Perdue dans la traduction

Il y a de ces traductions de l'américain, et le collègue Louis Hamelin, dont c'est un dada, a amplement discuté le sujet, qui nous donnent, Québécois, le tournis.

Je tiens à rajouter Dieux de la pluie de James Lee Burke (Rivages, 2015, traduction de Christophe Mercier) à la longue liste des récriminations à déposer au Bureau de la littérature outre-langue maternelle. Le livre d'abord est bourré de fautes. Quand elle est correcte, la langue choisie semble si loin de notre usage, alors que l'action se déroule dans cette grande Amérique à laquelle on aime penser appartenir, dans ces territoires étendus qui peut-être nous forgent de leur vastitude, que le sentiment, lisant, en est un d'irrespect, même de lèse-majesté.

(J’allais écrire baise-majesté, ô lapsus et papa Freud!, et pour une fois merci autocorrect!; disons donc, pour débrider le refoulé qui fait me fait fourcher les doigts sur le clavier, que peut en naître un sentiment d'insulte, celui, vulgairement dit, de se faire fourrer par la traduction).

On en oublie presque les personnages féminins solides, plantés et riches, charnières essentielles d'un récit qui joue sur les stéréotypes (histoire «de gars», de meurtres et de règlements de compte) en les déjouant finalement tout autant.

Car il suffit de lire «La serveuse apporta leur commande et reversa de l'eau dans leurs verres. Pendant qu'elle dressait la table, ils cessèrent de parler. Elle posa entre eux une panière avec des crackers sous emballage, puis prit sur une autre table la salière et le poivrier qu'elle posa à côté de la panière» pour avoir l'impression d'être le dindon d'un dîner de cons.
2 commentaires
  • Pierre Cantin - Abonné 29 juillet 2016 21 h 02

    Ah ! la détestable anglophilie maladive de nos cousins d'Outre-Atlantique

    Juste, très juste observation, madame Lalonde...

    Dans certaines traductions, en français «hexagonal», de romans de John Irving, il faut recourir au texte original pour en arriver à comprendre le texte !

    Et ce fut tout à la gloire de Michel Tremblay d'avoir su traduire (transposer en français), avec justesse et rigueur, le caractère «nord-américain» des textes du dramaturge états-unien Paul Zindel.

  • Louise Brunette - Abonnée 30 juillet 2016 06 h 46

    Dîner de cons

    Ciel! Mais il n'y a rien là pour soulever les passions.Il existe des masses de dictionnaires en ligne. Il y a longtemps que vous devriez aavir fait la paix avec les crackers et autres emprunts directs des français. Quel plaisir de lire sans ce type de préjugés. Il est facile, par exemple, de déduire du contexte que la serveuse aporte des biscuits sodas dans une corbeille. Traduire, ce n'est pas aligner des équivalents de mots, mais recréer une impression. Et ici, c'est assez réussi.