L’ami Sam

De façon assez étonnante, Sam Hamad était jusqu’à présent sorti indemne des multiples enquêtes sur le financement des partis politiques et l’octroi de contrats publics menées par les médias, la commission Charbonneau ou encore l’UPAC.

Comme Marc-Yvan Côté et France Michaud, aujourd’hui accusés de fraude et de corruption, M. Hamad était pourtant un ancien vice-président au « développement des affaires » au sein du tristement célèbre Groupe Roche, où il s’était lié d’amitié avec M. Côté, avant de se joindre au gouvernement Charest, où il a occupé différents ministères dispensateurs de contrats ou de subventions.

Il ne perdait rien pour attendre. M. Hamad peut toujours y voir un « pétard mouillé », mais les dernières révélations des collègues de l’émission Enquête n’en sont pas moins dévastatrices. Le silence dans lequel s’est réfugié le premier ministre Couillard est d’une lourdeur écrasante. Si, 24 heures plus tard, il se sentait toujours incapable de réitérer sa confiance dans son président du Conseil du trésor, c’est qu’il est tout simplement indéfendable.

Marc-Yvan Côté avait reconnu sans détour devant la commission Charbonneau qu’il ne s’embarrassait pas des lois, ce qui lui avait déjà valu un bannissement à vie des rangs du Parti libéral du Canada. M. Hamad, qui le côtoyait depuis des années, ne pouvait pas l’ignorer, mais cela ne le troublait manifestement pas. D’ailleurs, comme tous ses collègues à l’époque, il avait l’obligation de faire entrer au moins 100 000 $ dans les coffres du PLQ, peu importe comment.

 

Le versement d’une subvention en retour d’une contribution à la caisse du PLQ était devenu une sorte de rituel que la commission Charbonneau a bien documenté. Dans le cas qui nous occupe, il est particulièrement fascinant d’en suivre le déroulement par courriels interposés.

La subvention initiale accordée à Premier Tech étant jugée insuffisante, M. Hamad fait des pieds et des mains auprès du président d’Investissement Québec, Jacques Daoust, et de son collègue du Développement économique, Clément Gignac, pour qu’elle soit augmentée. Le succès de son intervention doit être récompensé par une « contribution significative » à son cocktail de financement, recommande Marc-Yvan Côté, devenu vice-président du conseil d’administration de Premier Tech.

Le courriel le plus troublant est cependant celui que M. Côté adresse au président et chef de l’exploitation de l’entreprise, Jean Bélanger, qui se termine par le post-scriptum suivant : « Je l’envoie qu’à toi afin de protéger notre ami », qui est bien entendu M. Hamad.

M. Côté, qui a lui-même fait partie du gouvernement de Robert Bourassa pendant des années, connaît parfaitement la règle du secret ministériel. Il sait que M. Hamad a transgressé cette règle en lui transmettant des informations qui auraient dû rester confidentielles. À elle seule, cette faute justifierait la démission que les partis d’opposition réclament à grands cris.

 

Après un moment d’hésitation, M. Couillard avait eu la bonne idée de couper court aux velléités de reprendre du service que l’ancienne vice-première Nathalie Normandeau avait manifestées en 2013. Sa récente arrestation par l’UPAC a plongé le gouvernement dans un profond embarras, mais le premier ministre pouvait toujours prétendre que ce qui est reproché à son ancienne collègue appartient à une époque révolue.

Les faits relatés par Enquête sont également antérieurs au retour en politique de M. Couillard, mais M. Hamad, qui a présidé sa campagne à la chefferie, occupe des fonctions importantes dans son gouvernement. En sa qualité de président du Conseil du trésor, il a la responsabilité de mettre en oeuvre les recommandations de la commission Charbonneau. Comment pourrait-il maintenant s’en acquitter ?

Même si M. Hamad ne fait face à aucune accusation, le premier ministre peut difficilement se permettre de plaider la présomption d’innocence en attendant les conclusions de l’enquête du commissaire à l’éthique. Il a promis un gouvernement « éthiquement et moralement irréprochable », mais un doute lancinant demeure sur la métamorphose du PLQ depuis le départ de Jean Charest.

Sans parler de l’enfer qu’il devra vivre à l’Assemblée nationale, où son gouvernement est déjà sur la défensive depuis la reprise de la session parlementaire. Précisément parce qu’aucune accusation n’a été portée contre M. Hamad, la règle de la procédure en cours ne pourra pas être invoquée pour tempérer les attaques de l’opposition. S’il décide malgré tout de le maintenir en poste, il va perdre définitivement le contrôle de l’ordre du jour politique et pourrait même compromettre sérieusement ses chances de réélection. Il lui faut le sacrifier.

39 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 2 avril 2016 05 h 44

    Pas de presse!

    Chacun son évaluation de la situation; à mon avis, le premier ministre devrait attendre le rapport du commissaire à l'éthique avant toute décision. Surtout ne pas plier illico à l'actuelle hystérie politicienne et médiatique.

    M.L.

