On a les Bye Bye qu’on mérite, faut croire

Malgré quelques bons flashs, dont le village gaulois de Labeaume, le <em>Bye Bye</em> était le reflet d’une panne d’engagement et d’espoir collectif.
Photo: Source Radio-Canada Malgré quelques bons flashs, dont le village gaulois de Labeaume, le Bye Bye était le reflet d’une panne d’engagement et d’espoir collectif.

Mordre aux jarrets du Bye Bye dans le temps du jour de l’An est une de nos belles traditions. On nous jette la revue de l’année en pâture comme les chrétiens aux lions des anciens Romains. Sans doute aux mêmes fins d’exutoire. Ça aiguise les griffes et aussi les dents. On se fait plus de bras à tirer des claques comme à la Ligue nationale d’improvisation que ceux qui jettent des roses. De quoi comprendre Louis Morissette et Véronique Cloutier jurant chaque fois, comme Dominique Michel jadis : « Plus jamais ! » On a envie de les croire ce coup-ci lorsqu’ils prétendent passer la main. Fin d’un cycle. Épuisement. Coups, blessures ou éloges annuels causant l’hébétude. Vide existentiel. À vos souhaits !

 

Que ce Bye Bye éveille ceci ou cela dans la psyché collective, que ses maîtres d’oeuvre nous offrent une grosse potée ou un mets plus raffiné, on serait bien fous d’y voir le reflet objectif des moments forts de l’année écoulée. Ils servent un menu au goût du jour. Si l’abrutissement a la cote, faites la queue. Y’en aura pour tout le monde !


Sous le champagne, le vide

 

Les deux crus précédents, après vaches maigres, étaient plus politiques et bien meilleurs que celui-ci. Faut dire que les Québécois s’engageaient davantage et voulaient en entendre causer. Sonnés cette fois par les débauches de corruption, étouffés par leurs écarts de langage durant la bataille de la charte, ne restait que le passage à vide. On ignore de quoi sera faite la nouvelle année, mais la dernière, après un cru 2012 d’espoir et de jaillissements, ne tirait point le Québec vers le haut. Ce Bye Bye fait écho à la morosité collective.

 

Au déclin du calendrier, le couple chouchou du petit écran entonnait à la Société Radio-Canada, avec choeur et trompettes d’humoristes, le chant de triomphe du populisme dans nos rues et nos chaumières. Déjà effectif. Hélas ! Ils ont tout vrai. On a les Bye Bye qu’on mérite, faut croire.

 

À nous, Incultes Télévisuels, vissés ce soir-là à l’appareil pour des raisons mal élucidées, cet ésotérique Bye Bye — qui nous fit regretter de n’avoir point éteint après Infoman — révélait pourtant bien des choses. Si la télé et ses enfants s’autodigéraient après ingestion massive d’Occupation double, de Fort Boyard, de La voix et tutti quanti, si Radio-Canada semblait rendre un vibrant hommage aux succès de TVA en leur accordant autant d’antenne, c’est pour célébrer le règne triomphant de la cote d’écoute, qui balaie les critères de qualité. Jalouse pour vrai, la SRC, de la popularité de sa rivale. Ce Bye Bye tendait, sans y penser peut-être, le miroir à son propre diffuseur. Une chaîne nationale, non forcée par ses subventions et son statut à préserver un reste de mission éducative, concurrencerait bien vite TVA à armes égales. Et tassez-vous de d’là que je m’y mette !

 

Ne jamais privatiser, svp. À répéter comme un mantra.

 

Sourire, rire

 

Ben oui, il y avait de bons flashs : le coup de la charte avec dialogues des belles-mères au cimetière, le Québec de Labeaume en village gaulois, les galipettes des délicieuses octogénaires Janine Sutto et Béatrice Picard, Antoine Bertrand mangeant son micro, les doux ébats des acteurs du film Gabrielle, l’imitation de Jean-Pierre Ferland, ressemblante mais avec coups en bas de la ceinture, car il faut garder le ton. Le reste du temps, du décousu, beaucoup de farces plates, un manque d’intérêt pour la planète en folie, pour une culture plus large qu’essentiellement populaire, une panne d’engagement, d’espoir collectif. État des lieux, donc. Et le derrière engourdi sur son fauteuil devant l’écran, l’oeil éteint malgré l’effet champagne, le sourcil dubitatif.

 

Deux ou trois rires, beaucoup de grimaces désolées sous la vulgarité aspergeante. Et un tas d’événements passés sous silence en une année trop gangrenée pour être racontable, sans doute. Même le faux Rob Ford paraissait moins drôle que le vrai. Faut avouer que l’imitateur avait affaire à forte partie. Jean-René Dufort, qui sauve avec son Infoman (Laflaque est bien aussi) l’honneur de la télé d’État au chevet de l’année mourante, avait eu la bonne idée d’inviter le gros clown torontois en personne à diriger la mairie de Montréal, car mieux vaut ses turpitudes que le gangstérisme à notre hôtel de ville. Très drôle !

