Le chaud et le froid

Données intéressantes sur le marché de l’emploi indien, même si elles ne concernent qu’une petite fraction de la main-d’œuvre. TeamLease, une entreprise spécialisée en ressources humaines, évalue dans sa plus récente étude annuelle que les embauches dans le secteur privé «organisé» ont crû de 11 % pendant l’année financière qui s’est terminée le 31 mars et s’attend à ce que les salaires augmentent de 12 % pendant l’exercice 2013-2014 – ce qui est dans la moyenne des 10 dernières années.

L’étude relevée par l’agence de presse PTI (Press Trust of India) s’appuie sur l’examen de plus de 300 profils d’emploi dans 15 secteurs de l’économie (banques, assurances, technologie de l’information, sous-traitance des services à la clientèle, industrie manufacturière…) dans neuf grands centres urbains du pays.

De quel ordre sont les salaires en Inde? Dans le secteur de l’externalisation des services de compagnies occidentales, pour ne donner qu’un exemple, un secteur qui emploie près de 3 millions de personnes, les salaires moyens oscillent grosso modo entre 4000 $ et 24 000 $ par année, selon le site PayScale. Les salaires de base sont un peu meilleurs dans l’industrie phare des technologies de l’information (TI), mais la fourchette est sensiblement la même.

Au demeurant, les salaires augmentent, pendant que les conditions de travail, elles, ne s’améliorent pas tout à fait à la même cadence. Dans le secteur des TI, notait un récent reportage de presse réalisé à Bangalore, on commence à peine à créer les conditions pour que les employées ne quittent pas systématiquement leur travail quand elles tombent enceintes.

À vrai dire, les chiffres de TeamLease, qui recoupent la plupart des autres évaluations qui circulent, sont intéressants dans la mesure où ils ne concernent, encore et toujours, qu’une microminorité de travailleurs, ceux qui, dans un contexte où les bonnes institutions d’enseignement sont privées, ont eu les moyens d’aller à l’école. Si d’ailleurs les salaires augmentent, analyse-t-on, c’est en partie parce qu’il y a pénurie de compétences.

Le boom des 20 dernières années n’a rien changé au fait que l’économie nationale est essentiellement un monde «informel» de travailleurs indépendants ou occasionnels, plus ou moins laissés à eux-mêmes.

Seulement 6 % des travailleurs indiens font partie de l’économie dite organisée (ou formelle). La majorité d’entre eux travaillent au sein de la fonction publique. Le nombre d’employés du secteur privé qui ont la chance de faire partie de cette bulle ne dépasse donc pas dix millions – sur une population active de plus de 450 millions de personnes.

Difficile enfin de ne pas mettre les chiffres de cette maison en parallèle avec ceux publiés à la mi-avril par la Banque mondiale (BM) au sujet de la pauvreté dans le monde. On considère qu’en 1981, la moitié des habitants des pays en développement vivaient dans la pauvreté extrême (avec moins de 1,25 $ par jour). Cette proportion, affirme la BM, avait chuté à 21 % en 2010 – en dépit d’un accroissement de 59 % de la population dans ces pays. Pour autant, 1,2 milliard de personnes vivent toujours dans une très grande misère. Le tiers d’entre elles sont en Inde – 400 millions d’Indiens.

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