Les Y n’ont rien à envier à leurs parents « boomers »

Les baby-boomers ont connu une certaine prospérité au cours des 30 dernières années, mais ils sont partis de plus loin que leurs enfants composant la génération des Y, celle née entre 1981 et 2001. Autrement dit, « les assises financières des jeunes d’aujourd’hui sont plus solides que celles de leurs parents dans les années 1980 », indique un sondage du Service des études économiques de BMO.

 

La semaine dernière, un sondage de Capital One Canada faisait ressortir une tendance à la déconsommation chez les baby-boomers, la majorité d’entre eux éprouvant « le remords de l’acheteur »,pouvait-on lire. Un autre sondage, venant cette fois de la Banque de Montréal, conclut que les jeunes familles sont en meilleure situation économique aujourd’hui que les jeunes familles d’il y a trente ans, car bénéficiant « d’un marché de l’emploi plus accueillant, [de] revenus légèrement plus élevés et [de] plus de richesse ».

 

« La croyance populaire veut que les post-boomers seront la première génération à réussir moins bien économiquement que celle de leurs parents. Toutefois, outre le fait qu’ils contractent des prêts hypothécaires plus élevés pour acheter des maisons plus chères, les jeunes Canadiens d’aujourd’hui jouissent de meilleures perspectives d’emploi, gagnent plus d’argent et sont plus riches que l’étaient les jeunes des années 1980 », résume l’institution.

 

Ainsi, le marché de l’emploi serait plus accueillant aujourd’hui pour les jeunes qu’il y a trois décennies. « Les post-boomers qui cherchent un emploi ont 93 % de chances d’en trouver un, comparativement à 90 % pour les jeunes du milieu des années 1980. » Sans oublier que les boomers ont eu à subir les deux plus importantes récessions des 30 dernières années, et notamment une montée en flèche du chômage après celle de 1980-1982, cette récession ayant été particulièrement destructrice d’emplois chez les jeunes.

 

Au chapitre des revenus, « le plus grand nombre d’années d’études des post-boomers leur rapporte des revenus légèrement plus élevés que ceux de leurs parents. Indexé en fonction de l’inflation, le revenu médian des personnes âgées de 25 à 34 ans a crû de 33 900 $ en 1984-1988 et à 34 700 $ en 2011 ; les post-boomers peuvent acheter environ 2 % plus de biens et services que le pouvaient leurs parents en 1984 ». Ainsi, 2 % par année peut être notoire si l’on tient compte de l’effet composé. Nuance, cependant : « il faut garder en tête que le revenu médian était plus élevé dans les années 1970, avant que la récession des années 1980 frappe sévèrement les travailleurs », souligne la BMO.

 

Quant au patrimoine respectif, aucun doute possible. « La valeur médiane nette des foyers dirigés par une personne âgée de 25 à 34 ans était de 52 000 $ en 2012, environ le double d’en 1984 (28 752 $ en dollars constants de 2012). Pour les familles dirigées par une personne âgée de 35 à 44 ans, la valeur nette médiane s’établissait à 182 500 $ en 2012, encore une fois environ le double de ce qu’elle était en 1984. »

 

Poids de l’endettement

 

Mais là s’arrête l’avantage pour les Y. Car, à l’opposé, le poids de l’endettement est plus lourd aujourd’hui. Ainsi, 84,4 % des personnes âgées de 25 à 34 ans avaient des dettes en 2012, comparativement à 82 % en 1984. « Les jeunes sont vraisemblablement aux prises avec des dettes d’études plus élevées, si on considère que les droits de scolarité ont crû trois fois plus vite que les prix à la consommation depuis 1984. »

 

Les post-boomers doivent également débourser davantage pour accéder au marché immobilier. « Le prix moyen des maisons équivalait à 10,4 fois le revenu médian des jeunes familles en 2011, soit plus du double du ratio d’il y a trente ans. Malgré le fait que les taux hypothécaires affichaient deux chiffres en 1984, les jeunes propriétaires d’aujourd’hui doivent débourser plus d’argent pour rembourser une hypothèque », ajoute l’analyse de la BMO.

 

Crainte pour la retraite

 

Au final, contrairement à une idée largement répandue, les baby-boomers ne l’ont pas nécessairement eu facile. Même aujourd’hui, selon le sondage de Capital One Canada, 47 % des baby-boomers non retraités déclarent avoir de la difficulté à boucler leurs fins de mois. Cette affirmation n’est partagée que par 19 % des retraités. Chez les boomers actifs, près de 60 % disent qu’ils auront besoin d’un revenu supplémentaire à la retraite. Ils sont 50 % plus nombreux que les boomers déjà retraités à faire cette affirmation.

 

Il ressort toutefois que cette population demeure « tiraillée entre la motivation de maintenir ses habitudes de consommation et le désir de moins en moins fort d’acheter uniquement pour le plaisir ». Plus de la moitié des répondants voit encore la consommation comme étant un symbole donnant un sens à leur vie. Mais loin d’associer le « remords de l’acheteur » à une apparente culpabilité, les craintes face à la retraite l’emportent, avec 71 % déclarant avoir moins envie d’acheter qu’avant. « Il y a dix ans, cette proportion était de l’ordre de 53 %, ce qui démontre une tendance vers la déconsommation », poursuit Capital One.