Nouveau pacte entre les générations

Le vieillissement de la population frappe un peu partout dans les pays industrialisés. Là où un choc démographique est appréhendé se profile l’esquisse d’un nouveau pacte entre les générations.

Dans un texte publié par Le Monde dans son édition du 19 décembre, des experts français soulignent qu’« une génération, celle des baby-boomers, est parvenue, au sortir des “ Trente glorieuses ”, à capter une grande partie du patrimoine, à la conserver et même à faire augmenter sa valeur. Entre 1992 et 2010, elle a crû de 25 % pour les baby-boomers, mais elle a baissé pour toutes les autres générations. En particulier, l’accès au logement et à la propriété est devenu de plus en plus difficile pour les jeunes, en raison de hausses des prix de l’immobilier et des bas salaires. En conclusion, l’équilibre de notre modèle social est désespérément favorable aux plus vieux. »

Mais, au-delà de cette lecture ponctuelle, un peu plus haut dans le même texte les mêmes auteurs soulignent que « l’analyse économique des transferts entre les générations ne révèle pas de creusement des inégalités ». Dit autrement, il faut ajouter le jeu des « flux financiers intergénérationnels privés et publics », y compris les appels plus fréquents aux « solidarités familiales », et une mise à contribution ou une « liquéfaction » de ce patrimoine concentré entre les mains des plus vieux pour concevoir qu’un nouveau pacte entre les générations puisse prendre forme.

À cette réalité s’y greffe une autre, permettant de relativiser le mythe voulant qu’une génération ait tout eu, au détriment de l’autre. Petit retour sur ce qui a été vu et lu à ce sujet en cette chronique en 2014.

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Les boomers ont connu une certaine prospérité au cours des 30 dernières années, mais ils sont partis de plus loin que leurs enfants composant la génération des Y, celle née entre 1981 et 2001. Autrement dit, « les assises financières des jeunes d’aujourd’hui sont plus solides que celles de leurs parents dans les années 1980 », a indiqué un sondage du Service des études économiques de BMO. Ce sondage concluait que les jeunes familles sont en meilleure situation économique aujourd’hui que les jeunes familles d’il y a 30 ans, car elles bénéficient « d’un marché de l’emploi plus accueillant, [de] revenus légèrement plus élevés et [de] plus de richesse ».

« La croyance populaire veut que les post-boomers seront la première génération à réussir moins bien économiquement que celle de leurs parents. Toutefois, outre le fait qu’ils contractent des prêts hypothécaires plus élevés pour acheter des maisons plus chères, les jeunes Canadiens d’aujourd’hui jouissent de meilleures perspectives d’emploi, gagnent plus d’argent et sont plus riches que l’étaient les jeunes des années 1980 », résumait l’établissement bancaire.

Ainsi, le marché de l’emploi serait plus accueillant aujourd’hui pour les jeunes qu’il y a trois décennies. Au chapitre des revenus, « le plus grand nombre d’années d’études des post-boomers leur rapporte des revenus légèrement plus élevés que ceux de leurs parents ». Quant au patrimoine respectif, la valeur médiane nette des foyers est environ le double de celle de 1984 (en dollars constants de 2012).

Mais là s’arrête l’avantage pour les Y. Car, à l’opposé, le poids de l’endettement est plus lourd aujourd’hui. « Les jeunes sont vraisemblablement aux prises avec des dettes d’études plus élevées, si on considère que les droits de scolarité ont crû trois fois plus vite que les prix à la consommation depuis 1984. » Ils doivent également débourser davantage pour accéder au marché immobilier. Le prix moyen des maisons équivalait à 10,4 fois le revenu médian des jeunes familles en 2011, soit plus du double du ratio d’il y a 30 ans.

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Si le marché immobilier est cher présentement, il tient la comparaison par rapport à la crise immobilière de 1990-1992. Une économiste de JLR Recherche immobilière a calculé que, en dollars constants de 2013, « le paiement hypothécaire type a reculé par rapport à 1990 ». Le paiement moyen était de 1239 $ en 1990, contre 964 $ en 2013, selon les paramètres retenus. Mais l’écart entre les deux dates s’explique essentiellement par la faiblesse persistante des taux d’intérêt. Car, toujours en dollars constants de 2013, le prix médian d’une résidence unifamiliale a bondi de 46,4 % dans l’intervalle. Par contre, à son sommet de mai 1990, le taux hypothécaire fixe sur l’échéance de cinq ans atteignait 14,2 %, contre 4 % à son bas niveau de juin 2013.

