Alliance des profs: des classes pleines à craquer, des enseignants vidés

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Un autre défi à relever pour les commissions scolaires de l’île de Montréal est lié au manque de locaux. Malheureusement, agrandir les écoles ne se fait pas du jour au lendemain.
Photo: Getty Images/iStockphoto Un autre défi à relever pour les commissions scolaires de l’île de Montréal est lié au manque de locaux. Malheureusement, agrandir les écoles ne se fait pas du jour au lendemain.

Ce texte fait partie du cahier spécial Fête des travailleurs

Serafino Fabrizi, président du Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’Île, insiste : « À l’heure actuelle, la commission scolaire utilise tous les moyens à sa disposition pour aller chercher de nouveaux enseignants et garder ceux qui sont déjà en poste, mais partout, c’est la compétition ! »
 

Depuis plusieurs années déjà, on entend parler de la pénurie d’enseignants partout au Québec. Sur l’île de Montréal, le problème est criant pour de multiples raisons, allant de la composition de la classe — que d’aucuns considèrent comme trop difficile — jusqu’au trafic qui rend pénibles les déplacements en ville.
 

Mais selon Serafino Fabrizi, depuis quelque temps, la tâche d’un enseignant sur l’île s’est alourdie. Il n’est pas rare aujourd’hui de voir des professeurs ne travailler que quatre jours par semaine, soit 80 % d’une tâche complète. « Ça amène un besoin de personnel supplémentaire, ajoute-t-il. Le manque de ressources professionnelles ne fait rien pour améliorer la situation. On intègre de plus en plus dans les classes et s’il n’y a pas ces professionnels pour accueillir les élèves en difficulté, c’est très difficile pour l’enseignant et la classe ordinaire le devient de moins en moins. »
 

Autre défi à relever pour les commissions scolaires de l’île de Montréal, c’est le manque de locaux et malheureusement, agrandir les écoles ne se fait pas du jour au lendemain. Ce manque de locaux, dû en grande partie à une sous-estimation du nombre d’élèves de la part du ministère, s’accentue d’année en année. « Il faut des investissements massifs », demande le syndicaliste. Le résultat de la surpopulation scolaire affecte principalement les classes d’art et de musique dorénavant réquisitionnées pour de l’enseignement général. « Les profs sont alors obligés de se déplacer et ils ne proposent plus d’activités qui demandent beaucoup de matériel trop encombrant à déplacer. Les cours ne sont plus ce qu’ils devraient être », précise-t-il.
 

Pour pallier ce manque d’espace, Serafino Fabrizi propose un partage des locaux entre écoles voisines, qu’elles soient ou non de la même commission scolaire. Par exemple, on pourrait le faire avec les gymnases : il n’est pas rare de voir plusieurs groupes d’élèves assister au cours d’éducation physique dans le même gymnase en même temps. « Le niveau sonore augmente et le niveau d’exercice diminue ! » Et comme il est primordial que nos enfants « lâchent leur fou », on ne peut rogner sur le temps de récréation. Cependant, dans certaines écoles, les profs doivent, pour respecter les horaires, réduire le temps de récupération offert aux élèves afin que ces derniers puissent continuer à profiter de leur temps de récré : « C’est complètement contradictoire avec le plan de réussite », déplore M. Fabrizi.
 

La pénurie d’enseignants, c’est un peu la quadrature du cercle : les professeurs sont au bout du rouleau, il faut réduire leur tâche, mais il n’y a pas suffisamment de relève pour reprendre le flambeau. Conscient que tout ne pourra pas se faire du jour au lendemain, Serafino Fabrizi se dit quand même confiant. Selon lui, il est possible d’inverser la vapeur en rendant la tâche plus attrayante et on pourra ainsi, dans un premier temps du moins, retenir les enseignants.
 

En attendant les négociations prévues pour l’an prochain, des solutions pourraient déjà être mises en place : « On pourrait réaménager la tâche et permettre aux enseignants d’effectuer du travail personnel à la maison. » Et, insiste-t-il, l’éducation a besoin d’un investissement massif et « il faut le faire maintenant, parce que plus personne n’y arrive. Si on continue, ça va craquer de partout ».