Quelque chose d’allemand

Le pilote britannique Lewis Hamilton (à droite) a devancé son rival allemand Sebastian Vettel.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le pilote britannique Lewis Hamilton (à droite) a devancé son rival allemand Sebastian Vettel.

Il y a quelques semaines, Bernie Ecclestone soi-même en personne, l’homme le plus puissant de l’univers connu, a déclaré qu’il ne dépenserait pas un seul sou pour emmener sa petite famille assister à un Grand Prix de Formule 1 parce que le sport est devenu ennuyant. (Il a aussi dit qu’il n’aime pas tellement la démocratie parce que rien ne se fait en régime démocratique et que Vladimir Poutine devrait diriger l’Europe au complet, mais nous reviendrons là-dessus une autre fois, quand il n’y aura pas de course.)

Venant du promoteur en chef qui a fait des montagnes d’argent avec le moteur à explosion à la fine pointe du progrès technologique et des gars prêts à le pousser à son paroxysme, le propos a de quoi étonner, même si plusieurs diront qu’il est rigoureusement exact. On se souvient de la boutade voulant que le soccer soit un sport qui se joue à 11 contre 11 avec pas de mains et l’Allemagne qui gagne à la fin. C’est à peu près la même chose dans le merveilleux monde du vroum vroum qui, de manière tout à fait déplorable, fait moins de bruit qu’avant. Non mais, c’est vrai : que sert à l’humain de se pâmer pour la vitesse de déplacement de la matière si, ce faisant, il ne se déchire pas les tympans ?

La saison dernière, Mercedes, une équipe allemande jusqu’à preuve du contraire, a gagné toutes les épreuves sauf trois. On copie-colle ici pour dire que, l’année d’avant, Mercedes a gagné toutes les épreuves sauf trois. Et les quatre années précédentes, un Allemand, Sebastian Vettel, a remporté le championnat des pilotes au volant d’une Red Bull, qui s’adonne à être une écurie autrichienne et l’Autriche, on ne s’en cachera pas, c’est fichtrement proche de l’Allemagne.

Et avant le Grand Prix du Canada, Mercedes avait remporté toutes les courses cette année sauf une, celle d’Espagne, où a triomphé Max Verstappen, un Néerlandais (et les Pays-Bas sont comme l’Autriche, quoique de l’autre côté, et quoique l’Autriche soit un pays haut), qui chauffe une… Red Bull. Il faut dire que Verstappen n’aurait certainement pas fini premier si les deux Mercedes, de Lewis Hamilton et Nico Rosberg, ne s’étaient pas tamponnées dès le tour initial. Il faut que Mercedes se sorte elle-même de la course pour laisser une chance aux autres.

Devait-on donc s’attendre à ce que le même scénario monotone se poursuive ? En vérité, ça dépendait. On avait tendance à dire oui en considérant que Hamilton et Rosberg avaient dominé les qualifications et partaient de l’avant de la grille. Mais on était tenté de dire non parce qu’une course sur le circuit Gilles-Villeneuve, c’est ardu à pronostiquer. La plupart du temps, nous y avons droit à des épreuves, l’expression est consacrée et revient sans arrêt, « fertiles en rebondissements ».

Elle est comme ça, la piste de l’île Notre-Dame : on n’y assiste pas à des processions aux dépassements inexistants. Non, Madame, l’amateur d’action, et qui n’aime pas l’action ?, se fait toujours servir une ration supplémentaire de ce dont il raffole, et c’est excellent pour la santé parce qu’il se sent pleinement vivre.

Dimanche, c’est Vettel qui a donné le ton. Parti 3e, il a décelé une anfractuosité à la gauche de Hamilton et s’y est glissé avec une admirable fluidité pour se retrouver en tête avant même que la cohorte négocie une première fois le virage Senna. Bien joué, champion.

Mais on a à peine eu le temps d’écrire « fertile en rebondissements » que Hamilton était de retour au sommet, grâce aux bons soins du génie industriel allemand. Mais Vettel, qui lui profite maintenant du génie industriel italien, a repris les commandes quelques tours plus tard.

Puis, au 36e tour, tout juste passé la mi-course, ils ont montré Michael Douglas à la télé. Selon une autre expression consacrée qui revient sans arrêt, il était « un spectateur attentif ». Il faut dire que si vous n’êtes pas attentif dans ce sport, vous risquez de passer à côté de bien des choses essentielles de la vie.

Hamilton a ensuite profité de ce que Vettel s’était arrêté dans une aire de repos pour reprendre la tête. Il paraît que ce genre de conduite est permis en Formule 1, même si on serait enclin à y voir un geste antisportif.

Quoi qu’il en soit, la manoeuvre a payé puisque Hamilton a tenu le coup jusqu’au drapeau à damier. Mercedes au sommet, Vettel 2e, examinons le tout avec objectivité, l’Allemagne a gagné à la fin.

Finalement, ça n’a pas rebondi tant que ça.