Recherche sur ses abonnés: Facebook adapte son cadre pour répondre aux critiques

Il y a eu l'indignation, la réflexion et désormais l'action. Trois mois après avoir fait l'unanimité contre lui, au lendemain d'une étude plus que controversée sur le comportement de ses abonnés, le réseau social Facebook cherche à faire bonne figure. Comment? En adoptant un nouveau cadre pour ses recherches scientifiques, avec, au programme, plus de contrôle, mais pas forcément plus de transparence.

Sur son blogue, l'empire de la socialisation en format numérique dit avoir appris de ses erreurs. «Nous n'étions pas préparés aux réactions qui ont accompagné la publication de notre étude» en juin dernier, explique Mike Schroepfer, Chief Technology Officer chez Facebook. Rappel des faits: l'étude portait sur une manipulation, celle de l'humeur de milliers d'abonnés par la modification calculée de leurs fils d'information. Pendant des mois, sans le savoir, plusieurs n'ont reçu que des infos négatives, d'autres que des infos positives. L'idée était de voir dans quel état tout cela allait les mettre. Bien sûr, personne n'était au courant de leur participation à l'expérience. Le dévoilement des résultats a rapidement soulevé un tollé.

Les critiques ont été «prises à coeur» par Facebook, dit Schroepfer, qui propose donc de changer le cadre scientifique de la multinationale américaine pour calmer les esprits. Désormais, les recherches qu'elle va mener dans son environnement numérique feront l'objet d'une évaluation préalable par un comité scientifique un peu plus solide qu'avant, comité composé de chercheurs seniors, mais également d'ingénieurs, de juristes, de spécialistes de la vie privée....

Des directives plus claires vont également être adoptées à l'usage des chercheurs et des employés. Facebook ouvre également un site permettant d'accéder plus facilement aux recherches que l'entreprise mène en exploitant les données générées quotidiennement  par ses millions d'abonnés à travers le monde. Ces recherches portent autant sur l'infrastructure informatique, les comportements sociaux que sur l'intelligence artificielle.

Le blogue ne parle toutefois pas d'informer, avec un peu plus de transparence, les abonnés des recherches en cours sur leurs activités numériques, ni d'obtenir leur autorisation, au cas par cas, avant de passer leur intimité au crible, au nom de la science.

Hasard ou coïncidence, l'annonce de Facebook vient de se produire quelques jours à peine avant que Tim Berners-Lee, père fondateur du Web, ne se commette à nouveau sur la gouvernance de l'Internet en soulignant, cette fois, que les données personnelles produites par les citoyens en ligne ne devraient appartenir qu'à ces citoyens et pas aux entreprises, aux publicitaires et aux analystes qui les récoltent. L'idée circule d'ailleurs ici où le besoin d'une conversation nationale sur l'éthique de la recherche en ligne a récemment été évoqué.

L'homme vient d'ailleurs d'appeler, dans le cadre d'une conférence qui s'est tenue à Londres, à un plus grand respect des données personnelles par les géants du Web, pour plus de confiance et moins de dérives, que la nouvelle approche de Facebook en matière de recherche scientifiques, ne devrait pas être totalement en mesure d'éviter.
1 commentaire
  • Richard Larouche - Inscrit 9 octobre 2014 12 h 17

    En finir avec le 2 poids, 2 mesures

    Tout comme la recherche scientifique en contexte académique, celle de Facebook devrait : 1) être soumise à un comité d'éthique en bonne et due forme; 2) si approuvée par le dit comité, les utilisateurs qui veulent participer devraient remplir un formulaire de consentement dans lequel on leur explique entre autres comment leurs données personnelles seront traitées et qu'ils peuvent se retirer de l'étude en tout temps sans devoir fournir de raison.