 

Métier d’acteur

 

Instructif Bye Bye 2013, venu nous rappeler à quel point les humoristes de l’heure, porte-étendards culturels pour la plupart gras du rire, occupent une part démesurée de la tarte artistique. Rappelons qu’en tournée, moins chers à déplacer que des musiciens avec orchestre, ils se déploient sur toutes les scènes. Puissants par le nombre et l’ascendant, les comiques tassent les comédiens au cinéma et bien davantage dans le champ de la pub — Yves Pelletier chantonnant d’une voix de fausset dans l’annonce de Proprio Direct, c’est dur. N’en jetez plus ! Et tant qu’à évacuer les acteurs patentés de ce lucratif marché, mieux vaut quand même les vaches dansant le sirtaki dans la pub des yogourts grecs. Question de goût, me direz-vous. Certes !

 

N’empêche : cette fois, grisé par l’air du temps, Louis Morissette a battu le rappel de tous les humoristes du bottin de l’Union des artistes, histoire de bien gaver la panse de sa revue. Pas facile, il l’a compris lui-même, d’insuffler une ligne directrice quand tous ces ego du rire cherchent à briller dans leur créneau. Laurent Paquin au bulletin de nouvelles, c’était pas hilarant. Louis-José Houde au monologue final, ça jurait avec l’ensemble. Trop de coqs au poulailler.

 

Lorsqu’Antoine Bertrand, clou d’un des meilleurs sketchs du Bye Bye en question, lançait en coulisses que ça ne ferait pas de tort d’avoir un vrai acteur dans ce show-là, fallait tendre l’oreille à ses propos. Et l’interprète de Louis Cyr, à moitié nu, fardé, poudré, rose et dodu, de prouver ses dires avec cette magistrale imitation de l’aguichante chanteuse Miley Cirus dans son clip Wrecking Ball. Grâce à cet acteur de métier, même ceux qui ne connaissaient pas le clip original pouvaient apprécier sa performance. À retenir pour les formules ultérieures.

 

C’était bien quand laGabrielle du film lançait, à propos du Bye Bye, sur une ligne déjà écrite, perle d’autodérision des scripteurs : « Je ne sais pas pourquoi tout le monde écoute ça. On ne doit pas être assez intelligents… » Ben oui ma chouette, t’as bien raison.

 

Un mot m’énerve, sorti souvent du chapeau des revues de l’année, ce qui lui assure, malheur !, un bel avenir parmi nous : « malaisant », grand absent de tous les dictionnaires, mais qui fleurit de plus en plus sur les lèvres québécoises. Il y a des termes fautifs qui nous donnent davantage mal aux dents que d’autres. « Malaise » existe, « malaisé » aussi. On est « mal à l’aise » à n’en plus finir d’avoir traversé une année aussi piteuse. Mais « malaisant » ? Ouille ! Le bruit de la craie sur un tableau…

 

Et c’est reparti comme en 14. Nous voici ailleurs, sauf qu’avec tous ces foulards autour des yeux dans le froid de la côte, on a peine à voir où cet ailleurs veut bien nous mener. Reste à lancer au hasard, en sursaut d’optimisme inopiné, devant la seule partie émergente des visages croisés : « Bonne année, grand nez ! »

47 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 4 janvier 2014 00 h 48

    Vrai votre article pour ma part à 90%

    Je n'ai rien contre ce couple. Mais je rois qu'ils n'ont plus de jus. R-C ne semble pas chercher ailleurs. D'ailleurs, le scetch de Labeaume a aussi été jouer dans Flack-vers le futur, qui était bien meilleur,

