Créatrice de rendement

Du 9,1 %, du 10,5 % pour la RRQ, au cours d’une année de forte volatilité où, en définitive, seule l’Europe a su afficher des rendements positifs dignes de ce nom, relève de l’exploit. Même ses grands déposants parlent de rendement « très satisfaisant ».


Certes, le rendement moyen de 9,1 % comptabilisé par la Caisse de dépôt et placement du Québec en 2015 n’est pas sans refléter l’impact de la chute du dollar canadien sur un portefeuille dont 54 % de l’exposition est à l’extérieur du Canada. Le dollar a fondu de 16 % par rapport à sa contrepartie américaine, de 7 % par rapport à l’euro l’an dernier. Mais la Caisse doit aussi conjuguer avec la stratégie de placement de ses déposants qui l’oblige à jongler avec la faiblesse chronique et structurelle des rendements des titres à revenu fixe. Les obligations, qui comptent pour plus du tiers de son portefeuille, ont vu leur rendement moyen fondre de moitié au fil des ans pour n’apporter que du 4 %. Des taux négatifs sont aujourd’hui accolés à des titres de première qualité émis par les gouvernements, et ce, sur une échéance pouvant aller jusqu’à dix ans. La Caisse, devenue créatrice de rendement, parvient à relever le défi d’innover pour obtenir le même profil de risque, mais un retour accru et une volatilité moindre.

Rendement nominal

La Régie des rentes du Québec a souligné mercredi qu’elle avait obtenu un rendement de 10,5 % l’an dernier sur les fonds du régime gérés par la Caisse. Au-delà des données ponctuelles, dans cet horizon de placement à très long terme qui est le sien, la RRQ a obtenu un taux annuel moyen de 8,8 % depuis sa création en 1966. Et le régime n’est pas sans rappeler que selon la dernière évaluation actuarielle, le rendement annualisé attendu au cours des 50 prochaines années sera de 6,4 %. Si le passé se poursuit, l’écart demeure largement favorable. Mais le défi est de taille dans cet univers où le jeu de l’effet composé priorise le rendement nominal au numérateur. D’autant que la conjoncture passée, dominée par une croissance économique plus forte et une présence inflationniste plus musclée, a fait place à une « stagnation séculaire » flirtant avec la déflation depuis une dizaine d’années. Et que les potentiels de croissance baissent un peu partout dans le monde sous le poids du vieillissement démographique et de la faiblesse des gains de productivité.

Sur une base historique, la Caisse de dépôt fait ressortir que son rendement annualisé est de 6 % sur dix ans, soit un taux conforme à celui dont les gestionnaires se servent généralement dans leurs calculs actuariels. Cette moyenne renferme la contre-performance de 2008, une année de « tempête parfaite » qui a forcé l’institution à afficher une perte historique de près de 40 milliards et un rendement négatif de 25,6 %.

Depuis l’arrivée de Michael Sabia à la présidence de la Caisse, en mars 2009, le rendement moyen annualisé est de 10,2 %, ce qui comprend le maigre résultat de 4 % en 2011. En cette année 2011 sous pression, l’institution parvenait tout de même à se maintenir dans le premier quartile des gestionnaires de caisses de retraite au Canada, absorbant alors la déconfiture du marché boursier canadien et la crise de la dette souveraine en Europe.

Il a déjà été dit que sous sa direction, la Caisse s’est éloignée de la volatilité de marchés boursiers plutôt cycliques et de leur horizon de court terme pour s’engager davantage dans l’économie réelle. Dans les placements privés, les infrastructures, les partenariats et autres investissements à long terme. Elle joue la carte de sa masse critique pour accompagner les entreprises québécoises à l’international, et de sa notation triple A pour prendre le relais des gouvernements dans les projets d’infrastructures publiques ayant un but lucratif. Tout en jouant de sa puissance financière pour faire entendre sa voix lorsque rendement et développement économique du Québec se conjuguent.

Michael Sabia l’a répété mercredi : l’institution garde le cap sur la gestion dite absolue fondée sur l’analyse fondamentale et la recherche de la création de valeur. En misant également davantage sur l’international et sur des éléments d’actif moins liquides qui, tels l’immobilier, les placements privés et les infrastructures, permettent les arbitrages entre une faible volatilité et un rendement supérieur. Des rendements plus élevés, stables et prévisibles à long terme.

L’intervention récente de la Caisse auprès de Bombardier, dans BT Holdco abritant Bombardier Transport, en est une illustration probante. Michael Sabia en était fier mercredi.


 
2 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 25 février 2016 12 h 02

    Bravo

    Bravo à la Caisse des Dépôts,à Hydro-Québec à Loto-Québec et à la SAQ.Ces institutions maintiennent un certain niveau d'aisance pour nous tous.
    Une taxe sur le pot et sur la prostitution pourrait aussi aider à garnir les coffres de l'État. Nous en avons besoin.

    • P. Raymond - Inscrit 25 février 2016 16 h 55

      Hé misère, comment commenter intelligemment sans tirer dans notre propre but. Tiens, allons-y avec une autre suggestion qui en vaudrait bien une foule d'autres.

      On pourrait aussi demander aux réformistes de faire bombarder par les z'amis un ou quelques villages en régions, québécoise bien évidemment, afin que le secteur privé subventionné puisse reconstruire à nos frais en plusse plusse mieux, en plusse plusse beau, en plusse plusse meilleur et en moins solide afin d'être certain que tout soit à recommencer dès l'an prochain.
      Ça ferait rouler la économie et accélérerait le dossier de l'aide à mourir. Deux suggestions pour le prix d'une ; plusse une troisième: Les profits générés pourraient être versés à la fondation de la chambre de commerce pour l'évasion fiscale des multinationales. Ça vous irait ?