Montréal veut réserver des voies pour le covoiturage

Devant l'accroissement du volume d'automobiles sur l'île, la Ville de Montréal veut convaincre les automobilistes montréalais et, surtout, ceux des banlieues de prendre le virage du covoiturage. Le plan de transport présentement sur les planches à dessin à l'hôtel de ville proposera d'aménager des voies réservées sur les différentes autoroutes qui drainent les autos sur l'île et quadrillent Montréal.

La Ville pousse l'idée d'accorder des privilèges aux autobus, aux taxis et au covoiturage sur les deux principales autoroutes qui traversent l'île, soit la 20 et la 40, ainsi que sur les différents axes qui permettent de franchir les ponts (13, 15, 19 et 138, qui emprunte le pont Mercier). Un tel projet doit cependant passer par Québec, qui est responsable du réseau routier supérieur.

«Le covoiturage a longtemps été un geste strictement individuel. On a des valeurs, on choisit le covoiturage; c'est comme apporter son sac de toile à l'épicerie. Si on veut que cela marche, il faut qu'il y ait des avantages consentis, que cela devienne un coupe-file», fait valoir le responsable des transports collectifs au comité exécutif, André Lavallée, en entrevue au Devoir.

De telles mesures sont d'autant plus dans l'air du temps que Montréal se trouve aux prises avec un flot croissant d'automobiles, et ce que cela entraîne de conséquences négatives, comme l'augmentation du nombre de journées de smog, des accidents de la route et de l'achalandage dans les quartiers résidentiels. Chaque jour, quelque 1,3 million de véhicules franchissent les ponts dans un sens ou dans l'autre. On recense pas moins de 450 000 déplacements effectués par une auto avec une seule personne à bord par jour dans le quadrilatère compris entre le fleuve, l'autoroute Décarie, la 25 et la 40.

Ces nombreux déplacements occasionnent des problèmes de circulation de plus en plus importants. On estime que la congestion routière s'est accrue de 15 % entre 1999 et 2001. La vitesse moyenne sur les autoroutes de l'île est quant à elle passée de 60 km/h à seulement 48 km/h au cours de la même période. Les embouteillages privent l'économie québécoise d'environ 779 millions par année, selon les calculs du ministère des Transports (MTQ).

«S'il y a trois personnes dans une automobile stationnée sur l'autoroute en train de refaire leur maquillage, on n'est pas plus avancés», illustre André Lavallée, qui compte faire du covoiturage une des mesures maîtresses du plan de transport qui devrait être lancé au printemps prochain. On y proposera également des mesures pour faciliter la vie des piétons, favoriser le cyclisme, développer les transports en commun et encadrer le transport routier.

Encore à l'état de projet, l'idée d'ouvrir des voies réservées au covoiturage reçoit un accueil très favorable dans l'ouest de l'île. «C'est unanime, lance le maire de Beaconsfield, Bob Benedetti. Les transports en commun ne sont pas formidables chez nous et il faut diminuer le nombre d'autos», fait-il valoir, en soulignant que la congestion est maintenant très sérieuse dans les deux sens, tout au long de la journée.

Étude de faisabilité

L'idée fait son chemin à Québec, qui est responsable du réseau autoroutier. Le MTQ enclenche d'ailleurs ces jours-ci une étude avec l'Agence métropolitaine de transports pour évaluer la faisabilité du projet. «Nous sommes en processus d'appel d'offres [pour sélectionner une firme]», explique le président de l'Agence métropolitaine de transports, Joël Gauthier. L'étude, qui devrait coûter environ 300 000 $, recensera les mesures mises en avant ailleurs dans le monde, notamment dans certains États américains qui connaissent des conditions climatiques semblables à celles du Québec, tels l'Illinois et le Minnesota.

Au-delà de cette recension, la firme sélectionnée étudiera la faisabilité technique du projet, tentera de déterminer quels tronçons se prêtent bien à des voies réservées ainsi que le potentiel d'utilisation. On analysera notamment la possibilité d'aménager des stationnements incitatifs pour les covoitureurs.

Déjà, on note à l'AMT qu'il pourrait être assez simple d'aménager des voies réservées sur la 40 dans l'ouest de l'île, où la chaussée a récemment été élargie. «À vue de nez, dans l'emprise de l'autoroute 15, il y a beaucoup de terrains résiduels du ministère des Transports qui pourraient être utilisés pour permettre l'ajout d'une voie réservée au transport collectif et au covoiturage», ajoute M. Gauthier.

L'ouverture éventuelle d'un terminus d'autobus à Sainte-Julie pourrait aussi servir de «tête de pont» pour l'aménagement d'une voie réservée sur l'autoroute 20, poursuit M. Gauthier.

Le président de l'AMT souligne que là où des voies réservées ont été ouvertes, elles ont réussi à modifier les comportements des automobilistes. Par exemple, sur l'autoroute 25 entre Terrebonne et Laval, une voie réservée est empruntée quotidiennement par 2800 véhicules, alors que seulement 250 véhicules l'utilisaient au moment de son ouverture en 2003.

Le réseau des voies réservées — dont certaines sont destinées seulement aux autobus — est en croissance: 55 km se sont ajoutés depuis 1996, pour un total d'environ 90 km.

Ce n'est pas nouveau qu'on évoque l'idée de favoriser le covoiturage. En 1993, on avait élaboré des scénarios concrets de voies réservées. Mais la solution n'a pas été mise en avant à grande échelle. En 1997, une tentative de voie réservée sur l'autoroute 13 avait d'ailleurs échoué lamentablement; on l'avait fermée après seulement 48 heures. «On a cheminé beaucoup depuis 1997. La sensibilisation du public aux effets de l'auto, notamment sur la qualité de l'air, est beaucoup plus grande. Dans la mesure où l'information se fait en amont, je suis confiant qu'il y aurait une bonne réceptivité», fait valoir le président de l'AMT, Joël Gauthier.

Également convaincu que les citoyens sont aujourd'hui plus soucieux de l'environnement, André Lavallée croit que le succès d'un tel projet dépend de la volonté politique et il entend s'atteler à convaincre le gouvernement du Québec. «Il ne faut pas être frileux», lance-t-il.
2 commentaires
  • Guillaume Girard - Inscrit 23 novembre 2006 08 h 50

    Le covoiturage a longtemps été un geste individuel...

    C'est quoi cette bêtise?

  • Aga Mar - Inscrite 24 février 2008 17 h 32

    Voyagez avec votre temps!

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