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Jamshedpur, près d’un million et demi d’habitants, est la plus grande agglomération urbaine du Jharkhand, État situé au nord-est de l’Inde et «grenier» des ressources naturelles du pays. C’est aussi, intéressant cas de figure, la seule ville du pays qui soit sans conseil municipal. Sa gestion est depuis toujours sous la responsabilité de Tata Steel, l’un des tentacules de l’empire de la vieille famille Tata.

La ville a été créée de toutes pièces dans les années 1910 à l’initiative du père de la maison, Jamsetji Tata, pour y construire la première aciérie indienne. D’où son surnom : Steel City. Elle demeure aujourd’hui l’un des principaux centres industriels du pays et l’une de ses villes les plus riches en termes de revenus par habitant.

Au demeurant, une étude gouvernementale l’avait sacrée, en 2010 – c’était il y aura bientôt quatre ans –, la septième ville la plus propre de l’Inde…

Comme la réalité statistique indienne est un capharnaüm, de nouvelles données gouvernementales, relayées cette semaine par l’agence TNN, viennent défaire ce portrait.

Selon ces nouveaux chiffres, Jamshedpur serait, de 32 grandes villes, celle où l’approvisionnement en eau est le plus déficient. De l’offre à la demande, le fossé serait de 70 %! Trouvez l’erreur.

La crise est également aiguë dans des villes comme Madurai et Hyderabad où l’approvisionnement en eau serait inférieur de 30 % aux besoins. Dans les deux mégapoles que sont Mumbai et Delhi, la situation est par comparaison meilleure. L’écart entre l’offre et la demande serait de 24 % dans la capitale; et de 17 % à Mumbai.

En réalité, la situation est probablement encore plus alarmante que ne le disent les calculs du ministère du Développement urbain. À Delhi, par exemple, les chiffres officiels indiquent que l’offre en eau est d’un peu plus de 3,100 millions de litres d’eau par jour. Ce qu’ils n’indiquent pas, c’est que 40% de l’eau ne se rend pas au robinet pour cause, notamment, de mauvais entretien des réseaux de distribution.

Il y a en Inde 53 villes d’un million d’habitants et plus. Et leur nombre augmente. Si les experts reconnaissent que l’urbanisation galopante de l’Inde pose problème, ils blâment surtout la myopie des gouvernements – ou des entreprises, comme à Jamshedpur – qui ne se résolvent à agir que la crise venue. Ce n’est pas que la situation est ingérable. C’est qu’elle n’est pas gérée.


 

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