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 2 avril 2016 09 h 49

      Vous êtes généreux envers le parti libéral. M. Couillard est mal placé pour faire des leçons car le passé nous suit longtemps...

    • Odette Bernier - Abonnée 2 avril 2016 10 h 33

      Il n'y a rien comme un aveugle qui ne veut pas voir! C'est hélas toujours votre position lorsqu'il s'agit du PLQ

    • Colette Pagé - Inscrite 2 avril 2016 11 h 56

      Défenseur indéfectible des turpitudes du PLQ et de l'adage préféré de l'ex PM Robert Bourassa " il faut laisser du temps au temps" en croyant que le temps pourrait arranger les choses, vos commentaires en regard du PLQ ressemblent de plus en plus, le tout constaté avec respect, à de l'aveuglement volontaire.

    • Charles Lebrun - Abonné 2 avril 2016 12 h 21

      C'est vous qui parlez d'hystérie politicienne et médiatique? Vous n'êtes pas devant un tribunal, ici, mais bel et bien dans la "Réalité"! Celle-là même qui a très bien servi le PLQ lors des dernières élections... souvenez-vous, le PLQ nous a fait peur avec la "menace d'un référendum" qui n'était pas dans les cartons du PQ. Mais il n'a fallu que d'un "poing en l'air" pour que l'hytérie politicienne et médiatique fasse basculer la campagne en faveur des Libéraux! La politique est la politique... on ne peut pas s'accommoder des perceptions (même fausses) quand ça fait notre affaire et rechigner quand ça nous affaibli! Que le PLQ avale sa pillule, ce n'est tout de même pas le PQ qui demandait aux ministres libéraux de collecter un minimum de 100000$! Les sommes recueuillies illégalement sont tellement plus importantes au PLQ que dans les autres partis... et, ils ont par le fait même une pente à remonter! Les Québécois se sont méfié des péquistes au moment de voter, en se basant sur une perception qui a été nourrie par le PLQ; ajourd'hui, c'est au tour du PQ et de la CAQ d'alimenter le doute d'un "gouvernement honnête" envers le PLQ. C'est la politique! Vos propos angéliques n'y changeront rien!

    • Michel Lebel - Abonné 2 avril 2016 12 h 56

      @ Claude Gélinas et autres,

      Ce n'est tout de même pas une émission de télé qui doit dicter l'ordre du jour gouvernemental! J'en ai aussi assez de voir Radio-Canada créer sa propre nouvelle et de se péter les bretelles en boucle par la suite. Que chacun assume ses responsabilités, ceci incluant en particulier le gouvernement; mais celui-ci n'a pas à hurler avec les loups: il doit gouverner.

      M.L.

    • Pierre Asselin - Abonné 2 avril 2016 14 h 25

      Même si on critique les médias , ........qui peut nous donner ce qui se rapproche Le plus de la vérité ........Sinon les médias ........je crois que ce qui est important , c' est de ne pas se fier à un seul média ......

    • René Bourgouin - Inscrit 2 avril 2016 19 h 55

      M. Michel Lebel, autrefois un habitué de la page du courrier des lecteurs de La Presse (papier), défend ses amis libéraux... Vous êtes trop prévisible M. Lebel...

      Pratte au Sénat, le «simple lecteur» Michel Lebel qui ruent dans les brancards. Les ficelles sont grosses, grosses, grosses...

    • Jacques Lamarche - Inscrit 3 avril 2016 04 h 03

      Le scandale tient d'abord à la promotion de Sam Hamad au prestigieux et stratégique poste de président du Conseil du trésor! L'homme n'en a jamais démontré la stature, mais le brave soldat a toujours fait preuve d'une joyauté à toute épreuve!! Sa nomination ne relève pas du mystère!

      De la part du PM, il s'agit d'une maladresse qui en dit long sur la force de ses troupes et des intentions qui l'animent.

    • Placide Couture - Inscrit 3 avril 2016 08 h 38

      Vous semblez beaucoup vous en savoir à propos de l'hystérie...

    • Pierre Fortin - Abonné 3 avril 2016 11 h 26

      Vous affirmez un peu légèrement « j'en ai aussi assez de voir Radio-Canada créer sa propre nouvelle » tout en passant sous silence que la "nouvelle" est fondée sur des faits. Il est difficile de nier les courriels dûment signés, quelle que soit la ferveur de votre allégeance libérale.

      Vous devez bien admettre que le PLQ n'a pas su laver sa réputation en faisant la part des choses et qu'il est incapable de lever les doutes qu'il traîne dans son sillage depuis trop longtemps.

    • Michel Lebel - Abonné 3 avril 2016 12 h 16


      René Bourgouin,

      Le "simple lecteur" Michel Lebel n'a jamais joué dans le jeu des ficelles, petites ou grosses. Ce n'est pas mon genre! Renseignez-vous!

      M.L.

