Documents secrets: la téléphonie mobile louangée par la NSA

Les agents secrets ont toujours eu une fascination pour les téléphones. Ici, Sean Connery dans le rôle de James Bond.
Photo: Les agents secrets ont toujours eu une fascination pour les téléphones. Ici, Sean Connery dans le rôle de James Bond.

La révolution induite par les téléphones dits intelligents ne fait pas que vibrer les amateurs du tout à l'ego, adeptes du texto-frénétique et autres accros à la photo floue à partager pour exister. Elle semble également faire la joie des espions américains de la National Security Agency (NSA), organe étatique d'écoutes électroniques, qui voient dans ce nouvel écosystème, alimenté par les iPhone, Android et BlackBerry et par leurs adeptes en croissance, un environnement rêvé pour leur projets de surveillance. Une excitation assumée d'ailleurs dans plusieurs documents internes que le magazine allemand Der Spiegel vient de révéler à la face du monde.

L'humanité succombe à l'Internet mobile, à la socialisation par téléphones interposés et les agents secrets américains rigolent. « Qui aurait su que dans 1984 [roman d'anticipation signé de George Orwell] Big Brother, ça serait ça », peut-on lire sur un document de présentation interne de la NSA montrant un portrait sans équivoque de Steve Jobs, fondateur d'Apple et instigateur de la déferlante iPhone sur la planète terre... « et que les zombies seraient finalement des consommateurs payants », poursuit le document qui fait partie des archives sorties de l'ombre par l'ex-analyste de la NSA Edward Snowden.

En transportant leurs intimités, leurs interactions sociales, leurs positions géographiques dans leurs poches, les propriétaires de téléphones dits intelligents, soit 56 % de la population américaine — ou 80 % des 18-29 ans — ont rapidement attisé la convoitise des agents de la NSA qui ont mis en place les cellules nécessaires pour trouver des façons discrètes d'entrer dans ces appareils pour profiter, dans une logique de surveillance, des informations cruciales qu'ils peuvent contenir, indique les documents. Au passage, ils s'amusent même de la Nomophobie (la peur de perdre ou oublier son téléphone), une pathologie très contemporaine qui joue à leur avantage: les gens étant bien plus préoccupés aujourd'hui par la peur de perdre leur connexion à un réseau que des fragments de leur vie privée, peut-on lire.

Sans faire la démonstration que les compagnies qui fabriquent ces appareils ont collaboré avec l'Agence, les documents obtenus par le Spiegel témoignent des succès remportés par les programmeurs de la NSA qui ont réussi à mettre en route un système de surveillance de 38 fonctionnalités des iPhone 3 et 4, mais également à venir à bout du code du BlackBerry, appareil pourtant vendu comme un système de communication fiable mettant les courriels et autres échanges numériques à l'abri des regards indiscrets. Ça s'est passé en mars 2010, indiquent les documents et particulièrement une note interne dans laquelle les analystes se réjouissent d'avoir enfin trouvé la brèche: «Champagne!», écrivent-ils pour souligner leur victoire.

L'engouement de la NSA pour la vie en format mobile tient également dans une anecdote racontée par Der Spiegel et qui met en scène un ex-grand patron de l'Agence, Michael Hayden. C'est lui qui a partagé la chose lors d'une récente conférence à Washington. Dans un Apple Store, l'homme s'est fait vanter par un vendeur les 400 000 applications qui fonctionnent sur un iPhone. 400 000, un chiffre évoquant bien des possibles, particulièrement pour un espion, a-t-il expliqué, qui voit dans ce gigantisme très commercial 400 000 façons d'entrer dans le téléphone. Amusant... quoi que pas vraiment!
 

À voir en vidéo