Des centaines de commandos pour contrer les talibans

Le pays traverse «l’une des étapes les plus compliquées de la transition», alors que le départ des troupes étrangères touche bientôt à sa fin et que les combats font rage, a affirmé jeudi le président afghan, Ashraf Ghani.
Photo: Zakeria Hashimi Agence France-Presse Le pays traverse «l’une des étapes les plus compliquées de la transition», alors que le départ des troupes étrangères touche bientôt à sa fin et que les combats font rage, a affirmé jeudi le président afghan, Ashraf Ghani.

Des combats entre talibans et forces afghanes faisaient rage jeudi pour le deuxième jour consécutif à Qala-i-Naw et d’épais nuages de fumée noire s’élevaient au-dessus de cette capitale provinciale du nord-ouest de l’Afghanistan.

Le gouvernement a envoyé par hélicoptère des centaines de commandos dans la province de Badghis pour contrer cette offensive talibane, la première contre une capitale provinciale depuis le début de la dernière phase du retrait des troupes américaines.

« Les talibans sont toujours dans la ville. […] On peut les voir passer et repasser sur leurs motos », a déclaré à l’AFP Aziz Tawakoli, un habitant de Qala-i-Naw, précisant que presque la moitié des résidents ont fui.

Selon Abdul Latif Rostaee, directeur de la santé de la province de Badghis, au moins dix civils blessés ont été amenés à l’hôpital de la ville depuis jeudi matin.

Le pays traverse « l’une des étapes les plus compliquées de la transition », alors que le départ des troupes étrangères touche bientôt à sa fin et que les combats font rage, a affirmé jeudi le président afghan, Ashraf Ghani. « Les forces internationales repartent dans leurs pays respectifs après 20 ans ici, mais le pays peut être contrôlé », a-t-il assuré dans un discours, confiant dans la capacité de son gouvernement à gérer la crise.

Retrait militaire

À Londres, le premier ministre Boris Johnson a annoncé que la plupart des soldats britanniques avaient désormais quitté l’Afghanistan dans le cadre du retrait des forces de l’OTAN, qui s’effectue en parallèle à celui des Américains.

Le président américain, Joe Biden, s’est aussi exprimé sur ce retrait jeudi. « Notre mission militaire en Afghanistan s’achèvera le 31 août », a-t-il annoncé lors d’un discours livré depuis la Maison-Blanche, alors que la date-butoir était d’abord fixée au 11 septembre.

Mercredi, quelques heures seulement après que l’armée américaine a annoncé avoir achevé « à plus de 90 % » son retrait d’Afghanistan, les talibans, qui se sont emparés depuis mai de vastes portions rurales du territoire et rapprochés de plusieurs grandes villes, sont entrés dans Qala-i-Naw, une ville d’environ 75 000 habitants.

« Les talibans ont repris leurs attaques dans plusieurs parties de la ville », a indiqué à l’AFP Hessamuddin Shams, gouverneur de la province de Badghis, assurant cependant que « l’ennemi est en train d’être repoussé et s’enfuit ». Les forces afghanes ont lancé une contre-offensive pour reprendre la ville.

Sur Twitter, le porte-parole du ministère de la Défense, Fawad Aman, a déclaré que « de nouveaux commandos sont arrivés à Badghis la nuit dernière et vont lancer une opération de grande envergure ».

Zia Gul Habibi, un membre du conseil provincial de Badghis, a fait état de combats « sporadiques » dans la ville. « Certains membres des forces de sécurité qui ont rejoint les talibans les aident et les guident », a-t-il déploré.

Avancée inexorable

Selon un responsable sécuritaire, l’offensive a également « affecté les provinces voisines » dont celle d’Herat, frontalière de l’Iran, où un district frontalier de Badghis est tombé aux mains des insurgés dans la nuit. « Cela a semé un petit peu la peur partout », a continué cette source sous couvert d’anonymat.

Selon des responsables locaux et les insurgés, deux districts d’Herat en tout ont été pris dans la nuit.

Ross Wilson, le chargé d’affaires américain, a critiqué l’offensive de Badghis qui selon lui « viole les droits de la personne ». Selon Human Rights Watch, les talibans ont expulsé des personnes de leur domicile et ont pillé ou incendié certaines habitations.

Pendant ce temps, le retrait des troupes de Washington continue tambour battant, malgré l’avancée inexorable des talibans face à des troupes afghanes désormais privées du crucial appui aérien américain.

Les forces étrangères ont été évacuées de nombreuses bases, y compris la semaine dernière, de la base aérienne de Bagram, au nord de Kaboul. Il s’agissait de la plus importante installation militaire de la coalition en Afghanistan et du centre névralgique de ses opérations sur place depuis l’entrée des troupes américaines dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

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