous entrez directement dans le mur du multiculturalisme version 2.1.

      Vous relancez Mme Beaudouin à coups de "Québécois et Québécoises, toutes origines confondues" et de "vivre-ensemble" basés sur "la citoyenneté, la souveraineté populaire et la démocratie".

      En clair, quiconque est sur le territoire est québécois, ce qui est très joli dans une vision bornée, héritée directement d'une autre idéologie tout aussi vieillotte que le libéralisme, le marxisme très primaire d'une autre époque. Ici les deux se rejoignent et les deux font fausse route.

      Vous niez la dimension sociale de l'individu en lui assénant ses limites : citoyen et apte à voter.
      Est-ce manque d'imagination ou volonté de respecter à la lettre la grille marxiste qui n'a jamais réussi à décoller de son analyse des classes sur le seul barème économique ?

      Ce n'est pas respecter l'individu que de le voir comme égal en tout point à son voisin, c'est le réduire à sa réalité biologique et commerciale, vote inclus. Postnational, ça oui, mais pas humain.

      Ce multiculturalisme qui refuse de se nommer réduit l'individu plutôt que d'en reconnaître l'originalité complexe : son origine, son terreau de croissance, son imagination propres passent tous par sa culture, que ce soit par la continuation ou la réaction envers le passé.
      La société québécoise y arrive tout d'abord en se reconnaissant et en se faisant reconnaître, PARCE QUE sa dimension sociale est essentielle au dialogue, bin quin!

      Réduire la personne à sa citoyenneté, tel que vous le proposez, est la voie royale vers la domination d'une seule culture, les autres devenant à moyen terme un gentillet folklore que Walt Disney se plaiera à afficher dans sa prochaine édulcoration kulturelle. On le sait, on vit dedans!

      En passant, des états postnationaux ont déja existé : empire romain, chinois, perse...
      Le multicultiralisme et votre baudruche du faux "vivre-ensemble" pocèdent de la même tare.

    • François Beaulne - Abonné 16 octobre 2017 10 h 50

      En tout respect, Monsieur Bariteau, vos commentaires sont, comme c'est votre hanitude, d'une grande perpicacité et portent à réflexion. Toutefois je pense que dans ce cas-ci ils ne s'appliquent pas à Madame Beaudoin dont l'engagement indépendantiste ne saurait être mis en doute. La critique très percutante qu'elle fait du multiculturalisme et de ses effets pernicieux pour l'avenir de la nation québécoise est partagée par bon nombre de Québécois de toute tendance politique. Les pistes de solution qu'elle avance n'impliquent d'aucune manière qu'il faille renoncer à l'indépendance pour assoir définitivement notre pérennité sur sur ce continent des Amériques. Elles sont présentées comme des mesures applicables immédiatement en attendant le grand soir. Y donner une autre interprétation, celle d'une vison 'provincialiste', comme vous semblez le faire, c'est, à mon avis, déformer la pensée de Madame Beaudoin et lui prêter des propos qui vont diamétralement à l'opposé de ce qu'elle a toujours prôné: l'indépendance du Québec.

    • Claude Bariteau - Abonné 16 octobre 2017 12 h 28

      M. Trottier, vous déformez ce que j'ai écrit et chargez comme un faucon sur une proie sortie de votre imaginaire en me dépeignant borné, passéiste, héritier à la fois du libéralisme et du marxisme.

      Pire en me qualifiant de borgne incapable de voir la dimension sociale des acteurs, que vous qualifiez d’individus et, pire encore, en me transformant en cible qui fait la promotion du multiculturalisme.

      Mes propos ne s’enlisent aucunement dans les dérives du libéralisme et du marxisme. Ils promeuvent une approche politique valoriant les liens politiques et sociaux entre les habitants du Québec qui font du territoire du Québec leur patrie.

      J’ai découvert en faisant des recherches anthropologiques (je suis anthropologue de formation) que les approches politiques qui prennent pour assise la culture conduisent à des quêtes d’autodétermination interne alors que celles qui ont la citoyenneté pour base et valorise l’expression d’une diversité de points de vue prônent une autodétermination externe un modèle politique inspiré du républicanisme et le contrôle des citoyens et des citoyennes sur les décisions politiques.

      Dans les approches qui prônent la citoyenneté, il ressort est que celle-ci se construit sur les LIENS politiques et sociaux. En quelque sorte qu’elle est le principal liant, ce qu’a fait ressortir Charles Tilly, qui, comme moi, n’a jamais été un promoteur du marxisme et du libéralisme, encore moins d’un multiculturalisme servant de tremplin au post-nationalisme prisé au Canada.