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Selon les données de Desjardins Gestion de patrimoine, on compte plus d’un million de Québécois ayant 100 000 $ ou plus à investir. Aussi, pour l’ensemble canadien, comme conséquence du choc démographique, une vague sans précédent de transferts intergénérationnels d’actif va déferler au cours des 10 prochaines années. Héritages mais aussi transferts d’entreprise apparaissent sur le radar.

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La différence de perception est toutefois tenace. Pour expliquer l’écart de comportement envers leur capacité d’épargne, il est évoqué :

des salaires trop bas pour couvrir les frais de subsistance (45 % des personnes de la génération Y, comparativement à 34 % des boomers) ;

le paiement des droits de scolarité (34 % des personnes de la génération Y, comparativement à 15 % des boomers) ;

la tentation de vivre au-dessus de ses moyens (36 % des personnes de la génération Y, comparativement à 19 % des boomers) ;

les dettes associées aux cartes de crédit, aux prêts et aux lignes de crédit (32 % des personnes de la génération Y, comparativement à 22 % des boomers).

La différence de perception est toutefois tenace.

10 commentaires
  • L Joyal - Inscrite 27 décembre 2014 11 h 37

    L'auteur semble avoir fusionné 2 générations: les baby-boomers (nés après la 2e guerre mondiale, entre 1945 et le début des années '60) et ceux de la génération X (nés entre le début des années '60 et le début des '80). À ne pas confondre!... Les 'x' ont subi une grave crise économique, couplée à des taux d'intérêt faramineux au début de l'âge adulte.

  • Frédéric Miville-Deschênes - Inscrit 27 décembre 2014 11 h 43

    Tout pour éviter la chicane

    Les québécois n'aiment pas la "chicane", 2014 fut l'occasion de se le rappeler à maintes reprises. Ailleurs (USA, Grande-Bretagne, etc.) on lit régulièrement des analyses candides sur l'inéquité entre les générations. Au Québec, on essaie par tous les moyens d'éviter la réflexion comme dans cet article : utilisation de sources limitées souvent questionnables (BMO grande experte objective de la question? Et le rapport autrement plus critique de l'Institut Broadbent, p. ex.?), abondance de chiffres absolus (revenu c. pouvoir d'achat), silence sur les conteadictions (meilleure santé financière mais plus endettés?), échantillons restreints (où sont les X qui ont probablement le plus souffert?), etc. Pour le moment le Québec peut se permettre de fermer les yeux sur le problème à cause de l'effet correcteur de son État providence, mais en sera-t-il toujours ainsi après 2, 3, 4 ans de gouvernement du PLQ?...

    • Claude Lemaire - Inscrit 29 décembre 2014 13 h 56

      @ Frédéric Miville-Deschênes

      Excellente analyse, à mon avis....

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 29 décembre 2014 15 h 01

      Mais en serait-il ainsi après un autre six mois entre les mains du PQ? Ils voudraient sans doute faire mieux mais n'ont jamais prouvé en être capables.

  • Line Plamondon - Inscrite 28 décembre 2014 00 h 36

    Génération X You Hou !

