Manger bio et pas cher, est-ce possible?

Je fais partie de ceux qui croient que moins on s’en met dans le corps (pesticides, OGM), mieux on se porte. Toutefois, mes tablettes et mon frigo ne sont pas abonnés au biologique. Je privilégie autant le local pour des raisons de lien (même platonique !) avec de petits producteurs. Beaucoup ne sont pas certifiés bio, mais en ont les pratiques. Parce que le bio, cela se paie de part et d’autre de la chaîne. Voici deux initiatives bio-moins-cher.

Initiative pour le frais

En 2015, l’entreprise montréalaise SecondeVie lançait ses paniers de fruits et légumes « moches ». En fait, des surplus d’inventaires ou des aliments déclassés pour leur raté de forme, de grosseur, leur défaut de coupe. La formule est souple dans la mesure où il n’y a aucun engagement en termes d’abonnement. Depuis, les deux fondateurs poursuivent sur leur lancée en étendant leur zone de points de chute en dehors de l’île de Montréal et en ajoutant une offre de paniers biologiques prévue à la mi-juillet.

« On a eu beaucoup de demandes, notamment pour les fruits et les légumes les plus touchés par les pesticides selon les listes qui circulent chaque année dans les médias [fraises, pommes, etc.]. Ils ne seront pas forcément moches, car il y a peu de pertes ou de mises à l’écart dans le biologique », précise Thibaut Martelain, cofondateur. La jeune entreprise a sondé ses clients sur la composition idéale ou souhaitée de ces futurs paniers et surtout, combien de dollars ils seraient prêts à débourser.

Photo: SecondeVie L’entreprise montréalaise SecondeVie vend des paniers confectionnées de surplus d’inventaires ou d’aliments déclassés pour leur raté de forme, de grosseur, de défaut de coupe.

Car le prix du bio reste le nerf de la guerre. « Dans le sondage, on a fait une proposition de paniers bio à 45 $ pour 4 personnes. C’est certain que cela double la dépense par rapport à notre panier local pour 4 personnes qui est à 22 $. On essaie de trouver le meilleur prix », explique M. Martelain. La recherche de fournisseurs, surtout leur capacité à fournir un certain volume, est l’une des parties les plus ardues du projet en cours.

Faut-il choisir un distributeur classique qui fait du gros dans le biologique ou faire directement affaire avec des producteurs biologiques locaux ? Ceci en sachant que les consommateurs associent le biologique et le local par manque de confiance face aux produits venus d’autres pays où la réglementation diffère. [Il faut savoir que le Canada conclut des ententes d’équivalence avec les pays importateurs de produits biologiques.]

« On va essayer avec du local canadien [Québec et Ontario]. On va tester une semaine ou deux, puis mesurer les retours. Je suis assez convaincu qu’on va réussir à proposer un panier moins cher ou du moins équivalent à ce que proposent des épiceries comme Avril ou Rachelle-Béry. La grande différence, c’est qu’il sera livré à un point de chute proche de chez le client ! »

Initiative pour le non périssable

Chez NousRire, on ne dit pas « travailler » ; on dit « oeuvrer ». Un « participant » désigne tout client du service et « rayonner » remplace des termes jugés agressifs, comme « cibler » en marketing. Adam Taschereau est bien content. Disons qu’il rayonne ! Il faut dire que son idée (lancée avec deux amies) de se regrouper pour acheter des aliments bio en vrac, directement des producteurs, à des coûts moindres (de 20 % à 50 % moins cher selon les produits) fonctionne bien.

« Acheter en grosses quantités, être au courant des prix et savoir d’où viennent les produits, cela fait au moins dix ans que je m’y intéresse », dit-il. Ainsi, NousRire, qui vient de souffler deux bougies, est devenu un groupe d’achat d’aliments biologiques et écoresponsables en vrac partout au Québec avec un certain poids et un certain pouvoir d’achat.

