Devant l’avancée des talibans, l’inquiétude croît en Afghanistan

Au moins la moitié des quelque 39 millions d’Afghans ont actuellement besoin d’assistance, a estimé le représentant spécial adjoint des Nations unies en Afghanistan, Ramiz Alakbarov.
Photo: Javed Tanveer Agence France-Presse Au moins la moitié des quelque 39 millions d’Afghans ont actuellement besoin d’assistance, a estimé le représentant spécial adjoint des Nations unies en Afghanistan, Ramiz Alakbarov.

Un système de défense capable d’intercepter roquettes et missiles a été déployé à l’aéroport de Kaboul, voie de sortie des ressortissants étrangers d’Afghanistan, nouveau signe d’inquiétude devant l’avancée inexorable des talibans, que traduit également l’évacuation par l’Inde du personnel indien d’un consulat.

Les talibans se sont emparés ces deux derniers mois de larges portions de territoire, lors d’une offensive tous azimuts lancée début mai à la faveur du début du retrait définitif des troupes étrangères d’Afghanistan. Privées du crucial soutien aérien américain, les forces afghanes n’ont offert qu’une faible résistance et ne contrôlent plus essentiellement que les axes principaux et les capitales provinciales, dont plusieurs sont encerclées par les insurgés.

Plusieurs districts de provinces voisines de Kaboul sont tombés aux mains des talibans, faisant craindre qu’ils n’attaquent prochainement la capitale ou son aéroport.

« Le système de défense aérienne nouvellement installé est opérationnel à Kaboul depuis 2 h ce dimanche matin », a indiqué le ministère afghan de l’Intérieur, sans autres détails sur ce système qui « s’est avéré utile à travers le monde pour repousser les attaques de missiles et de roquettes ». Son porte-parole, Tariq Arian, a simplement précisé à l’AFP qu’il avait été installé sur l’aéroport de Kaboul pour protéger les installations aéroportuaires.

Ce système de défense « nous a été donné par nos amis étrangers » qui pour l’heure « le font fonctionner pendant que nous acquérons les connaissances pour l’utiliser », a déclaré Ajmal Omar Shinwari, porte-parole des forces afghanes de sécurité, sans nommer le pays concerné.

Au cours de ses vingt ans de présence en Afghanistan, l’armée américaine a déployé sur ses bases plusieurs systèmes C-RAM (contre-roquettes, artillerie et mortiers), capables de détecter et de détruire les projectiles les visant, ainsi que de donner l’alerte. Ce type de système était notamment déployé sur l’immense base de Bagram, à 50 km au nord de Kaboul, restituée début juillet aux forces afghanes.

Diplomates évacués

Les talibans ont déjà utilisé des roquettes et des mortiers contre les forces gouvernementales ou étrangères et leurs rivaux du groupe État islamique (EI) ont mené une attaque de ce type contre Kaboul en 2020.

« Les talibans n’ont pas de moyens structurés, mais ont démontré qu’ils pouvaient tirer des roquettes modifiées depuis des véhicules et créer la panique, particulièrement s’ils visent un aéroport », a expliqué une source sécuritaire étrangère.

La Turquie s’est engagée à assurer la sécurité de l’aéroport de Kaboul quand les troupes américaines et de l’OTAN auront quitté le pays d’ici le 31 août. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a indiqué vendredi qu’Ankara et Washington s’étaient mis d’accord sur les « modalités ».

Inquiète des combats proches de Kandahar, l’Inde a annoncé avoir évacué le personnel indien de son consulat dans la grande ville du sud de l’Afghanistan. La province de Kandahar, berceau et bastion historique des talibans, a été le théâtre d’intenses combats récemment. Les insurgés se sont emparés début juillet du district clé de Panjwai, à une quinzaine de kilomètres de la ville de Kandahar et vendredi, ils ont attaqué une prison des faubourgs de la capitale provinciale avant d’être repoussés. Selon une source sécuritaire à Kaboul, une cinquantaine d’employés indiens du consulat, dont six diplomates, ont été évacués, mais leur destination — Kaboul ou New Delhi — n’était pas connue.

En raison des combats dans le nord de l’Afghanistan, la Russie a récemment fermé son consulat à Mazar-i-Sharif, capitale de la province de Balkh et un des principaux centres urbains afghans, proche de la frontière avec l’Ouzbékistan. Pékin a conseillé à ses ressortissants de quitter le pays et a évacué 210 d’entre eux début juillet.

Dimanche, le porte-parole des forces afghanes de sécurité a tenté de se faire rassurant, démentant que les talibans contrôlent 85 % du territoire afghan, comme ils l’affirment, une assertion impossible à vérifier de façon indépendante. « Ce n’est pas vrai. Les combats se poursuivent dans la plupart des zones » que les talibans disent contrôler, a affirmé M. Shinwari tout en appelant les jeunes à rejoindre l’armée, indiquant que « le gouvernement avait facilité le processus de recrutement ». Une déclaration qui intervient sur fond de mobilisation de milices par le gouvernement et les chefs de guerre antitalibans, suscitant la crainte d’une nouvelle guerre civile.

Interrogé samedi par l’AFP, Mansoor Ahmad Khan, ambassadeur à Kaboul du Pakistan, pays longtemps accusé de soutenir les talibans, a mis en garde contre le déploiement de ces milices, susceptible selon lui d’aggraver la situation en Afghanistan et de donner de l’espace à al-Qaïda ou au groupe EI. 

L’Afghanistan appelle l’Europe à cesser d’expulser des migrants afghans

L’Afghanistan a appelé les pays européens à cesser d’expulser des migrants afghans durant les trois prochains mois, en raison de l’intensification des combats dans le pays, sur fond d’offensive tous azimuts des insurgés talibans.

« Les pays hôtes doivent s’abstenir d’expulser de force les réfugiés afghans à compter du 9 juillet pour les trois prochains mois », selon le ministère afghan des Réfugiés et du Rapatriement dans un communiqué, qui n’a pas fourni de chiffres sur le nombre d’Afghans récemment rentrés d’Europe. Le ministère annonce également que le gouvernement afghan n’acceptera plus les « retours forcés » de migrants de pays de l’Union européenne (UE) ou de pays européens hors UE avec lesquels Kaboul a conclu des accords de coopération en matière de migration.

Les Afghans constituaient en 2020 10,6 % des demandeurs d’asile dans l’Union européenne, le deuxième contingent derrière les Syriens (15,2 %), selon l’agence statistique de l’UE Eurostat. L’ONU a enregistré près de 2,5 millions de réfugiés afghans dans le monde en 2018, la plupart installés au Pakistan, la deuxième population réfugiée en importance au monde.



À voir en vidéo