F pour frais sur fonds d'investissement canadien

Année après année, l'industrie canadienne des fonds d'investissement se voit accorder la note F, la pire d'un classement incluant 22 pays, dans la catégorie «honoraires et frais». Morningstar remet cela en 2011, de quoi alimenter la popularité croissante des fonds négociés en Bourse.

Il est généralement connu, et accepté, que l'achat et la détention de fonds d'investissement sont plus coûteux au Canada qu'aux États-Unis. L'écart peut aller du simple au double, selon les catégories. Sans justification ni compensation sous forme de rendement accru. Lorsqu'on connaît l'effet, dans le temps, du rendement composé, lorsqu'on connaît, aussi, la faiblesse des rendements offerts par les marchés, chaque point de pourcentage peut faire une énorme différence, une fois la retraite venue.

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Dans sa version de mars 2011 de Global Fund Investor Experience, Morningstar accorde une note globale de C pour l'industrie canadienne des fonds d'investissement. Mais le spécialiste revient avec son F sur la question des frais, dans un jeu de comparaison comprenant 22 pays. C'est au Canada que l'on retrouve les frais les plus élevés pour les fonds d'actions et les fonds monétaires, les troisièmes plus élevés pour les fonds d'obligations. Et ce, sans explication quant à la nature des marchés ni au rendement offert.

À titre d'exemple, les frais sur les fonds monétaires les plus bas sont inférieurs à 0,6 %. Ils sont de 1,14 %, en moyenne, au Canada. Pour les fonds d'actions, seuls les Canadiens et les Indiens paient plus de 2 % par année, contre moins de 1 % aux États-Unis.

Déjà l'an dernier, l'étude de Morningstar, qui sert de référence dans l'industrie, accolait aux fonds d'investissement canadiens la note F, la pire à l'échelle mondiale, dans la catégorie «frais». À l'opposé, les États-Unis et la Chine se sont vu accorder un A. Par exemple, pour un fonds d'actions, les investisseurs américains paient moins de 1 % par année en frais de gestion, alors qu'au Canada, ce ratio peut osciller entre 2 et 2,5 %. L'écart peut s'expliquer en partie par la présence de commission de suivi dans ces frais, pratique très courante au Canada, disait-on

Quant aux frais d'acquisition à l'achat, les Canadiens paient généralement autour de 5 %. Aux États-Unis, ces frais oscillent entre 2 et 4 %.

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Ce jeu des différences entre les pays est influencé par le mode de distribution. Aux États-Unis, 30 % des fonds de placement sont vendus directement par le gestionnaire ou au moyen de canaux à escompte. Au Canada, les ventes directes ou à escompte n'accaparent que 8 % de l'actif des fonds. Les conseillers jouent un plus grand rôle ici. Sans compter les fonds vendus dans les succursales bancaires, selon une formule hybride entre la vente directe et la vente avec conseils, qui peuvent représentent environ 31 % de l'actif des fonds au Canada.

S'ajoutent les économies d'échelle. Une industrie de 600 milliards comme celle du Canada peut difficilement prétendre offrir une structure de coûts et de frais comparable à celle des États-Unis, qui abrite une industrie de plus de 7000 milliards.

Sans oublier le jeu des frais de rachat perçus lorsque les parts sont revendues de manière hâtive, plus fréquent au Canada, et de la taxe de vente, présente au Canada mais pas aux États-Unis.

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L'industrie canadienne reçoit une note A pour ses pratiques de vente, un B pour la transparence et l'information divulguée, et un D pour la réglementation et la taxation. Morningstar ajoute que le Canada affiche l'impôt sur l'investissement le plus lourd s'appliquant sur les honoraires et frais de gestion. «Même si le Canada offre aux investisseurs un allégement fiscal sur le gain en capital et sur les revenus de dividendes, dans l'ensemble la facture fiscale demeure élevée. De plus, les taxes sont prélevées sur les services de gestion.» Et Morningstar de noter qu'«avec sa réglementation, le Canada limite la concurrence en ne permettant pas aux fonds domiciliés à l'étranger d'être enregistrés pour la vente sur son territoire. Il n'offre pas non plus aux investisseurs dans les fonds la protection d'un conseil d'administration», peut-on lire dans le document de 161 pages.
1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 14 mai 2011 08 h 07

    A qui le dites-vous ?

    On m'a vendu il y a quelques années une tranche du fond Darwin, géré par le gourou, le génie de la finance, Stephen Jarislowski. Durant la débâcle des dernières années il n'a pas fait mieux que l'indice TSX et il m'a coûté un exorbitant 3% en frais. Même en période de croissance, les frais mangent tout le rendement. J'aurais été mieux avec un misérable fond indiciel ou des dépôts garantis !