Photo: Eloi Brunelle Photos Une partie de l’équipe de rieurs au cœur de NousRire

Le bassin total de participants (là aussi, la formule est souple, pas besoin de s’abonner) s’élève à environ 8000. Sur ce nombre, près de 2500 passent leur commande en ligne lorsque c’est le temps. Cinq commandes groupées sont proposées par année. Ainsi, tous les deux mois, ce sont quelque 35 000 kg de nourriture qui arrivent à l’entrepôt montréalais ! Que du non périssable : café, farines, fruits séchés, huiles, légumineuses, noix, pâtes…

Si NousRire remplit sa mission qui est de rendre accessible l’alimentation biologique partout dans la Belle Province, c’est parce que l’initiative réduit au maximum ses coûts de fonctionnement (cinq permanents, une trentaine de contractuels en période de pointe) et qu’elle peut compter sur son réseau efficace de bénévoles. Ils sont plus de 500 à s’activer une fois les livraisons centralisées à l’entrepôt montréalais, puis réexpédiées par palette pour les différentes cellules locales d’achat basées en région.

Le réseau de participants a grossi, les cellules en région se sont multipliées (une cinquantaine sont actuellement sur la liste d’attente), les différents intervenants aussi… C’est clair, le système s’est un peu complexifié. Comment contenir la croissance ? « On dit oui à certaines choses, et non à d’autres. » Comme participer à un gros salon qui affolerait le compteur de fréquentation du service !

« Après chaque commande, on regarde ce qui n’a pas trop bien fonctionné, on raffine les outils », explique M. Taschereau. Le choix des fournisseurs est scruté lui aussi de A à Z. L’équipe les rencontre, discute avec eux pour établir un lien de confiance et collecter le plus d’informations possible quant aux conditions de culture ou de fabrication du produit. Et pour se décontracter lors des journées d’emballage, l’équipe fait des « pauses-mangoustan »(danse), des « pauses-respire » et des « pauses-câlins » (non obligatoires, je vous rassure) !

Parce qu’Adam Taschereau porte aussi comme casquette celle d’organisateur d’événements dédiés au bien-être (musique, yoga…). Prochain câlin, pardon, prochaine commande du 18 août au 3 septembre ! 

Des initiatives à partager

Acheter bio moins cher demande de faire quelques recherches et d’avoir les antennes toujours en alerte (offres promotionnelles dans les petites ou grandes épiceries, nouveaux produits, etc.). Je vous propose ici deux initiatives, l’une à venir, l’autre déjà en cours.

Bien entendu, il en existe d’autres. N’hésitez pas d’ailleurs à m’écrire pour m’en informer ! Le réseau des paniers bio des fermiers de famille d’Équiterre en est une qui fait et continue de faire ses preuves.

À retenir

Consommer bio va plus loin que « manger sainement ». La protection, la conservation et la diversité de l’environnement, le respect de la nature, notamment du bien-être animal, la dynamique sociale que cela crée au sein d’une région (avec les emplois reliés au secteur)… Ces facteurs sont intimement liés et participent à la dynamique générale. Consommer bio est donc un choix environnemental, éthique et aussi politique. Quel type d’agriculture veut-on privilégier et encourager ?

Par contre, il ne faut pas confondre le bio avec la notion de local (un aliment bio peut parcourir des milliers de kilomètres avant de se retrouver à l’épicerie), d’équitable (les conditions de vie ou de traitement des travailleurs agricoles ne sont pas prises en compte dans la certification, par exemple) et de « plus nutritif » (les études scientifiques sont loin de s’entendre et se contredisent à ce sujet).

 
1 commentaire
  • Alexandre Thibodeau - Abonné 8 juillet 2017 15 h 29

    La poule ou l'oeuf

    Dans tous les cas, je préfère favoriser l'agriculture biologique. En aidant à la création de ce marché, on encourage indirectement les agriculteurs locaux à prendre cette voie. La proximité est mon second critère de sélection, suivi de la certification équitable puis du prix. On dit souvent que le pouvoir est dans les mains des consommateurs, c'est vrai. Il faut se responsabiliser. Je ne vois pas le bio comme plus cher. C'est le prix normal pour des aliments sains. L'agriculture conventionnelle fournit des «rabais» sur le dos de la santé publique et de l'environnement.