Les forces afghanes lancent une contre-offensive dans le nord

Des centaines de soldats et de miliciens qui soutiennent le gouvernement ont été appelés en renfort dans les provinces du Takhar et du  Badakhshan, où les talibans se sont emparés en peu de temps de larges pans de territoires, parfois sans même combattre.
Javed Tanveer Agence France-Presse Des centaines de soldats et de miliciens qui soutiennent le gouvernement ont été appelés en renfort dans les provinces du Takhar et du Badakhshan, où les talibans se sont emparés en peu de temps de larges pans de territoires, parfois sans même combattre.

Les autorités afghanes ont déployé mardi des centaines de soldats et de miliciens pro-gouvernementaux pour contrecarrer une vaste offensive des talibans dans le Nord, qui avait contraint la veille un millier de militaires afghans à se mettre à l’abri au Tadjikistan.

Les combats font rage dans plusieurs provinces afghanes, mais les insurgés ont surtout porté leurs efforts sur le nord du pays, où ils se sont emparés de plusieurs dizaines de districts depuis que les États-Unis et l’OTAN ont commencé en mai le retrait final de leurs troupes.

Face à la progression inquiétante des talibans dans le Nord, loin de leurs bastions traditionnels du Sud, le gouvernement ne pouvait rester sans réagir. Il a donc envoyé des forces sur place pour préparer une contre-offensive. « Nous avons l’intention de lancer une grande offensive pour reprendre les territoires perdus face à l’ennemi », a déclaré à l’AFP Fawad Aman, un porte-parole du ministère de la Défense. « Nos forces sont en train d’être organisées sur le terrain pour cette opération. »

Des centaines de soldats et de miliciens pro-gouvernementaux ont été mobilisés dans les provinces septentrionales du Takhar et du Badakhshan, où les talibans se sont emparés en peu de temps de larges pans de territoires, parfois sans même combattre.

Ces deux provinces faisaient partie des fiefs des forces de l’Alliance du Nord, opposées durant les années 1990 au régime taliban qui n’avait jamais pu alors s’en emparer. La vitesse et la facilité avec laquelle les insurgés ont cette fois-ci pris ces provinces sont un coup psychologique très dur porté aux autorités afghanes.

Plus de soutien aérien

Les responsables militaires afghans ont admis avoir failli à protéger de l’assaut des talibans certains districts ruraux isolés, mais promis de concentrer leurs efforts sur la sécurité des grandes agglomérations, des principales routes et des villes frontalières.

La semaine dernière, les forces américaines et de l’OTAN ont quitté la base aérienne de Bagram, la plus grande d’Afghanistan, à 50 km au nord de Kaboul. L’endroit a été le centre névralgique de leurs opérations depuis le début de leur intervention militaire, déclenchée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

Ce départ de Bagram, une des étapes finales de leur retrait définitif après 20 ans de guerre, a eu pour effet de limiter le soutien aérien vital apporté jusqu’ici par les États-Unis à l’armée afghane, laissant craindre que celle-ci, de plus en plus démoralisée, ne soit pas en mesure de s’opposer à l’avancée des insurgés.

Le conseiller national afghan pour la Sécurité, Hamdullah Mohib, a admis mardi que l’absence de soutien aérien avait contraint l’armée à se retirer de certains postes isolés. « Mais ce processus est sous contrôle, les forces de sécurité afghanes et l’armée de l’air afghane se sont réorganisées », a-t-il affirmé.

Lundi, un millier de soldats afghans ont dû trouver abri au Tadjikistan après d’intenses combats avec les talibans. Plusieurs centaines d’autres avaient déjà fait de même ces dernières semaines.

« Nous avons dû abandonner notre base parce qu’il n’y avait pas de coordination parmi nos commandants pour contrer l’attaque et que cela ne les intéressait pas », a déclaré Mohammad Musa, un soldat qui s’est réfugié la semaine passée au Tadjikistan, après la chute de sa base près de Kunduz.

Guerre de propagande

Les talibans tiennent déjà depuis fin juin le principal poste-frontière avec le Tadjikistan et les autres voies de passage vers ce pays, ainsi que les districts qui conduisent à Kunduz, capitale de la province du même nom, située à une cinquantaine de kilomètres de la frontière tadjike.

Devant la situation, le président tadjik, Emomali Rakhmon, a ordonné lundi la « mobilisation de 20 000 réservistes pour renforcer la frontière ».

Les combats dans le Nord ont aussi incité la Russie à fermer son consulat dans la ville de Mazar-i-Sharif, capitale de la province de Balkh et l’un des principaux centres urbains afghans, près de la frontière avec l’Ouzbékistan.

« La situation évolue rapidement. Les forces afghanes […] ont abandonné trop de districts. Logiquement, cela provoque de la nervosité », a déclaré lundi Zamir Kabulov, l’envoyé spécial pour l’Afghanistan du président russe, Vladimir Poutine, à l’agence de presse publique Tass.

Les talibans ont également pris le contrôle dimanche du district clé de Panjwai, dans leur ancien bastion de la province méridionale de Kandahar. Mardi, ils ont affirmé s’être emparés d’un autre district dans la province voisine de Nimroz.

Le gouvernement et les talibans sont aussi engagés dans une guerre de propagande sur les réseaux sociaux. Le premier a publié des vidéos de frappes aériennes anéantissant les positions des talibans et se vante de leur infliger de lourdes pertes. Des sites pro-insurgés, eux, mettent régulièrement à jour le nombre de districts tombés et publient des vidéos des soldats rendant les armes.

Le retrait de l’armée américaine se poursuit

L’armée américaine a annoncé mardi avoir effectué à « plus de 90 % » son retrait d’Afghanistan entamé en mai, qui se poursuit à un rythme rapide près de vingt ans après le début de son intervention militaire, déclenchée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

Le président américain, Joe Biden, avait annoncé en avril vouloir achever ce retrait d’ici le 11 septembre, date du 20e anniversaire de ces attentats.

Vendredi, la Maison-Blanche avait annoncé que les derniers soldats américains auraient finalement quitté le territoire afghan avant cette date butoir, d’ici « fin août ».

« Le processus de retrait se poursuit. Le commandement central américain estime que nous avons achevé plus de 90 % du processus complet de retrait », a indiqué l’armée américaine dans
un communiqué.

Ses forces ont déjà officiellement rendu le contrôle de sept anciennes bases américaines aux forces afghanes et rapatrié du matériel pour un volume équivalant aux cargaisons de 984 avions C-17.

Le départ des troupes américaines de Bagram, l’une des ultimes étapes avant leur départ définitif du pays d’ici la fin août, a toutefois laissé un vide en matière de sécurité que l’armée afghane peine à remplir.

 

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