Les talibans appellent les citadins à se rendre pour éviter les combats urbains

Un agent des forces de sécurité afghanes inspecte le site de l'explosion d'une bombe à Kaboul, le mardi 13 juillet. Les talibans ont appelé les citadins afghans à se rendre pour éviter les combats dans les villes.
Photo: Rahmat Gul Associated Press Un agent des forces de sécurité afghanes inspecte le site de l'explosion d'une bombe à Kaboul, le mardi 13 juillet. Les talibans ont appelé les citadins afghans à se rendre pour éviter les combats dans les villes.

Les talibans ont appelé mardi les citadins afghans à se rendre pour éviter les combats dans les villes et mis en garde Ankara contre le maintien prévu de troupes turques après le départ des forces étrangères.

« Maintenant que les combats depuis les montagnes et les déserts ont atteint les portes des villes, les moudjahidines ne veulent pas de combats dans les villes. Il vaut mieux que nos compatriotes, les érudits et les oulémas utilisent tous les canaux pour entrer en contact » avec les talibans afin « de parvenir à un accord sensé pour éviter des dommages à leurs villes », a lancé un haut responsable des insurgés, Amir Khan Muttaqi.

Ancien ministre de l’Information et de la Culture de l’ancien régime taliban (1996-2001), Amir Khan Muttaqi dirige la « Commission d’invitation et de conseil » du mouvement taliban, à qui doivent s’adresser ceux — militaires, policiers, responsables gouvernementaux, fonctionnaires ou simples civils — qui veulent faire défection ou se rendre aux insurgés.

Les talibans « assurent tous les habitants […] que l’Afghanistan sera leur patrie à tous et que personne ne cherchera à se venger », poursuit-il dans un message audio relayé sur Twitter par Zabihullah Mujahid, un porte-parole du mouvement.

Après s’être emparés ces deux derniers mois de vastes portions rurales de territoire lors d’une offensive lancée au commencement, début mai, du retrait définitif des forces étrangères du pays, les talibans encerclent plusieurs capitales provinciales.

Désormais privée du crucial soutien aérien américain, l’armée afghane n’a offert que peu de résistance et ne contrôle plus essentiellement que les grandes villes et les axes majeurs.

Cet appel des talibans rappelle la stratégie utilisée durant leur conquête du pouvoir au milieu des années 1990 : assiéger les localités et contraindre les chefs traditionnels à négocier une reddition.

Plusieurs districts de provinces voisines de Kaboul sont récemment tombés aux mains des talibans, faisant craindre qu’ils n’attaquent prochainement la capitale ou son aéroport, seule voie de sortie des ressortissants étrangers de la ville.

Avertissement à la Turquie

Mardi, les talibans ont fermement averti la Turquie contre le maintien annoncé de ses troupes en Afghanistan, pour protéger l’aéroport de Kaboul après la fin du retrait des forces étrangères, prévu d’ici fin août.

« La décision des dirigeants turcs n’est pas judicieuse, c’est une violation de notre souveraineté et de notre intégrité territoriale », ont estimé les talibans dans un communiqué, quelques jours après l’annonce par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qu’Ankara et Washington étaient d’accord sur les « modalités » d’une future prise en charge de l’aéroport de la capitale afghane par les forces turques après le retrait américain.

« Nous considérons le maintien de forces étrangères dans notre patrie, par quelque pays que ce soit et quel que soit le prétexte, comme de l’occupation et les envahisseurs seront traités comme tels », ont averti les insurgés.

« Si les autorités turques ne reconsidèrent pas leur décision de continuer à occuper notre pays », les talibans « leur résisteront, comme ils ont résisté à 20 ans d’occupation » étrangère, ont-ils prévenu.

Ces dernières années, les talibans ont attaqué des villes importantes sans pouvoir en prendre durablement le contrôle. Ils se sont brièvement emparés à deux reprises — en 2015 et 2016 — de la ville septentrionale de Kunduz, et en 2018 de celle stratégique de Ghazni, à 150 km au sud-ouest de Kaboul, avant d’en être finalement chassés.

En juillet, ils ont attaqué, pour la première fois depuis le début de leur actuelle offensive, une capitale provinciale, Qala-i-Naw (Nord-Ouest). Mardi, le ministère afghan de la Défense a annoncé que les forces afghanes avaient totalement nettoyé la ville, capitale de la province de Badghis, après plusieurs jours de combats.

Mais les insurgés se sont aussi emparés de deux districts dans la province de Bamyan (Centre), après un « retrait tactique » des forces afghanes, a indiqué mardi à l’AFP un membre du conseil provincial, Mohammad Hassan Assadi.

La province est peuplée par la minorité chiite hazara, victime d’exactions massives de la part des talibans sunnites durant leur règne et qui leur est farouchement opposée. Depuis la chute de leur régime, les talibans n’avaient pas réussi à entrer dans cette province où ils avaient dynamité en mars 2001 des statues de bouddhas géants, déclenchant une condamnation mondiale.

Afghanistan : maintien de l’aide du Canada malgré le départ des États-Unis le 31 août

La ministre fédérale du Développement international, Karina Gould, assure que le gouvernement du Canada continuera de fournir à l’Afghanistan de l’aide humanitaire et des ressources pour le développement après le départ des militaires des États-Unis le mois prochain. La semaine dernière, le président américain, Joe Biden, a confirmé que l’opération militaire de son pays prendra fin le 31 août, près de 20 ans après que les États-Unis et leurs alliés ont chassé du pouvoir le régime des talibans à Kaboul. Le président Biden a toutefois reconnu qu’après le départ de ses militaires, le gouvernement afghan ne contrôlera probablement pas l’ensemble du territoire du pays. Il a exhorté le gouvernement et les talibans à conclure un accord de paix. La ministre Gould assure que le Canada est en constante évaluation de la situation en Afghanistan et qu’il demeure en dialogue avec ses partenaires, y compris les organisations non gouvernementales (ONG) et les agences des Nations unies (ONU), afin que l’aide humanitaire soit distribuée à la population. En Afghanistan, environ 50 % de la population compte sur une telle aide pour se procurer des biens essentiels. Vendredi dernier, les talibans ont affirmé qu’ils contrôlaient 85 % du territoire afghan, une affirmation qui laisse la ministre Gould perplexe. Les talibans ont promis de ne pas attaquer les capitales provinciales ou d’en prendre le contrôle par la force, affirmant qu’ils préféraient trouver une solution politique avec le gouvernement afghan. Une porte-parole d’Affaires mondiales Canada, Grantly Franklin, affirme que le gouvernement du Canada souhaite un cessez-le-feu permanent en Afghanistan afin d’apaiser les souffrances du peuple qui durent depuis des décennies et d’être en mesure de distribuer convenablement l’aide humanitaire. Selon des données du gouvernement fédéral, environ 40 000 Canadiens ont servi en Afghanistan entre 2001 et 2014. Depuis 2001, le Canada a consacré 3,6 milliards de dollars en aide à l’Afghanistan.



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