    • Michel Lebel - Abonné 3 avril 2016 19 h 47

      @ Pierre Fortin

      Disons simplement que M.Hamad ne semble pas avoir la même interprétation des faits. Au Commisssaire à l'éthique de tirer les choses au clair. L'émission Enquête n'est pas à l'abri d'erreur, comme elle l'a fait un jour en confondant grossièrement le diabète de type 1 et celui de type 2.


      M.L.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 avril 2016 08 h 11

      Monsieur Hamad, comme un autre, doit bénéficier de la présomption d'innoncence. Une émission de télé ne fait pas des coupables. Pas plus qu'une commmission d'enquête, comme Renaud Lachance a eu l'imprudence de le rappeler.

      Quoi qu'il en soit, même à supposer qu'il ait agi légalement et que le premier ministre ait été mis au courant par le grand confesseur Daniel Johnson au moment de la formation du Conseil des ministres, il y a deux ans, cela ne suffit pas. Ne peut plus suffir. Les citoyens ne devraient pas être obligés de tenir leurs serviteurs sous surveillance pour le cas où même la simple imprudence ou leur turpitude (l'un n'excluant pas l'autre!) soulèverait des doutes sur leur intégrité. Dès 2014, il était manifeste que Sam Hamad ne pouvait plus réclamer pour lui la confiance du PM ni celle de la population, qu'il ait ou non posé des gestes criminels.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 2 avril 2016 05 h 57

    Les briques...

    Les briques continuent de tomber dans le mur Libéral.

    PL

  • Nadia Alexan - Abonnée 2 avril 2016 06 h 24

    Notre système politique à besoin d'un remaniement

    Nos gouvernements considèrent l'argent des contribuables comme un puis sans fond, dans ils puissent piger à leur guise. C'est une démocratie par les riches, pour les riches qui a besoin d'un remaniement. .

    • Bernard Plante - Abonné 2 avril 2016 18 h 02

      Effectivement Mme Alexan! Et le remaniement doit commencer par l'instauration du vote proportionnel.

      Fini les partis avec plein pouvoir ayant recueilli moins de 30% des votes. Il est temps de mieux respecter la volonté des citoyens.

  • Normand Carrier - Inscrit 2 avril 2016 07 h 04

    Côté , Normandeau , Hamad et qui encore .......

    Il semble que le supplice de la goutte va se poursuivre soient par des enquêtes journalistiques ou des arrestatons de l'UPAC ..... Qui seront les suivants : Jean-Marc Fournier , Julie Boulet ou autres membres de cet illustre cabinet Couillard nouvellement formé ....

    Philippe Couillard n'a pas eu une éthique irréprochable dans le passé dont il est bon de rappeller sa quête d'emploi alors qu'il était ministre , son association avec le docteur Porter et ses placements personnels dans un paradis fiscal ...... Comment a-t-il pu faire de Sam Hamad son organiseur en chef et ramener Julie Boulet au conseil des ministre ? Couillard manque-t-il d'éthiqe ou de jugement politique ou les deux ? Garder le membership a M-Y. Côté ne parait pas futé lors que l'on sait que le PLC lui avait enlevé depuis belle lurette ......

    Les vraies responsables de ce système d'octrois de contrats reliés a la caisse du PLQ semblent remonter a l'associaion Marc Biveau- Jean Charest même avant que Charest devienne premier ministre ...... Il faut espérer que l'UPAC y travaille pour aller chercher les vraies responsables ......

    Le PLQ peut perdre l'ordre du jour politique et compromettre ses chances de ré-élection selon les conclusions de Michel David ...... Trente mois est bien long pour ceux qui veulent former d'autres partis a la carte ou paniquent s'il n'y a pas de fusions entre les partis .... La patience du PQ et son bon travail deviennent prometteurs et bénéfiques ....

  • Lise Bélanger - Abonnée 2 avril 2016 08 h 18

    De réélection pour Sam Hamad et autres.......parler de réélection pour ces gens..... C'est à croire que le peuple a oublié que les élus ont le devoir de travailler pour le bien commun, de tous les québécois.

    • Gilles Delisle - Abonné 2 avril 2016 09 h 55

      Bien sûr Madame, le peuple québécois est certainement le plus amnésique au monde! Il continue de voter, dans les sondages, pour le même parti, et c'est probablement ce qu'ils vont faire à la prochaine élection. Ils rechignent à voir nos fleurons économiques disparaître, mais ils continuent d'acheter chez RONA, et vont quand même dîner au St-Hub!
      Plus qu'un désabusement général, une lassitude et beaucoup de "je m'en foutisme"! Le confort et l'indifférence comme le disait si bien D. Arcand!

    • Colette Pagé - Inscrite 2 avril 2016 12 h 02

      C'est à regret qu'il faut le reconnaître : Les électeurs québécois qui ne ne souviennent de rien sont peureux et frileux. Car, il suffit que le PLQ évoque la tenue d'un référendum pour que la frousse s'empare des électeurs. Des électeurs qui n'exigent pas du PLQ qu'il rende des comptes sur son administration et surtout qu'il justifie l'existence du statu quo du fédéralisme canadien.

      Encore 30 ans à supporter ce régime destructeur.