Stratégie des trois bois: une mesure élitiste

Un cerf de Virginie<br />
Photo: Tourisme Québec Un cerf de Virginie

Le gouvernement Charest pousse pas mal fort derrière les rideaux pour instituer ici au Québec la «loi des trois bois» concernant la chasse au cerf de Virginie.

Cette politique, qui pourrait déboucher sur un règlement, obligera, si elle est adoptée, les chasseurs à ne pas abattre un cerf mâle s'il n'a pas au moins de trois bois, ou «pointes», sur au moins un côté de son «panache». Cette stratégie vise à augmenter la taille et le poids moyen des cerfs mâles afin de rapporter, après quelques années de restrictions, de plus gros mâles aux chasseurs.

L'an dernier, la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs a réalisé un sondage électronique pour déterminer si cette stratégie avait l'appui des chasseurs. Le décompte des positions exprimées donnait un appui majoritaire à cette stratégie. Mais ce sondage a été vertement critiqué pour son caractère tendancieux. Les chasseurs les plus mordus et les amateurs de trophées ont vu là un moyen de mousser cette stratégie. Comme le sondage n'exigeait pas le numéro de certificat de chasseur, plusieurs peuvent l'avoir rempli en plusieurs exemplaires. Et la proportion des chasseurs au fait des impacts positifs et négatifs de cette stratégie n'était pas nécessairement très élevée, ce qui a pu fausser aussi les résultats.

Voilà un sondage que Québec devrait reprendre d'une façon inattaquable, en exigeant le numéro de certificat de chasseur comme on le fait pour les tirages dans les réserves fauniques, en faisant parvenir un questionnaire vraiment neutre à chaque chasseur de cerfs. Un document explicatif devrait faire état des positions, pour et contre, alors qu'on a surtout jusqu'ici entendu et lu dans les magazines de chasse et pêche des arguments favorables à cette stratégie, défendue par qui? Par des spécialistes de chasse — surtout des amateurs de trophées — et les annonceurs, les pourvoyeurs!

Devant ce débat, le gouvernement devrait rester plutôt neutre. Mais, selon des sources dignes de foi qui ont assisté récemment à une réunion de la Table faune régionale des Laurentides, les intérêts qui s'opposent ici sont clairement apparus, ainsi que l'absence de neutralité des représentants gouvernementaux.

Un gros pourvoyeur de la région fait campagne intensément derrière la stratégie des trois bois. Il est appuyé par les autres pourvoyeurs et par le représentant de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs. Mais le projet a été battu de justesse par trois voix contre deux, grâce aux gestionnaires de zones d'exploitation contrôlée des ressources fauniques (ZECS), aux trappeurs et à la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), laquelle gère les réserves fauniques gouvernementales... Autant les ZECS que la SEPAQ voient se profiler une baisse d'intérêt pour la chasse au cerf si on limite pendant des années la récolte aux plus gros mâles dans l'espoir de faire augmenter le poids moyen des bêtes.

Une représentante du cabinet du ministre responsable de la Faune, Serge Simard, était même présente à cette rencontre. Et selon nos sources, elle poussait derrière cette stratégie des trois bois, ainsi que le biologiste responsable des grands cervidés, alors que plusieurs acteurs présents s'attendaient à une rigoureuse neutralité de la part des représentants de l'État.

Selon un biologiste d'expérience de cette région, si les chasseurs n'ont plus le droit d'abattre à la chasse les plus petits mâles, cela diminuera la récolte pendant plusieurs années pour un résultat aléatoire malgré tout. En effet, le gain de poids moyen anticipé pourrait disparaître au premier hiver difficile, car les mâles, épuisés par la période d'accouplement, auraient tendance à passer plus difficilement l'hiver que les femelles.

Personnellement, je suis frappé par le fait que les chasseurs ordinaires, ceux de «fin de semaine» comme les appellent avec hauteur certains chasseurs de trophée, sont à peu près tous opposés à une augmentation de la difficulté de chasse quand ils comprennent l'enjeu en cause. On a réussi à démocratiser la chasse au Québec par le «déclubbage». Ce serait assez ironique d'en réduire maintenant l'intérêt par une mesure, disons-le, élitiste à plusieurs égards. Et qui serait introduite par le parti politique qui défendait les clubs privés à l'époque: tiens! Les mordus de gros mâles n'ont, en somme, qu'à rester plus longtemps en forêt et à laisser passer le menu fretin, si le coeur leur en dit! Pourquoi leur plaisir se ferait-il aux dépens de ceux qui sont revenus à cette activité parce que la croissance de la population de cerfs avait augmenté leurs chances de récolter un cerf?

