Du journalisme dans la désobéissance numérique pour l'intérêt public?

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À dérive liberticide incontrôlable, riposte journalistique adaptée? Le vice-premier ministre britannique, Nick Clegg, estime que les journalistes devraient être mis à l'abri de poursuites si, dans les univers numériques, ils sont amenés à transgresser certaines lois, à pénétrer illégalement dans des systèmes informatiques ou bases de données afin d'en extraire des informations cruciales pour l'intérêt public.

Alors que les démocraties occidentales semblent se nuire à elles-mêmes, avec des programmes de surveillance numériques de leurs citoyens à la lisière du totalitarisme, le politicien, figure des Démocrates libéraux et de l'actuel gouvernement de coalition de David Cameron, va même jusqu'à réclamer des amendements urgents dans plusieurs lois de son pays afin d'y inscrire le droit des journalistes à pratiquer une certaine désobéissance numérique pour le droit du public à l'information, particulièrement lorsqu'il est question de libertés civiles menacées ou des effets pervers de la corruption sur le vivre-ensemble.

«Il est extrêmement important, dans une société libre, que les journalistes puissent aller traquer l'information là où l'intérêt public leur commande de le faire, et ce, sans d'être espionné ou voir leurs dossiers être fouillés sans justification», a indiqué l'élu britannique lors de sa conférence de presse mensuelle à la Chambre des Lords. C'était lundi soir dernier. The Guardian résume la déclaration dans ses pages numériques.

«Je crois que la notion d'intérêt public [comme justificatif d'une transgression] devrait être incluse dans les lois», a-t-il ajouté en évoquant des modifications à apporter aux lois britanniques sur la protection des données numériques ou encore à celles visant à lutter contre la corruption et à enrayer l'utilisation illégale de matériel informatique.

En Grande-Bretagne, comme ailleurs, la désobéissance numérique des journalistes, chemin parfois nécessaire et incontournable pour éclairer les citoyens sur les conséquences parfois délétères de la numérisation des rapports humains et sociaux dans un contexte de surveillance institutionnalisé, fait régulièrement débat. Il a été animé, entre autres, par les tentatives d'intimidation, orchestrées par des services policiers, et dont a été victime le journaliste du Guardian, Glenn Greenwald, tout comme son entourage, après avoir contribué à rendre public les documents secrets volés par l'ex-analyste de la NSA Edward Snowden.