      Cela étant, faire de la citoyenneté le liant politique et social ne conduit pas à la domination d’une culture, mais au contrôle du politique par la mise au point d’un régime issu des débats entre citoyens et citoyennes pour définir les règles de leur « vivre-ensemble », ce que vous estimez bizarrement une tare.

    • Claude Bariteau - Abonné 16 octobre 2017 12 h 39

      M. Beaulne, je dis seulement que les propositions de Mme Beaudoin s'apparentent à des propositions qui font sens dans une démarche d'autodétermination interne.

      Je sais bien que Mme Beaudoin pense le Québec en pays indépendant. Mais ce texte n'y fait pas écho.

      Personnellement, je n'aurais pas réagi comme je l'ai fait si elle avait inserré ses propositions dans une démarche politique menant à l'autodétermination externe.

      Des lecteurs comme moi de ce journal auraient, je pense, été plus réceptifs à ses propositions.

    • Claude Bariteau - Abonné 16 octobre 2017 12 h 52

      M. Bernier, c'est ce que je m'évertue à faire, ce qui m'a fait découvrir qu'il existe un nombre incroyable de blocages qui rendent difficile la diffusion d'une approche qui braque l'attention sur la façon de sortir des méandres de l'épaisseur selon vos propos.

    • Jacques Lamarche - Abonné 16 octobre 2017 12 h 59

      Il faut comprendre, M. Bariteau, que dans l'impasse politique actuelle - deux revers référendaires, ça coûte cher! - que le mieux à faire et le seul que l'on puisse faire est ce que propose madame Beaudoin. C'est bien peu, je sais!

      Le tableau qu'elle brosse de notre société me paraît fort juste. Les dégâts qu'elle déplore sont considérables et nous prévient que le pire est à venir! Et donc par la bande, de façon informelle, elle nous démontre la nécessité de la souveraineté. C'est aussi ce que croit M. Beaulne.

      En toute amitié!

    • René Pigeon - Abonné 16 octobre 2017 13 h 36

      @ M. Bariteau,
      Comme le disait plus haut M. Turp, il serait temps d'exposer la thèse que vous résumez comme suit :

      "J’ai découvert en faisant des recherches anthropologiques (je suis anthropologue de formation) que les approches politiques qui prennent pour assise la culture conduisent à des quêtes d’autodétermination interne alors que celles qui ont la citoyenneté pour base et valorise l’expression d’une diversité de points de vue prônent une autodétermination externe, un modèle politique inspiré du républicanisme et le contrôle des citoyens et des citoyennes sur les décisions politiques."

    • Jean-François Trottier - Abonné 16 octobre 2017 14 h 12

      Il n'empêche, M. Bariteau, que vous occultez l'importance des liens sociaux chez l'humain, ce qui ressemble en effet à une approche anthropologique.

      C'est vous qui reprochez à Mme Beaudoin une approche supposément passéiste et y opposez le vivre-ensemble, ce qui tient dans sa totalité dans le multiculturalisme. Je ne l'invente pas.

      Veulliez noter que je ne vous approche du marxisme que sous une forme interrogative.
      Ce que je sais par contre, c'est qu'en effet vous réduisez l'humain à ses rôles de citoyen et d'élément économique. Nulle part n'est-il fait référence à l'humain non pas dans ses rapports sociaux mais dans ses appartenances avec toute la diversité de ses propres réactions à celles-ci.
      Nulle part, c'en est gênant.

      Au départ on aurait pu croire à une omission, mais voilà, vous répondez fort brillamment avec les mêmes arguments tout de suite après, en ajoutant le mot "social" pour rajouter à cette mélasse intellectuelle où rien n'adhère tellement tout est égal.

      On doit reconnaitre l'individu y compris ce à quoi il appartient de son gré. Ce que vous dites au sujet de la citoyenneté est à la base du multiculturalisme et strictement rien de plus. Or justement c'est à quelque chose de plus qu'aspire Mme Beaudoin, en québécoise habituée, et vous devriez l'être aussi, à vivre dans une société composée uniquement de minorités.

      La question pourrait ne pas se poser ailleurs au Canada puisqu'y règne une seule culture écrasante : la tolérance y règne comme une cerise sur un sundae, jolie, un peu inutile mais ça fait "bien".

      Le Québec est et restera un lieu de minorités, quelle que soit la façon de le retourner. C'est en fonction de cette réalité que la nécessité de nommer et reconnaître la nation québécoise est un prérequis qui se pose chaque jour et pas dans ce passé auquel vous le vouez avec les Néanderthaliens.

      Je suis obligé de le répéter : vous ne reconnaissez pas l'importance de la nation dans la structure de l'humain. C'est un manque réel.