Et il existe une autre raison pour ne pas jouer à la baisse le succès de chasse, car selon une récente édition du Journal of Wildlife Management, les populations de cerfs de Virginie ont commencé à décliner dans l'est des États-Unis en raison d'une augmentation sensible de la population et de la taille des coyotes. Voilà un problème qui pourrait bien nous atteindre. Dans des États comme la Caroline du Sud, on parle d'un déclin du cheptel de 36 % entre 1996 et 2007, ce qui a frappé, on s'en doute, le niveau de récolte.

Les biologistes qui ont suivi ce dossier attribuent la baisse des populations de cerfs principalement à la prédation, car les taux de reproduction, eux, n'ont pas baissé, ni les taux de mortalité pour cause de maladie ou de collisions avec les voitures.

Voilà un sujet sur lesquel nos biologistes et gestionnaires de la faune, voire ceux du cabinet ministériel, devraient se pencher avec un regard moins orienté par les lobbys bien nantis qui les courtisent.

Quads non conformes

L'Environmental Protection Agency (EPA), l'équivalent d'un ministère fédéral de l'Environnement aux États-Unis, vient de retirer ses permis d'importation à 200 000 quads, motocyclettes et autres véhicules tout-terrain, après avoir découvert que les informations sur les émissions polluantes fournies par les constructeurs étaient fausses ou incomplètes.

L'annulation des permis d'importation vise quatre des plus importants importateurs de produits fabriqués en Chine, soit Hensim, Loncin, Peace Industry Croup et Seaseng. Les certificats avaient été délivrés sur la foi des tests réalisés par MotorScience Enterprise, dont l'EPA pense qu'elle a falsifié les tests d'émission des véhicules en question. Les importateurs pourraient faire face à de lourdes amendes pour avoir vendu depuis 2006 des véhicules qui polluent au-delà des normes.

Et qu'en est-il au Canada? Est-ce qu'on y vérifie les tests d'émission soumis par les constructeurs présents sur notre marché?

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Suggestion de lecture: Nauru, l'île dévastée, de Luc Folliet, éditions La découverte/poche, 150 pages. Une histoire hallucinante, celle d'un rêve devenu cauchemar pour cause de surexploitation abusive. Cette île du Pacifique, après avoir vécu l'âge d'or des exportations de phosphate, passe d'un niveau de vie parmi les plus élevés de la planète à la pauvreté systémique. Devenue un paradis fiscal pour les pirates modernes de nos sociétés, elle loue son territoire à l'Australie qui y exporte désormais ses camps d'internement de réfugiés! Une histoire édifiante de capitalisme sauvage qui débouche sur un pays dévasté.
 
3 commentaires
  • Céline Delorme - Abonnée 9 juillet 2010 23 h 08

    Et les chats?

    M. Francoeur, Je lis toujours avec grand intérêt vos articles sur l'environnement. oû votre érudition et votre sens critique font honneur à mon journal préféré.
    Mais quelle partialité quand il s'agit de la chasse!
    Il y a quelques jours, vous enjoignez vos lecteurs de faire dégriffer leur chat et le garder en tout temps dans la maison, car il faut éliminer leur instinct de chasse et leur danger envers la faune. Ces pauvres bêtes qui n'ont rien demandé.
    Aujourd'hui, vous faites, au contraire, l'apologie de la chasse, car il s'agit de l'instinct de chasse humain. Ce dernier, a pourtant plus d'intelligence que le chat pour refréner ses instincts agressifs et trouver des passe-temps plus constructifs.

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 juillet 2010 17 h 12

    Des ZECS?

    Que signifie le S? J'ai toujours cru qu'il s'agit de ZEC.

  • Chryst - Inscrit 16 juillet 2010 18 h 52

    Stratégie faunique

    Le développement de la faune est intimement lié à la qualité de son habitat et à l’effet de bordure ce que nous a enseigné un biologiste de renom.

    De plus, nous l’avons observé à maintes reprises comme ing. f. et écologue.

    Le problème actuel en foresterie c’est les coupes rases sont de trop vastes superficies et les coupes partielles pas assez nombreuses; on ne profite pas non plus des nouvelles technologies qui nous permettraient d.’avoir les meilleurs rendements.

    Michel Thibault ing. f. m. sc.