    Je fais partie de la génération X, la génération occultée par votre article, la génération sacrifiée et oubliée. Petit retour sur les sévères récessions de 1980-82 et de 1990-92 ou mes pairs générationnels et moi-même étions au début de la vingtaine durant la première (les études et l’entrée sur le marché du travail) et au début de la trentaine durant la seconde (la famille et le travail).
    La situation des dernières années touchant les Y et les suivants n’a rien à voir avec les véritables récessions qu’ont traversées les X.
    En 28 ans, le Québec a connu 5 récessions dont 2 récessions dites ‘classiques’ au début des années 1980 et 1990 ainsi que 3 récessions dites techniques en 1995,2001 et 2003, celles-là de moindre ampleur, certes, mais quand même, on s’entend que le décor est planté. Si on considère que ces récessions sont précédées d’un ralentissement et suivies d’un redémarrage plus ou moins lent, surtout celle de 1990-92 qui s'est fait attendre, on peut supposer sans risque de trop se tromper que les effets conjugués de ces récessions se sont fait sentir sur plus de deux décennies.
    La récession de 1980-82, la plus sévère avec son inflation galopante, ses taux d’intérêts hypothécaires oscillant entre 17-20 % et son taux de chômage ‘officiel’ de 16% a persistée pendant plus de deux ans (je dis officiel parce qu’en région, je pense à l’Estrie entre autres, où durant cette époque, la combinaison du chômage, de l’aide sociale (avec les boubous macoutes en prime) et des sans emplois frôlait les 30%) et cela est démontrable.
    Quant à la deuxième récession ‘classique’ de 1990-92 elle a conduit à un taux de chômage autour de 15 % avec une reprise tardive qui ne s’est manifesté qu’après deux ans et encore.
    Se trouver un emploi relié à son champ d’expertise durant cette période relevait de la gageure. Dans un marché ou l’Offre dominait, beaucoup d’entre nous, après le bac ont entamé une maîtrise voire un doctorat faute de travail et croyant améliorer leurs ch

  • Line Plamondon - Inscrite 28 décembre 2014 10 h 14

    Génération X You Hou (texte complet)

    Je fais partie de la génération X, la génération occultée par votre article, la génération sacrifiée et oubliée. Petit retour sur les sévères récessions de 1980-82 et de 1990-92 ou mes pairs générationnels et moi-même étions au début de la vingtaine durant la première (les études et l’entrée sur le marché du travail) et au début de la trentaine durant la deuxième (la famille et le travail).
    La situation des dernières années touchant les Y et les suivants n’a rien à voir avec les véritables récessions observées au début des années 1980 et 1990 et qu’ont vécu les X.
    En 28 ans, le Québec a connu 5 récessions dont 2 récessions dites ‘classiques’ au début des années 1980 et 1990 ainsi que 3 récessions dites techniques en 1995,2001 et 2003, celles-là de moindre ampleur, certes, mais quand même, on s’entend que le décor est planté. Si on considère que ces récessions sont précédées d’un ralentissement et suivies d’un lent redémarrage, surtout celle de 1990-92, on peut supposer sans risque de trop se tromper que les effets conjugués de ces récessions se sont fait sentir sur plus de deux décennies.
    La récession de 1980-82, la plus sévère avec son inflation galopante, ses taux d’intérêts hypothécaires oscillant entre 17-20 % et son taux de chômage ‘officiel’ de 16% a persistée pendant plus de deux ans (je dis officiel parce qu’en région, je pense à l’Estrie entre autres, où durant cette époque, la combinaison du chômage, de l’aide sociale (avec les boubous macoutes en prime) et des sans emplois dépassait les 30%)
    Quant à la deuxième récession ‘classique’ de 1990-92 elle a conduit à un taux de chômage autour de 15 % avec une reprise tardive qui ne s’est manifesté qu’après deux ans et encore.
    Se trouver un emploi relié à son champ d’expertise durant cette période relevait de la gageure. Dans un marché ou l’Offre dominait, beaucoup d’entre nous, après le bac ont entamé une maîtrise voire un doctorat faute de travail et croyant améliorer leurs chances de décrocher u

    • Jean-Pierre Gagnon - Inscrit 28 décembre 2014 12 h 26

      Tout à fait d'accord,

      J'ai fait le parcours scolaire que vous avez décrit .... avec des résultats tardifs dans ma vie et un peu mitigés car j'espérais davantage.

      J'ai cru au discours des années 80 puis 90 où on disait qu'il fallait créer sa propre entreprise et être prêt à retourner aux études dans le cours de sa vie. Je constate aujourd'hui qu'il s'agissait plus d'une mode que d'un projet de société. C'est d'ailleurs ce qui manque à l'actuel gouvernement, un projet de société.

