Perspectives - Noirceur pétrolière

Il y a six ans, avec cette prophétie du pic pétrolier semblant devenir réalité, tout était clair. Aujourd’hui, avec cette soudaine abondance de gaz et de pétrole de schiste, tout devient noirceur pétrolière. La course aux énergies plus respectueuses de l’environnement est devenue aussi incertaine que l’exploitation sécuritaire de ces immenses réserves.


En six ans, nous sommes passés d’une pénurie appréhendée à un choc de l’offre. Si la prophétie du « peak » hantait le marché pétrolier en 2007, l’Agence internationale de l’énergie voit désormais les États-Unis devenir exportateur net et premier producteur de brut vers 2017. Encore cette semaine, l’Agence américaine d’informations sur l’énergie (EIA) publiait une étude confirmant l’existence d’immenses réserves exploitables, concentrées pour l’heure en Amérique du Nord. Une certitude : la révolution énergétique annoncée aura lieu, mais la forme qu’elle prendra devient plus nébuleuse.


Selon les nouvelles données de l’EIA, les États-Unis occuperaient le deuxième rang au chapitre des réserves mondiales estimées en pétrole de schiste. Avec le Canada, ils sont les seuls à exploiter cette filière en quantités commerciales. Mais d’importantes ressources pétrolières non conventionnelles seraient également présentes en Russie, en Chine, en Argentine et en Libye. Pour le gaz de schiste, les États-Unis abritent les quatrièmes réserves mondiales d’une ressource essentiellement concentrée entre les mains de cinq autres pays : la Chine, l’Argentine, l’Algérie, le Canada et le Mexique.

 

Une conviction


Reste qu’entre réserves probables, prouvées et recouvrables, il existe tout un monde de différences faisant appel aux formations géologiques, aux conditions de surface et à l’exploitation économiquement viable de cette ressource. Sans oublier que tant la maîtrise des technologies de la fracturation hydraulique et du forage à l’horizontal que leur impact environnemental à long terme doivent nous convaincre.


Beaucoup d’interrogations, donc, mais une conviction : la révolution énergétique devient celle du schiste. La première avait pour prémisse un épuisement rapide du pétrole conventionnel, ce déclin accéléré de la production associé à une croissance de la demande devant provoquer une explosion des cours de l’or noir poussant la recherche de solutions. À l’inverse, la seconde repose sur une situation d’offre excédentaire appelée à perdurer.


Deux conséquences immédiates. La demande demeurant en progression, l’impact baissier sur les prix en serait atténué. Et avec tous ces pays aujourd’hui importateurs devenant soudainement autosuffisants, voire exportateurs nets, la carte des rapports géopolitiques s’en trouverait radicalement modifiée, avec un Moyen-Orient perdant son avantage stratégique et une Russie voyant son influence sur l’Europe s’éroder.


À ce rééquilibrage des forces politiques à prévoir s’ajoute le besoin d’une nouvelle réflexion sur les enjeux environnementaux sous le même impératif lié aux réductions des émissions de gaz à effet de serre. Dans le scénario du pic, même le pétrole lourd venant des sables bitumineux et des eaux profondes ne pouvait résister à la mutation profonde de la consommation provoquée par une explosion attendue des cours. Dans le scénario du schiste, les prix du gaz naturel et de l’électricité sont condamnés à demeurer au bas de l’échelle de prévisions. Pour le pétrole, le jeu entre l’offre et la demande justifierait le maintien du cours de référence à son pivot actuel, soit autour de 95 $US le baril, sur un horizon prévisible.


À ces prix, l’exploitation des sables bitumineux se poursuivrait, mais nécessiterait un contrôle plus rigoureux des coûts, affirme avec justesse le Mouvement Desjardins. D’autant que le pétrole de schiste est léger, donc plus attrayant pour les raffineries. Hydro-Québec devra également apprendre à vivre avec des prix à l’exportation déjà diminués de moitié, ce qui compromet tout projet futur d’accroissement de la production. Le gaz devrait remplacer le charbon chez nombre d’utilisateurs, alors que la cherté de l’essence demeurerait une invitation à recourir graduellement au carburant alternatif.


La donne s’en trouve donc complètement changée. Mais les inquiétudes découlant de l’exploitation de la filière du schiste demeurent. Quant à l’incitation aux mesures d’économie d’énergie, les calculs sont aussi à revoir.


 
7 commentaires
  • Richard Evoy - Abonné 13 juin 2013 06 h 23

    Et la plaète dans toit çà?

    Une civilisation qui se laisse entraîner dans des choix énergétiques aussi catastrophiques au plan envronnemental parce qu'elle est trop inconsciente pour s'élever au-dessus d'un concept aussi toxique que la loi de l'offre et de la demande est condamné à disparaître.

    • Simon Ouellet - Inscrit 13 juin 2013 08 h 24

      Encore faudrait-il que les hommes d'état et les dirigeants de corporations aient une formation scientifique minimale afin de connaître et comprendre les impacts de leurs décisions. Hélas, nous sommes loin de cette possibilité alors que ce gouvernement, qui est une insulte à l'intelligence, nomme le pétrole bitumineux telle une ressource propre et renouvelable. Faut le faire...