    • Claude Bariteau - Abonné 16 octobre 2017 14 h 54

      Il n'y a d'impasse politique que celle découlant d'une redite d'une approche qui demande d'être revue en misant sur un projet d'indépendance qui rejoint les Québécois et les Québécoises et mobilise autour d'un changement de régime politique qui prône un meilleur contrôle des habitants du Québec sur les choix politiques.

      C'est ce contrôle qui fut constamment refusé aux habitants du Québec qui ont fait du Québec leur patrie. C'est ce contrôle qui les mobiliseront, car il implique qu'ils se prennent en main pour faire plus que corriger les dégats en créant leur pays.

    • Jean-François Trottier - Abonné 16 octobre 2017 17 h 00

      Exactement ce que je crains comme approche : une vision basée sur le plus bas dénominateur commun, scientiste à tout crin et certainement pas scientifique.

      Le vote exprimé dans les isoloirs dépend de dizaines de facteurs et en conséquence il n'exprime jamais clairement un choix. D'où, QUELQUE SOIT la forme de votation, le gouvernement ainsi formé aurau TOUJOURS la possibilité d'interpréter à sa façon le sens du vote... et aucun ne s'en prive.
      Quoique je prône moi-même des modifications radicales à notre mode de scrutin et de gouvernement actuel, je sais pertinemment que c'est insuffisant.
      Croire qu'un changement de régime apportera des solutions miracles est profondément maladif. Ce n'est qu'une faible partie du faisceau de réponses nécessaires,
      Quant à cette "impasse", je vois maintenant jusqu'à quel point en effet vous faites du marxisme de récupération. L'impasse, c'est d'abord la mauvaise foi crasse des fédérastes d'Ottawa, qui ont menti aux deux référendums et n'ont jamais respecté les règles y imposées, au contraire. Croyez-vous qu'ils deviendront gentils soudainement ? Allô!
      C'est votre mauvaise foi qui en ressortt.

      Un vote engage non seulement les intérêts de la personne, mais aussi sa vision de la société ainsi que, souvent, sa cosmologie. Vous voulez vraiment vous baser uniquement sur la citoyenneté ? Simplification à outrance, scientisme!

      L'humain n'est PAS la somme de ses rapports sociaux. Si c'était le cas, le tchador aurait disparu depuis des générations. Ce n'est pas une question de rapports mais d'appartenance, ce que vous niez platement avec votre pseudo-vision unanimiste qui croit à des lendemains qui chantent où le peuple aura le pouvoir". Grâce à quoi ? Un gouvernement ???

      Un gouvernement N'a PAS ce pouvoir en démocratie. sauf... selon vous.

      Votre vision est l'embryon d'une tendance totalitaire que je n'avaliserai jamais.

    • Claude Bariteau - Abonné 16 octobre 2017 22 h 07

      M. Trottier, vous vous dépassez. Vous voilà le théoricien de l'immanence de la notion de nation dans l'ADN des humains.

      Comme anthropologue, je n'ai noté une telle approche que chez les promoteurs d’une «nation» comme produit d’une généalogie biologiquement transmise au travers le temps dans le but explicite d’extraire cette «nation» des relations autres que celles valorisées entre ses membres.

      Or, il s’avère que cette idée renvoie non pas à l’humain, mais à une conception de l’humain antérieure au développement des nations contemporaines, ce qu’a expliqué Marcel Mauss il y a longtemps et qui demeure, depuis, la façon de concevoir les États souverains qui se sont multipliés depuis le début du XXième siècle.

      Cela dit, rien dans mes propos, que vous déformez pour faire valoir les vôtres, ne banalisent la complexité de l'humain, car ils mettent seulement en relief que cette complexité est présente et demande d'être
      abordée par des échanges et des débats.

      Pas n'importe quel débats ni n'importe quels échanges, mais ceux qui permettent l'expression de solidarité qui ne s'incarnent pas dans l'immanence mais dans la relation entre citoyens et citoyennes qui entendent vivre ensemble sur un territoire qu'ils ont choisi le leur et de créer ensemble ce que créent des humains qui ne sont pas occultés par des barrières ontologiques qui les divisent.

      En cela, je suis aux antipodes d'un placage multiculturaliste que vous dénoncez, mais aussi aux antipodes d'une conception de l'humain qui enferme dans une conception généalogique.

  • Jean Lapointe - Abonné 16 octobre 2017 07 h 44

    Monsieur Bariteau se trompe à mon avis.

    «Au contraire, vous pressez sur l’accélérateur pour renforcer l’autodétermination interne d’une « nation » conçue pour être enclavée sur ce territoire par les Britanniques, les concepteurs du Dominion of Canada et les artisans du Canada d’aujourd’hui.» (Claude Bariteau)

    Je vais prendre la défense de Louise Beaudoin laquelle est toujours une souverainiste à ma connaissance. Elle n'est sûrement pas favorable au maintien du Québec au sein de la fédération canadienne pour toujours.

