Qui a peur du mot vagin?

Il y a dix ans, ce mois-ci, que Les Monologues du vagin, la pièce de théâtre de l’Américaine Eve Ensler, étaient présentés pour la première fois en Inde. L’actrice Mahabanoo Mody Kotwal et son fils Kaizaad Kotwal, parents de la version indienne de la pièce, ont raconté l’aventure dans un dossier – judicieusement intitulé «L’Automne du patriarcat» – paru en février dans la revue Tehelka au moment où se tenait un peu partout dans le monde l’événement One Billion Rising.

«Franchement, en 2003, quand la pièce a pris l’affiche au théâtre Prithvi, à Mumbai, on ne pensait jamais qu’on tiendrait même pendant dix spectacles, encore moins pendant dix ans, racontent-ils dans cet excellent texte. Au départ, on nous a fait peur en nous menaçant de poursuites. Beaucoup de comédiennes ont refusé de participer au spectacle, l’excuse la plus impayable qu’on nous ait faite ayant peut-être été: «Je ne peux pas prononcer le V-word. Qu’est-ce que je dirais à mon gourou?»

La pièce est toujours interdite dans certains endroits, comme dans la ville de Cochin, au Kerala, et au National Centre for Performing Arts de Mumbai (de la même manière, en fait, que certains théâtres en France n’ont pas voulu de la Jocaste reine de Nancy Huston parce qu’on y prononce le mot «clitoris»). Mais, dans l’ensemble, sa diffusion et l’accueil auprès du public n’ont jamais cessé de gagner du terrain. «Cette pièce, écrivent-ils, est encore plus menaçante pour le système et plus pertinente aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a dix ans.»

Plus pertinente en effet, ont relevé plusieurs médias, dans le contexte du meurtre par viol collectif de la jeune femme de 23 ans, commis à Delhi en décembre dernier. Le service indien de la BBC a fait un bon topo autour de ce dixième anniversaire la semaine dernière. Et Bharka Dutt, journaliste-vedette de NDTV, l’une des principales chaînes de télé d’informations en continu, a fait une longue entrevue depuis Mumbai, début janvier, avec Eve Ensler alors que se poursuivaient à Delhi les grandes manifestations contre la violence faite aux femmes. Entrevue dans laquelle Mme Ensler estimait sur une note optimiste que le ras-le-bol collectif exprimé face à cette agression abominable marquait le début de la fin de la loi du silence qui entoure le viol en Inde.

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