La révolution verte est en marche

Les crises portent souvent en elles les germes de grands changements. L'année 2008 passera dans les annales comme celle de la crise économique la plus dévastatrice de l'après-guerre. On ne compte pas d'ailleurs les fois où experts et journalistes ont qualifié la présente récession de réplique de la crise de 1929. Avec des indices boursiers charcutés de près de 50 % par rapport à leur sommet, faire une telle analogie n'était certainement pas inapproprié.

Car la crise a durement touché les économies industrielles. Au premier chef, les États-Unis, la plus grande économie du monde. Pour illustrer la profondeur de la crise sévissant au sud de notre frontière, on n'a qu'à regarder quelques statistiques inédites. Jamais n'ai-je vu pour ma part les mises en chantier culbuter dans des bas-fonds pareils. En janvier, à peine 477 000 unités avaient été mises en chantier aux États-Unis, un pays où il se crée bon an mal an 1,2 million de nouveaux ménages. Normalement, lorsque les mises en chantier descendent à un million d'unités sur une base annuelle, cela signale le début d'une récession. Imaginez à 477 000 unités! Même si les mises en chantier explosent de 100 % en 2009, nous finirons l'année sous la barre d'un million d'unités, soit dans des eaux toujours compatibles avec une récession.

Une autre statistique déconcertante: le taux d'utilisation des capacités de production. Il a basculé sous la barre de 70 % en mars au sud de notre frontière, du jamais vu depuis que cette donnée est publiée. Normalement, en phase de croissance économique, ce taux se situe entre 80 % et 82 %. Il y a donc du chemin, beaucoup de chemin à parcourir, avant de renouer avec un tel niveau.

Nul doute, les Américains écopent durement. Il en coûtera très cher à leur gouvernement pour sortir l'économie d'un tel bourbier. Plus de 10 000 milliards $US ont déjà été injectés dans le seul système bancaire, qui est au bord du gouffre. Un déficit de presque 2000 milliards $US est prévu pour l'exercice en cours, se terminant en septembre. Il faut s'attendre à autant pour le prochain exercice. La dette totale du gouvernement risque à ce rythme d'approcher la barre de 100 % du PIB en quelques années. Heureusement, le gouvernement américain dispose d'un bilan suffisamment solide et devrait donc être capable de supporter un taux d'endettement beaucoup plus élevé. Mais il en coûtera cher aux Américains pour parvenir à surnager pendant probablement plusieurs années.

Car surnager, ils ne feront que ça tant et aussi longtemps qu'ils demeureront d'importants importateurs nets de ressources. Des ressources aujourd'hui trop chaudement disputées par les économies émergentes comme la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie, etc. Ils doivent surtout casser leur dépendance au pétrole. Les dirigeants, avec à leur tête le président Barack Obama, ont compris cette nécessité. Aussi ont-ils accouché d'un plan de relance résolument tourné vers les nouvelles énergies, les nouvelles technologies et vers un meilleur environnement. Sur les quelque 800 milliards $US annoncés pour fouetter l'économie en 2009 et 2010, près de 150 milliards $US seront consacrés aux nouvelles énergies, à la recherche et au développement de nouvelles technologies et à la réduction de la pollution.

La Chine non plus n'est pas en reste à ce chapitre. Dans son plan de relance de près de 580 milliards $US, près de 200 milliards iront au développement des nouvelles technologies et au contrôle de la pollution.

Les États-Unis et la Chine sont de loin les plus grands pollueurs de la planète (en termes absolus). Et ils nous annoncent dans leurs plans de relance respectifs un tournant majeur à ce chapitre. Les Chinois adopteront la voiture hybride, voire purement électrique. Aux États-Unis, les grands constructeurs devront se restructurer, certes, mais ils devront aussi réorienter leur production vers les voitures économiques. Barack Obama veut que 25 % de l'énergie globale consommée aux États-Unis provienne en 2025 de sources d'énergie renouvelables ou propres tels que le solaire, l'éolien, la biomasse, la géothermie et les biocarburants.

La mise en place d'une Bourse du carbone figure aussi dans les plans du nouveau président. Bientôt, les entreprises devront intégrer dans leurs frais d'exploitation les coûts résultant de leur émission de CO2. Même qu'on apprenait la semaine dernière dans Le Devoir que le président Obama s'apprêtait à consacrer 13 milliards $US à l'implantation d'un réseau de trains haute vitesse. Un réseau constitué de dix corridors dont deux feront de Montréal une plaque tournante en reliant les villes américaines de Boston, New York et Albany.

Mis ensemble, les plans de relance annoncés par les divers pays industrialisés consacreront plus de 400 milliards $US en moins de deux ans à l'environnement et aux nouvelles technologies et sources d'énergie. Jamais pareil coup de barre n'aura été donné pour propulser nos économies dans le monde plus moderne du XXIe siècle.

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3 commentaires
  • Lapirog - Abonné 21 avril 2009 08 h 24

    Occasion unique de revoir notre notion de développement.

    Heureusement qu'il y de ces crises économiques/financières pour nous amener dans le droit chemin du développement intelligent qu'on appelle aussi durable. Notre planète terre n'est pas inépuisable comme on a bien voulu nous le faire croire pendant 1 siècle de gaspillage fou. Heureusement qu'un certain Obama règne sur cet empire capitaliste à outrance pour ramener les notions de développement en tenant compte davantage des ressources matérielles de notre terre-mère.C'est un début de sagesse politique il me semble.

  • Claude L'Heureux - Abonné 21 avril 2009 09 h 52

    Priorité au TGV

    Tous les gouvernements devraient s'investir dans le TGV, le contexte (exit la crise) économique aidant, comprendre ici que le capital est au mur et doit se tenir tranquille, sinon très inventif et attentif aux nouvelles économies résolument vertes. Tout est à repenser dans l'industrie et dans les ministères. J'en aie pour preuve une visite (porte ouverte) dans mon ancien Ministère des transports que j'ai quitté en 97 et où rien n'a vraiment changé à part les équipements. Même priorité à l'auto et pratiquement rien pour le transport en commun. À quoi sert les BAPE si le ministère n'est pas déjà vert ? Pour en revenir au TGV j'en voit un puissant investissement dans l'emploie vert et une réduction colossale d'énergie fossile si l'on pense à tous les vols continentaux éliminés.

    Claude L'Heureux, Québec

  • Daniel Ariey-Jouglard - Abonné 21 avril 2009 17 h 49

    Voiture électrique, voiture verte?

    "Les Chinois adopteront la voiture hybride, voire purement électrique." Mais est-ce la solution? L'électricité n'étant pas une énergie primaire, son impact sur l'environnement est égal à celui de l'énergie primaire utilisée pour la produire. En Chine, une grande partie de l'électricité étant produite à partir de centrale à charbon, elle est donc très polluante.