    Si elle presse sur l'accélérateur, comme le dit monsieur Bariteau, je ne pense pas que ce soit pour en rester là mais bien plutôt pour permettre que l'idée d'indépendance puisse rester bien vivante.

    Il faut favoriser l'autodétermination interne pour que l'autodétermination externe puisse être toujours possible.

    Et pour cela, il faut tenter de rallier le plus de gens possible quelles que soit leurs origines au projet de faire du Québec un pays indépendant même si ce n'est pas facile.

    Les souverainistes d'aujourd'hui, à ma connaissance, ne veulent pas pour la plupart d'entre eux un Etat indépendant uniquement pour les Québécois d'ascendance française mais pour tout le monde y compris pour les anglophones.

    Mais ce sont des Québécois d' origine française qui exercent le leadership parce que ce sont eux qui ont le plus de raisons de vouloir que le Québec devienne un Etat indépendant à cause de ce que leurs ancêtres ont vécu et à cause de ce qu'ils vivent encore de nos jours.

    Je le comprends peut-être mal mais j'ai l'impression que monsieur Bariteau veut aller trop vite.

    Et si on faisait ce qu'il dit, j' ai l'impression qu'on risquerait d'aller nulle part.

    C'est qu'à mon avis, si les Québécois d' ascendance française souverainistes ne faisaient pas ce qu'ils font, il n'en serait jamais plus question de l'indépendance parce que plus personne en ressentirait le besoin et encore moins le goût.

    • Claude Bariteau - Abonné 16 octobre 2017 12 h 45

      M. Lapointe, je ne vais pas trop vite parce que je pense sincèrement que les habitants du Québec qui, hier comme aujourd'hui, ont fait du Québec leur patrie, pataugent et ne vont nulle part depuis longtemps.

      Je pense aussi sincèrement que prôner une autodétermination interne consiste fondamentalement à mettre à MORT un projet d'indépendance, qui est l'objectif recherché des dirigeants canadiens comme, hier, les dirigeants britanniques.

  • Bernard Terreault - Abonné 16 octobre 2017 08 h 30

    Justin

    Justin Trudeau se dit "né Canadien français"? Et il parle de son "ethnie"? Bizarre.
    Pourtant sa mère était une pure anglo-canadienne, son père Pierre Elliot ne s'identifiait aux "canadiens-français" dont il avait honte (parfois avec raison, c'était avant la révolution tranquille), et Justin est plus à l'aise en anglais qu'en français, une langue dans la laquelle il hésite et cherche ses mots car il "pense en anglais". À Vancouver il doit plutôt se dire Sikh sur les bords et à Guelph se sentir fraîchement émigré du Sussex.

  • Danielle Brossard - Abonnée 16 octobre 2017 08 h 48

    L’histoire ne ment pas !

    C’est pas compliqué, le Canada a tout fait dans le passé pour BLANCHIR les autochtones du pays, avec le résultat désastreux que nous connaissons aujourd’hui. Et pourtant, il n’a rien compris de la leçon. Il continue toujours dans la même voie. Il a dépossédé les autochtones de leur territoire, de leur culture et de leur langue avec autant d’ingéniosité barbare et sournoise que l’Allemagne avec les juifs dans le passé. Il leur reste maintenant à assimiler cette nation francophone insoumise et revendicatrice qui refuse de se mettre à genoux devant la reine et qu’on veut à tout prix matter et ANGLICISER dans tout le pays entier, d’un océan à l’autre, du pacifique à l’atlantique. Alors, le multiculturalisme, vous y croyez encore ? L’histoire ne ment pas, mais les politiciens eux, oui.

    • Serge Lamarche - Abonné 16 octobre 2017 15 h 40

      Bien voilà, c'est là qu'il faut travailler. Les francophones canadiens, pas seulement québécois, doivent toujours et encore résister à l'envahisseur. Je dois dire par contre que l'anglicisation à yout prix n'est pas le but de tous les soi-disant anglophones. Beaucoup ne sont pas tant que ça d'origine anglaise et même là les anti-francophones ne sont pas la majorité. À mon avis, le Canada ne veut pas, ou ne veut plus, blanchir et angliciser à tout prix. Le Canada devient pro-bilinguisme et veut ses autochtones en meilleure santé. C'est de plus en plus visible.

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 16 octobre 2017 16 h 58

      <Pour être Canadien dans le Canada tel qu'il est, c'est une bonne manière, un jour, de ne plus être Québécois>.

      Citation de Mathieu Bock-Côté, dans Psychologie sommaire des fédéralistes absolument amoureux du Canada; texte publié le 3 juillet 2017, dans JdeM.