      Il faut donc être modeste dans nos espoirs et nos ambitions concernant l'environnement et l'humanité elle même dans les conditions actuelles...

    • Victoria - Inscrite 13 juin 2013 08 h 42

      C’est l’argent qui mène le monde et. autrefois, le troc… ça revient au même !
      S'il s’agit bien de la tête des caisses. Avec ses beaux discours verts et d’aide communautaire, Intriguant que le Mouvement Desjardins met son grain de sel dans l’exploitation des sables bitumineux...

    • Lise Berniquez - Inscrite 13 juin 2013 10 h 55

      Plus rien ne m'étonne - La gouvernance a troqué notre indépendance pour satisfaire les besoins des ultra-riches. Puisque cette gouvernance ne peut remettre ses dettes en aucune façon elle remet sur un plateau ce qui lui reste de monnayable.

      Exemple a suivre pour se sortir de cette dépendance et de cette course des ténèbres, l'Islande et l'Argentine.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 13 juin 2013 07 h 16

    Ça approche

    Le jour n'est plus très loin où le baril d'eau potable coûtera plus cher que le baril de pétrole.

    Desrosiers
    Val David

  • Guillaume Pelletier - Inscrit 13 juin 2013 08 h 10

    Beaucoup de bruit pour rien

    Comme prévu, le pic du pétrole CONVENTIONEL s'est produit en 2006. La suite logique et prévisible était de s'attaquer aux pétroles non conventionnels et c'est ce qui se produit actuellement, grâce aux prix élevés (causés par ledit pic). Ce pétrole, coûteux à extraire en argent et en énergie n'est pas une panacée.

    Des experts, dont ceux de l'administration Obama prévoient un pic des pétroles de schiste autour de 2020. Ces puits de pétroles non conventionnels s'épuisent très vite (en moins de 2 ans) et il faut creuser de plus en plus de puits pour maintenir le rythme d'extraction. C'est comme courir sur un tapis roulant qui va en sens inverse.

    De plus, l'énergie investie pour extraire le pétrole de schiste est élevée. Un Energy Return On Investment (EROI) de 2 pour 1 environ, contrairement à un EROI de 20 pour un pour le pétrole conventionnel!

    Finalement, le taux d'extraction du pétrole de schiste est faible, comparativement au pétrole conventionnel. Et c'est là le noeud du problème. Vous avez beau avoir des milliards de barils de pétrole sous terre, si on ne peut en extraire suffisamment rapidement pour propulser la croissance exponentielle, c'est raté.

    Les gaz et les pétroles de schiste sont en quelque sorte le baroud d'honneur de l'industrie. La croissance exponentielle, qui est soutenue par l'énergie abondante et à bon marché, en est à ses dernières années. Nous venons de mettre le pied dans une période intéressante, pour dire le moins.

    Références : http://petrole.blog.lemonde.fr/2013/05/20/petrole-

    http://www.forbes.com/sites/insead/2013/05/08/shal

  • Dominic Doucet - Inscrit 13 juin 2013 09 h 03

    Prix moyen du pétrole

    Si nous comparons le prix moyen du pétrole depuis les 20 dernières années avec le prix actuel du baril de pétrole, ce dernier est plutôt élevé.

    Le prix du pétrole depuis 2010 se situe entre 80$ et 110$, dépendamment de la provenance du baril, et ce, en absence réelle de reprise économique. Entre 2000 et 2008, le prix moyen a été longtemps en dessous de 40$! Le prix moyen du WTI en 2008 a été de 99$/baril, une année record, en comparaison en 2012, le prix moyen a été à 94$/baril. Nous ne sommes pas encore, et loin de là, dans une époque où les ressources fossiles sont abondantes et peu chères. Peak oil ou pas, le pétrole de schiste a coût de production plutôt élevé, le prix de vente du baril doit être au-dessus de 80$/baril pour être profitable en Alberta. Nous ne retrouverons pas l'époque où le pétrole coûtait 30$/baril, à moins que la demande ne décroisse substantiellement. S'il est possible que le coût du pétrole ait précipité la récession de 2008, il est aussi fort probable que le coût élevé de du pétrole ait des conséquences significatives sur la croissance économique

    Le fait que nous utilisons des ressources de plus en plus coûteuses m'interpelle pour une raison. Le concept du peak oil a été trop galvaudé à gauche, comme à droite. Au lieu de parler du peak oil, il faut parler d'une hausse du prix marginal d'extraire le pétrole, jusqu'à un niveau où le prix du pétrole a un impact sur la croissance économique. C'est pourquoi j'espère trouver que nous allons trouver une énergie abondante et peu coûteuse avant longtemps, si nous voulons retrouver une croissance économique semblable à celle des trente glorieuses. Sinon, l'endettement public et privé actuel allié à un haut coût de l'énergie pourrait nous garder dans ce marasme économique, qui ne peut être riche qu'en catastrophe future.


    Source: http://www.eia.gov/dnav/pet/hist/LeafHandler.ashx?