      Je me souviens d'une entrevue parue dans la revue Notre Dame des Caisses populaires en 1981 je crois. Je ne sais plus qui était interviewé mais je n'ai jamais oublié son constat, somme toute simple mais combien annonciateur et désespérant. Il affirmait que dans le type de société qui se profilait, il y aurait les chanceux et les malchanceux. Il me semble que les 30 dernières années s'apparentent à cette prédiction. En tous cas, je l'ai constatée parmi les gens de ma génération.

      À quand l'analyse démo-économique intégrale de la période post Trente glorieuses?

    • Claude Lemaire - Inscrit 29 décembre 2014 14 h 08

      @ Jean-Pierre Gagnon

      Pour trouver les réponses à vos questions; Lisez: Le Capital au XXI siècle par Thomas Piketty (2013).

      Extrait:

      "Avec des données historiques et comparatives beaucoup plus étendues que tous les travaux antérieurs, portant sur trois siècles et plus de
      vingt pays, et sur un cadre théorique renouvelé permettant de
      mieux comprendre les tendances et les mécanismes à l' œuvre.
      La croissance moderne et la diffusion des connaissances ont
      permis d'éviter l'apocalypse marxiste, mais n'ont pas modifié
      les structures profondes du capital et des inégalités - ou tout
      du moins pas autant qu'on a pu l'imaginer dans les décennies
      optimistes de l'après-Seconde Guerre mondiale. Dès lors que
      le taux de rendement du capital dépasse durablement le taux
      de croissance de la production et du revenu, ce qui était le
      cas jusqu'au XIXe siècle et risque fort de redevenir la norme
      au XXIe siècle, le capitalisme produit mécaniquement des
      inégalités insoutenables, arbitraires, remettant radicalement en
      cause les valeurs méritocratiques sur lesquelles se fondent nos
      sociétés démocratiques. Des moyens existent cependant pour
      que la démocratie et l'intérêt général parviennent à reprendre
      le contrôle du capitalisme et des intérêts privés, tout en
      repoussant les replis protectionnistes et nationalistes. Ce livre
      tente de faire des propositions en ce sens, en s'appuyant sur
      les leçons de ces expériences historiques, dont le récit forme
      la trame principale de l'ouvrage."

  • Line Plamondon - Inscrite 28 décembre 2014 15 h 10

    Génération X suite et fin

    ...croyant améliorer leurs chances de décrocher un emploi avec une formation supérieure. Des avocats et des notaires en chômage il y en avait à la pelle. Les diplômés en sciences sociales et humaines, on en rigolait. Je me souviens d’un sketch d’Yvon Deschamps à l’époque faisant dire à un jeune doctorant s’étant trouvé un emploi et s’adressant à un client : du ketchup avec vos frites monsieur ? C’est tout dire. C’était également le début de la promotion et de la ‘valorisation’ du travail autonome... big deal : non éligible à l’assurance-emploi, sans avantages sociaux, sans assurances, pas de cotisation, sans congé parentaux, etc. Et je vous fais grâce des dettes de prêts étudiants dont le remboursement s’est étalé pour une grande partie des moins nantis d’entre nous sur plus de dix ans, en plus de la famille.
    Comparé à ce que nous avons vécu, les jeunes qui ont suivit à partir des Y, croissance économique et déclin démographique aidants, n’avaient, n’ont qu’à se baisser pour ramasser un emploi, une manne jamais vu comparé à ce que nous avons vécue. De nos jours, un simple DEP, voire une AEP et a fortiori un DEC suffisent largement comme formation pour avoir accès à un emploi de qualité et des conditions de travail décentes dans les métiers spécialisés et les techniques. Nous n’avions rien de cela, les Fierbourg et autre écoles techniques n’avaient pas la reconnaissance qu’elles ont aujourd’hui (ce qui, en passant est une bonne chose, là n’étant pas la question).
    La question étant qu’une grande partie de cette génération dont je suis se retrouve aujourd’hui sans fonds de pension, n’ayant pas eu le loisir de cotiser (oubliez les emplois de la fonction publique et para publique à l’époque massivement occupé par les boomers qui prennent leur retraite anticipé avec une généreuse prime de départ et 60% de leur salaire jusqu’à la fin de leurs jours pour ensuite être rappelé au travail avec plein salaire : quelle misère!).
    Balayer la génération X du revers de la main