  • Gérard Pitre - Inscrit 4 janvier 2014 06 h 09

    Bye Bye 2013

    Encore une fois je me suis permis d'écouter le «Bye Bye». Quel supplice! Quelle horreur, que de gaspiller tant d'énergie, d'effort et d'argent publique pour nous présenter une émission que je qualifie de torchon de fin d'année. Il me semble que nous les auditeurs qui financent Radio-Canada à travers nos taxes et nos impôts, nous méritons mieux. Émission la plus déguelasse que l'on pouvait se permettre de présenter au public. Si au moins ça avait été drôle. C'était d'un ridicule consommé, du criage, de la vulgarité. Ni plus ni moins. La scène où l'on voit un comédien à demi nu imiter une vedette avec un corps d'une laideur à vouloir changer de poste, ne présageait rien de bon pour le reste. Si au moins ça avait été érotique, c'en aurait voulu la peine. Tant qu'à nous présenter la nudité masculine, qui en soi est aussi belle à regarder que la nudité féminine, ils auraient au moins pu prendre quelqu'un dont le corps eut été présentable, et non pas une horreur qu'on inviterait même pas à se dévêtir dans un salon. Et l'autre comédien dont le nom m'échappe, avec le présentateur de nouvelle, qui ne sait que hurler et sacrer, et dont c'est la spécialité, ils auraient au moins pu par respect pour l'auditoire nous épargner ses vomissures verbales. Nous en avons marrre de ces émissions stupides, de Radio-Canada qui se veut une société d'État et dont le rôle est de promouvoir la culture dans tout ce qu'elle a de plus pure, de plus beau et de plus raffinée, et non pas des restants de poubelles. si Radio-Canada n'est pas capable de faire appel à des gens de culture ayant un minimum de savoir vivre et d'éducation élémentaire en nous présentant une émission de variété de qualité et bien qu'ils s'en abstiennent pour l'amour du ciel. Où est la relève de qualité pour remplacer ceux et celles des «Bye Bye des années 70» qui sont ou bien décédés ou retraités et dont la qualité des «Bye Bye» nous faiaient rire aux larmes et dont nous gardons un précieux souvenir? Où est la relève des an

    • François Dugal - Inscrit 4 janvier 2014 14 h 12

      Je ne suis pas masochiste pour deux «cennes»; jai passé à côté du «supplice» et «l'horreur» et mon téléviseur est resté fermé.
      C'est quand on les écoutent que ces «béné-oui-oui» ont raison.

  • michel lebel - Inscrit 4 janvier 2014 07 h 39

    Honte!

    Ce Bye Bye, comme bien d'autres antérieurs: insipide (pas de texte), niaiseux et vulgaire. Et dire que je paye pour cette médiocrité. Oui! Les nombrilistes gens de la télé en sont rendus là! La population mérite mieux, beaucoup mieux. Honte à Radio-Canada!


    Michel Lebel

    • Jean-Charles Morin - Abonné 4 janvier 2014 11 h 09

      Pour une fois, je suis totalement d'accord avec vous. Mais rassurez-vous: je n'ai pas l'intention d'en faire une habitude.

    • Louka Paradis - Inscrit 4 janvier 2014 13 h 57

      D'accord aussi avec vous, MM. Lebel et Morin. Je me souviens que la société Radio-Canada a été fondée pour remplir une triple mission : informer, éduquer et divertir. Je ne savais pas qu'on lui avait ajouté un 4e volet : avilir. Quelle honte !

      Louka Paradis, Gatineau

    • Daniel Vézina - Inscrit 4 janvier 2014 16 h 15

      En fait M. Lebel, quand une société s'abreuve de "Star Épidemie", d'Occupation double ou de "Banquier", il ne faut pas s'attendre à voler bien haut pour le reste...

      Triste, mais tout de même, le Bye Bye n'était pas aussi insipide que ce que la télévision privée (pour ne pas la nommer : "Télé-Métropauvre") nous afflige. :)

    • Roland Berger - Inscrit 5 janvier 2014 18 h 32

      D'accord. Nous sommes prisonniers de l'entre-nous de Radio-Canada. Le monde extérieur n'existe pas. Ma bulle, ta bulle, notre bulle.

    • Frédéric Jeanbart - Inscrit 6 janvier 2014 09 h 17

      Perso je suis difficile et ai plusieurs fois "tapagé" Bye-Bye, mais cette année je me suis bien bidonné avec Courtemanche. Il maîtrise si bien ses caractères qu'on le dirait sortis d'une BD de Gotlib.. Enfin bref, pour le reste assez moyen outre des moments drolatiques de Cloutier (excellente dans certains rôles étranges). Beaucoup trop d'évènements internatinaux d'importance laissés dans le tiroir à mon goût, ce qui est traité l'est superficiellement (il manquait sans doute aussi une trame directrice en marge ou en fond), à l'image des nouvelles de Radio-Canada ET de TVA quoi..

  • Denis Marseille - Inscrit 4 janvier 2014 08 h 02

    Je l'ai aimé le Bye-Bye!!!

    Moi et ma famille, on l'a aimé le Bye-Bye. On a passé une belle heure et c'est tout ce que je demandais de celui-ci.

    Je ne comprends pas les gens qui s'entêtent à regarder une émission qu'ils détestent année, après année..

  • Michel Hélène - Inscrit 4 janvier 2014 08 h 38

    Humour

    Quand j’ose écouter des émissions de l’humour, j’ai peine à faire bouger la commissure de mes lèvres. C’est triste que trop souvent, le niveau humoristique de fond de taverne se situe entre les épaules et les genoux! Il y en a encore quelques bons artistes de cet art, mais c’est une denrée de plus en plus rare.

    • Roland Berger - Inscrit 5 janvier 2014 18 h 33

      Ouais ! Daniel Lemire tente de survivre en s'adaptant de son mieux à l'époque. Que c'est triste !