Vie numérique: un rabais pour manger sans son téléphone

Une scène tirée du film I Forgot my iPhone de Charlene deGuzman et Miles Crawford.
Photo: YouTube Une scène tirée du film I Forgot my iPhone de Charlene deGuzman et Miles Crawford.

L'homo connecticus est sans doute arrivée là: dans la banlieue arabe de Jérusalem, en Israël, un restaurateur a décidé depuis quelques jours de forcer le retour de l'humanité et de la beauté des rapports humains non médiatisés dans son établissement, et ce, avec une certaine originalité: il propose en effet un rabais de 50 % sur la facture finale à tous ses clients qui acceptent d'éteindre leur téléphone pendant le repas. Une idée, qui bien sûr, mérite de se répandre bien au-delà du plateau du Golan, comme dirait l'autre.

Pour Jawdat Ibrahim, propriétaire du restaurant Abu Ghosh, situé dans le petit village arabe du même nom, cette «offre» vise à redonner le sens et la convivialité que les appareils de communication auraient enlevés aux plaisirs de la table en se répandant dans toutes les strates de l'activité humaine, particulièrement à l'heure des repas.

Avec cet incitatif financier, l'homme de 49 ans espère que, dans son établissement, manger redevienne un instant de partage, de conversation, de délectation devant des assiettes, instant centré sur le plaisir d'être ensemble, et non pas une obligation pendant laquelle les convives restent au bureau ou discutent avec quelqu'un qui n'est pas là grâce à la magie de leur téléphone pas toujours utilisé de manière intelligente, a-t-il expliqué à l'Associated Press.

«J'essaye de changer les choses, dit-il. Ce n'est pas très important comme changement, mais j'espère qu'à terme, c'est la culture de la restauration que cela va changer».

Jawdat Ibrahim dit avoir eu cette idée après avoir servi un groupe de jeunes ayant passé toute la durée du repas dans un silence troublant, le nez collé sur les écrans de leurs téléphones. Un des membres de ce groupe lui a également demandé de réchauffer son assiette parce qu'il avait complètement oublié de manger.

L'Abu Ghosh est célèbre dans ce coin du globe en raison de son propriétaire qui l'a ouvert en 1993 avec l'argent qu'il a décroché à la loterie de l'Illinois aux États-Unis où il vivait alors. 23 millions sont apparus soudainement dans ses poches. Habile communicateur, Ibrahim a souvent utilisé sa notoriété pour faire avancer des causes (et attirer les regards vers son établissement): il a entre autres milité pour le rapprochement entre Arabes et Juifs, dans un pays où les différences sont souvent et politiquement exploitées pour diviser plutôt que bâtir. Il a également fait son entrée dans le livre Guinness des records — c'était en 2010 — en servant la plus grande assiette de houmous au monde: elle contenait 4 tonnes de cette traditionnelle purée de pois chiche.

À l'époque, quelques photos de la chose avaient été prises dans son restaurant... avec des téléphones dits intelligents, bien sûr.

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