Pornographie rancunière : la vengeance devient crime en Grande-Bretagne

Intimité sur pellicule. Scène tirée du film Fifty Shades of Grey.
Photo: Focus Features Intimité sur pellicule. Scène tirée du film Fifty Shades of Grey.
Se venger de quelqu’un par la diffusion en ligne d’images de lui, mais surtout d’elle, à caractère sexuel, ce n’est pas bien… et c’est sur le point de devenir un crime passible d’une amende et de deux ans de prison, en Grande-Bretagne.
 
L’Angleterre et le Pays de Galles prennent en effet de front la pornographie rancunière  — revenge porn, comme on dit là-bas — en criminalisant ce phénomène plus que douteux. Une loi, amendée en ce sens, doit recevoir sa sanction royale aujourd’hui, puis entrer en vigueur dans les prochains jours, envoyant du coup cette forme d’intimidation par le dévoilement de nus pixellisés ou de vidéos sexuées, sans le consentement de la personne qui y apparaît, dans le champ de l’illégalité, résume le BBC.
 
«C’est un bon début, a résumé, cité par l’AFP, Laura Higgins de l’organisme Safer Internet Center qui suit de près le phénomène de pornographie rancunière en Grande-Bretagne. Dans les 18 derniers mois, nous avons noté une croissance importante du phénomène. Pour chaque cas identifié, nous en trouvons une douzaine d’autres, souvent des personnes qui ne savent même pas que des photos d’elles sont actuellement en ligne».
 
Dans sa version modifiée, la loi britannique condamne désormais «le partage de photos ou de vidéos à caractère privé, sexuel, dans lesquelles ce qui est montré ne l’est généralement pas en public». Les diffusion sur le Web, mais également par messages textes ou par courriel, sont visés par cette nouvelle mesure. Tout comme le simple dévoilement d’une image à une tierce personne, sur l’écran d’un téléphone dit intelligent ou celui d'un ordinateur.
 
L’Écosse et l’Irlande du Nord songent d’ailleurs à emboîter le pas.
 
Au Canada, la pornographie rancunière est également une activité criminelle depuis l’adoption du projet de loi conservateur et controversé C-13 modifiant le Code criminel et autre disposition légale afin d’enrayer la cybercriminalité. Six États américains se sont mis également sur le même diapason, dont la Californie où ce type de vengeance peut envoyer son auteur en prison pendant six mois.
 
Au-delà de l’humiliation publique, ces représailles par le déballage sur la place publique de l’intimité d’une personne peuvent également être tragiques, comme l’ont démontré les morts tragiques de Rehteah Parsons, 17ans, et d’Amanda Todd, 15 ans, au pays dans les derniers mois. Les deux jeunes filles se sont enlevées en effet la vie après avoir été victimes d’intimidation en ligne impliquant des clichés exposant leurs nudités.
 
Au Danemark, la jeune Hemma Holten, a décidé de répliquer autrement à son intimidateur : elle a en effet décidé de montrer d’autres photos d’elles, nues, mais prises cette fois non pas par un ex-petit ami, mais avec la complicité de la photographe Cecilie Brødker. Objectif: reprendre le contrôle sur son corps et sur son intimité, dit-elle, que d'anciennes flammes éconduites ont décidé d'avilir dans les univers numériques.
 
Un pied de nez habile dont elle expose les grandes lignes dans les pages numériques du magazine féministe Hysteria. Le texte pourrait d’ailleurs facilement trouver sa place dans l’arsenal éducatif que souhaite mettre en place la Grande-Bretagne, en marge de l’adoption de sa loi, pour inciter les esprits fragiles attirés par la pornographie rancunière à y penser à deux fois avant de succomber à cet appel facile du salissage qui, de plus en plus, éclabousse juridiquement celui ou celle qui s’y adonne.

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