La micro-pornographie embrasse aussi le format court

Sexe et abstraction par l'artiste suisse Andy Denzler
Photo: http://www.andydenzler.com Sexe et abstraction par l'artiste suisse Andy Denzler

On pensait l'obsession du court et de la concision cantonnés à l'univers de l'échange textuel. Que non! L'échange sexuel aussi semble de plus en plus s'émouvoir en ligne de ces formats très contemporains qui cherchent à transmettre beaucoup en exagérant du peu. En témoigne l'emballement dans les univers numériques de la micro-pornographie, un phénomène qui prend de plus en plus de volume dans notre présent, en empilant ses fragments les uns sur les autres.

Un film pornographique de moins de 6 secondes? L'exercice de style est en train de devenir norme en ligne où le porno en format ultra court fait de plus en plus frémir les masses, révèle le New York Magazine. La publication vient de mettre à nu la tendance dans son édition numérique.

Exit donc les préliminaires interminables, à l'heure de l'hyperpragmatisme dans des sociétés qui cultivent l'instant avec frénésie, les contenus dits explicites auraient trouver eux aussi un terrain fertile à leur prolifération dans des espaces comme Vine, site de partage de vidéo en boucle ne pouvant pas dépasser six secondes, ou encore dans la logique des images GIF animées, expose crument la publication. C'est ce qu'on appelle mettre de la chaire sur le micro-blogging!

Des acteurs porno dans l'air du temps, comme Jessie Andrew ou Jiz Lee sur Vine, aux Tumblr — blogues débordant d'images — ouverts par des amateurs qui poussent le principe de l'exhibitionnisme dans ses retranchements les moins vêtus, le phénomène aime varier ses positions et s'expliquerait facilement, selon Lux Alptraum, fondateur et éditeur du site Fleshbot, une vitrine qu'il est préférable de ne pas ouvrir sur son ordinateur au travail, l'endroit est #NSFW (Not Safe for Work, comme disent les anglos).

Il dit: «la micro-pornographie va à l'essentiel. Plus besoin de faire de l'avance rapide sur un DVD pour voir la partie de la scène qui nous intéresse. Elle est là. Et vous n'avez pas besoin de vos mains, puisque cette scène joue en boucle». À cet endroit du billet, tout commentaire serait forcément de déplacé.

Dans son bouquin intitulé NetPorn, la sociologue Katrien Jacobs, spécialiste de la culture pornographique et professeur à l'Université de Hong Kong, estime d'ailleurs que cette miniaturisation de ces films qui, dans leur version VHS ne se regardaient rarement jusqu'à la fin, puisqu'utilisés à d'autres fins, vient finalement tracer les contours d'un nouveau rapport au porn. Une mutation qui s'écrit d'ailleurs, grâce à la démocratisation des outils de production et de partage de contenus, par des citoyens ordinaires jouant désormais dans les plates-bandes des grands acteurs de cette industrie qui jusque-là, brassaient seuls leurs millions, en abusant des implants en silicone.

Étrangement, cette micro-pornographie se déploie également en ligne dans des espaces, comme Instagram, Vine, Tumblr qui, tout comme Facebook et Twitter auxquels ils sont intimement liés, cultivent pourtant un certain goût de la censure et une peur chronique de la nudité et des contenus montrant de la sexualité explicite qui risque de faire fuir autant des annonceurs qu'une clientèle chaste. Un paradoxe qui s'explique en partie par l'ingéniosité des accros à la micro-pornographie pour contourner les interdits et le regard des censeurs avec des mots-clefs ou des mots-clics décalés, mais également par une réalité très humaine: le sexe fait tourner le monde, c'est bien connu. Et c'est du coup normal qu'il continue de le faire quand ce monde se dévoile dans sa dimension dématérialisée.

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