Santé: La patience est une vertu

Ah! Me voici à vous parler de mes ennuis mécaniques tellement je ne peux penser à rien d'autre... Celles qui un jour n'ont pas pu attacher leur soutien-gorge me comprendront! Et ne me faites pas croire qu'on est au printemps, voulez-vous!

Me voici donc avec, à gauche, une épicondylite et, à droite, une tendinite calcifiée. Le coude et l'épaule de part et d'autre. Symboliquement, ces ennuis qui me rendent si maladroite traduiraient, pour le coude, le changement de direction et l'acceptation de nouvelles expériences et, pour l'épaule, l'habileté à vivre joyeusement des expériences nouvelles, notre attitude faisant de la vie un fardeau. La tendinite, dans les deux cas, exprimerait un manque de souplesse. On n'est pas obligé de prêter foi à l'aspect symbolique de nos ennuis de santé. Mais pendant qu'on est empêché de «fonctionner normalement», ça distrait. On se penche alors sur soi dans un effort d'introspection, privé du roulement silencieux de notre corps.

Ah, j'ai oublié de vous dire: je rénove. Tout un appartement, cuisine comprise. Avez-vous déjà rénové? Je suppose qu'on a le choix de prendre tout ça avec détachement, sans frustration ni désir que ça marche comme vous le voudriez... Sans les doutes qui vous assaillent devant le million de détails à décider, les choix à faire, les délais de livraison, les retards à coordonner des multiples personnes compétentes — ils sont très très occupés, ces gens de l'industrie de la construction... plusieurs en ont d'ailleurs plein le dos. Mais moi, impatiente comme je suis, je ne peux pas.

Commençons par la nouveauté: l'épicondylite, vulgairement appelée tennis elbow. Vous n'avez jamais réalisé à quel point la gauche vous est utile à moins d'en être privé. Je vous jure. On pense que l'épicondylite vient d'une usure, mais dans mon cas, quelques sacs de vieux gypse ont eu raison de muscles faibles. Ligaments et tendons m'ont lâchée d'un coup. Le remède, le seul qui soit efficace, est absolument impossible. C'est le repos complet. Et je me pensais droitière!

Mais j'ai appris des choses intéressantes que je m'empresse de partager. D'abord: les Oméga 3 sont des anti-inflammatoires naturels. Le sulfate de glucosamine aussi. Quand on déchire, on cause une inflammation; il faut réagir rapidement. Je connaissais l'arnica, que j'ai tant utilisée sur les ecchymoses d'enfants. L'huile d'arnica contient des sesquiterpènes lactones — quand vous voulez faire savant... ! — et aide donc à réduire l'inflammation. Les infusions de camomille (bio, les fleurs par les sachets, et bien concentrée) aussi. Mais je travaille à un article sur les poissons pour un magazine et les diététistes ne m'avaient pas parlé de cet atout des Oméga 3: c'est mon doux chiro qui m'en a informée. En ajoutant que si on carbure au café, on détruit le travail des anti-inflammatoires. Je soupire en l'écrivant, croyez-moi. Arrêter le café pendant quelques semaines me prive, et ne suis-je pas suffisamment privée avec ces blessures? Gna gna gna... Au moins, je ne fume pas; je suppose que dire à un fumeur d'arrêter pour se soigner serait pire?

La vitamine C et plus généralement les antioxydants pourront aider mon corps. Un conseil du même M. Yan, une mine d'or qui, en plus d'équilibrer la musculature et l'ossature en empruntant à la kinétiologie, utilise l'énergie des méridiens. Ça ne court pas les rues, croyez-moi. Et puisque je vous raconte ma vie, le menuisier qui travaillait chez nous, ayant quelque expérience avec les blessures que j'expérimente, m'a conseillé un support de coude, que je trouverais en pharmacie. Mais quand la rondelle ne roule pas pour toi... Les supports étaient en commande partout, y compris chez J. E. Hanger, un spécialiste des orthèses de mon quartier! Qui a tout de même fini par me dépanner avec une espèce de Band-It, une coquille dure et inconfortable de 75 $ (75 $!), mais c'est un soutien qui soulage. En prime, parce que c'est une orthésiste professionnelle qui me l'a vendu, j'ai eu le meilleur conseil, celui que je cherche depuis des années, celui qui va aider ma tendinite calcifiée de la coiffe des rotateurs à disparaître définitivement... quand je serai guérie. Je vous le donne?

C'est tout simple, je mets un coussin sous mes poignets quand je travaille à mon ordinateur. Une serviette roulée peut faire l'affaire: il suffit que les poignets ne travaillent pas. Pas courbés par en bas ni courbés par en haut: plats, droits, sans aucune tension. Je commençais à taper les bras déliés, une liane. Une heure ou deux plus tard, mon bras était de plomb, mon épaule, un corset, et je me désespérais.

Imaginez; j'ai changé d'ordinateur pour éliminer la souris, j'ai changé de chaise pour être mieux assise, j'ai un petit marche-pied pour relever mes genoux, il n'y a rien que je n'ai pas fait pour aider mon bras, et j'avais toujours mal, je ne savais plus quoi faire. Voilà que mon épicondylite aura conduit à trouver une solution pour ma tendinite calcifiée. Count your blessings, comme dit l'étude américaine que j'ai lue récemment, qui montre qu'en étant mentalement positif, on améliore sa qualité de vie et son état de santé général. Mais, chez nous, on avait traduit ça par: compte tes blessures. Ça vous donne l'état de mon moral...

... Qui va mieux, je vous remercie. Je sors de chez mon soigneur, celui à qui j'avais d'abord confié ma tendinite calcifiée. Lui m'aide avec des ultrasons et des courants électriques prémodulés qui inhibent la douleur. Ça lui permet de mieux intervenir si je me crispe moins, vous comprenez. Et je pense que ce que j'apprécie par-dessus tout, c'est sa manière de me redonner du pouvoir sur mon problème en m'impliquant dans le traitement. Masse ici, comme ceci. Fais tel mouvement, à telle fréquence. Mets de la glace là deux fois par jour. Mais je dois y aller, le coude me brûle, justement, il est temps de me glacer. En me disant que la patience est une vertu.

vallieca@hotmail.com