Effet de la crise: des centres commerciaux transformés en abris pour serveurs informatiques

Photo: Sears

C'est ce qu'on appelle matérialiser la dématérialisation de l'activité humaine. Sous l'effet de la crise économique qui afflige l'univers du commerce de détail aux États-Unis, des grands propriétaires de centres commerciaux songent désormais à donner une nouvelle vocation à leurs bâtiments désertés par les consommateurs. Comment? En les transformant en abris pour serveurs informatiques, en «data centers» quoi, comme on dit en anglais, ces espaces désormais incontournables de nos vies numériques.

De la laveuse à tempérament, de l'ensemble de casseroles bas de gamme fabriqué en Chine, de la «bébelle» futilement attirante, aux codes binaires et aux serveurs empilés, c'est la mutation que se souhaite visiblement le géant américain de la consommation de masse Sears avec la création récente d'une nouvelle division entièrement dédiée à la transformation de plusieurs de ses actifs immobiliers en centre pour données numériques.

C'est le site très spécialisé Data Center Knowledge qui vient de poser la lumière sur ce phénomène.

En gros, Sears vient de donner vie à la compagnie Ubiquity Critical Environments dont la mission est d'assurer l'entrée de la multinationale du commerce de détail dans l'économie du 21e siècle. Un premier magasin Sears situé dans le sud de Chicago se prépare à gouter à la reconversion. L'espace de 12 000 mètres carrés a fermé ses portes en juin dernier. Il offre un espace lourdement climatisé, près du centre-ville et surtout il est placé dans un environnement capable de répondre à des besoins élevés en énergie, des conditions favorables aux développements des hangars à serveurs informatiques.

Réputé pour son catalogue et ses équipements ménagers de base, Sears est aussi célèbre aux États-Unis pour un parc immobilier imposant qui n'a pas été épargné par la crise économique des dernières années, crise qui a rendu timide les consommateurs face à la dépense, tout en réduisant leurs multiples voyages dans les centres commerciaux pour y assouvir leurs besoins à crédit.

Une douzaine de ces magasins, sous bannière Sears ou Kmart, ont fermé leurs portes dans la dernière année. La compagnie possède par ailleurs pas moins de 3200 espaces de ventes ou de bureaux sur le territoire américain, représentant dans l'ensemble une surface commerciale de 2,3 millions de mètres carrés, et dont plusieurs pourraient faire l'objet de reconversion en centre de données.

«C'est un actif immobilier impressionnant, a reconnu cette semaine Sean Farney, le grand patron d'Ubiquity. Dans le contexte actuel, le but n'est pas de vendre ces propriétés, mais plutôt de repositionner ces bâtiments liés à une marque phare» qui selon lui peut très bien mettre son ADN au diapason des nouveaux besoins numériques des consommateurs.

Malgré les apparences, la stratégie de Sears n'est pas totalement loufoque. L'industrie du centre de données connait en effet un véritable boom partout dans le monde en raison de la pression très forte mise sur les capacités de stockage numérique par des humains qui produisent chaque jour des quantités astronomiques d'information, mais aussi qui désormais aiment un peu trop avoir leurs courriels, leurs photos, leurs vidéos, leurs jeux et leurs émissions dans le creux de leur main.

Or, pour donner vie à la chose, les données numériques n'ont pas le choix que de se retrouver dans le «nuage informatique», le «Cloud» ou infonuagique, dont la composante physique principale est le «data center».

À Montréal, une entreprise cherche depuis plusieurs mois à transformer le silo à grain no 5, dans le sud de la ville, en abri pour serveurs informatiques, comme le révélait récemment Le Devoir. Si le projet finit par se concrétiser, il va devoir faire face à un compétiteur de taille en la figure de Sears qui, pour attirer les clients vers lui pourrait ne pas se priver d'offrir ce qu'il a l'habitude de faire: des spéciaux, des ventes à crédit — sans intérêt — et l'impression d'en avoir plus pour moins, même si, bien sûr, tout ça n'est pas toujours vrai.





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