Hong Kong: réseau numérique atypique pour mouvement pro-démocratique

Photo: Leung Ching Yau/Flickr
Double révolution à Hong Kong où un mouvement pro-démocratique fait vibrer actuellement ce territoire sous autorité chinoise.

Non content de défier Pékin et sa centralisation du pouvoir, les manifestants aux parapluies déjouent également censure et répression technologique en organisant leur résistance et leurs revendications sur un réseau de communication atypique très difficile à bloquer: il n'utilise ni les tours de transmission cellulaire, ni le réseau internet sans fil (wi-fi). Un réseau organique, en somme, aussi incontrôlable et imprévisible que la suite des choses dans le quartier financier du «port aux parfums».

Cette autre révolution porte d'ailleurs un nom: FireChat, application qui, entre dimanche et lundi, a été téléchargée en chœur par plus de 100 000 personnes dans ce coin troublé du globe, rapporte le Wall Street Journal. Et ceci n'est pas un hasard. Elle permet en effet la création d'un réseau de communication maillé (mesh network, comme disent les Anglos) en utilisant l'ensemble des téléphones présents dans un environnement donné. Les appareils forment ce réseau autonome très local à condition d'être dans un rayon de 70 mètres l'un de l'autre. Le tout se joue sur le protocole Bluetooth.

Lancée en mars dernier par la compagnie américaine Open Garden Inc., FireChat a depuis été adoptée par des milliers de geeks à travers le monde, mais également par des résistants à Taïwan et en Irak où l'application permet plus facilement à la parole dématérialisée de se faire et de se répandre, y compris lorsqu'un groupe, un gouvernement, une idéologie cherchent à porter atteinte à sa libre circulation. C'est ce qu'on appelle tisser, un téléphone à la fois, les nouveaux contours de la revendication sociale et politique, particulièrement en temps de crise.
 
Alors que les figures de proue du mouvement des parapluies appellent désormais la rue à adopter massivement FireChat, sur son compte Twitter (un réseau qui a fait les beaux jours d'une autre révolution, celle d'un printemps arabe), l'homme derrière l'application, un certain Micha Benoliel, se réjouit aujourd'hui de l'envolée soudaine de sa création à Hong Kong, et souhaite même apporter de l'eau au moulin des contestataires.

Comment? Avec l'ajout, annonce-t-il, d'un mode d'encryptage pour sa messagerie instantanée que les autorités chinoises devraient commencer autant à craindre que les parapluies, formant ce réseau protecteur contre le poivre cayenne, dans les rues d'une cité insoumise qui tient sans doute en ce moment dans sa main un outil pour le rester encore longtemps.

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