Naftali Bennett devient premier ministre d’Israël, Nétanyahou écarté

Lors de son dernier discours de premier ministre devant la Knesset, Benjamin Nétanyahou (au premier plan), qui a dirigé le pays durant 12 ans, avait assuré qu’il reviendrait «bientôt» au pouvoir, récupéré à présent par son ancien allié, Naftali Bennett (au second plan).
Photo: Ariel Schalit Associated Press Lors de son dernier discours de premier ministre devant la Knesset, Benjamin Nétanyahou (au premier plan), qui a dirigé le pays durant 12 ans, avait assuré qu’il reviendrait «bientôt» au pouvoir, récupéré à présent par son ancien allié, Naftali Bennett (au second plan).

Une nouvelle page de l’histoire d’Israël s’est tournée dimanche avec la fin de 12 ans de règne ininterrompu du premier ministre Benjamin Nétanyahou, écarté par un vote de confiance du Parlement à une coalition hétéroclite menée par son ancien allié Naftali Bennett.

Ce changement à la tête du gouvernement est entré en vigueur dès la fin du vote historique : 60 députés ont voté pour la nouvelle coalition, qui va de la droite à la gauche, en passant par l’appui d’un parti arabe, et 59, principalement du parti Likoud de M. Nétanyahou, de l’extrême droite et des partis ultra-orthodoxes, s’y sont opposés.

L’ex-premier ministre, visage fermé, a serré la main de son successeur, avant de quitter précipitamment le Parlement, tandis que les nouveaux membres du gouvernement, certains émus aux larmes, prêtaient serment.

Premier chef d’État à réagir, Joe Biden, le président des États-Unis, le plus proche allié d’Israël, a immédiatement félicité M. Bennett dans un communiqué, disant avoir « hâte de travailler » avec lui. « Dans l’attente de renforcer le partenariat UE-Israël pour une prospérité commune et vers une paix et une stabilité régionale durable », a gazouillé le président du Conseil européen, Charles Michel, tandis que la chancelière allemande, Angela Merkel, a dit souhaiter coopérer « étroitement » avec le nouveau gouvernement.

Ce gouvernement commence son travail sous la plus grave des menaces sécuritaires

Dès l’annonce du résultat, une foule d’Israéliens ont célébré le départ du pouvoir de M. Nétanyahou à Jérusalem, aux abords de la Knesset, mais aussi par milliers sur l’emblématique place Rabin de Tel-Aviv, drapeaux israéliens au vent. Sur cette même place, où l’ancien premier ministre travailliste Yitzhak Rabin a été assassiné en 1995 par un extrémiste juif, un canon a envoyé de la mousse sur une foule noyée sous une nuée de drapeaux israéliens.

Pour Chen Nevo, qui travaille dans le marketing, le départ de Benjamin Nétanyahou est vécu comme un moment « historique ». « Je suis un peu sous le choc », confesse celle qui est venue sur la place Rabin avec ses enfants en bas âge, malgré l’heure tardive. « Ils sont censés dormir, mais nous avons attendu ce moment si longtemps ! » « Ce premier ministre est resté là trop longtemps, il a essayé de changer le système en sa faveur et d’échapper à certains crimes, alors aujourd’hui c’est la fête à Tel-Aviv », a dit un serveur dans un bar, Jorel Franganti, 24 ans.

Mais dans les célébrations des habitants de Tel-Aviv, ville où est concentrée la jeunesse libérale et de gauche du pays, pointe déjà aussi la crainte d’un lendemain qui déchante. Le nouveau premier ministre, Naftali Bennett, est le héraut de la droite radicale, proche des religieux et des colons, et le nouveau gouvernement, qui inclut deux partis de gauche, met en bonne place des partis de droite. « C’est un gouvernement étrange, mais je crois en ces gens, ils veulent rassembler Israël », estime Mme Nevo. « Je ne sais pas si ça durera, mais c’est un changement, et nous en avions besoin », dit-elle alors que résonne la chanson Imagine de John Lennon en hébreu et en anglais.

Un retour possible ?

Quelques heures avant, lors de son dernier discours de premier ministre devant la Knesset, Benjamin Nétanyahou, qui a dirigé le pays de 1996 à 1999 puis de 2009 à ce 13 juin 2021, avait assuré qu’il reviendrait « bientôt ».

Signe des difficultés qui attendent la nouvelle coalition, Naftali Bennett a eu du mal à prendre la parole au Parlement, noyé sous les huées de ses opposants. « Je comprends que ce ne soit pas un jour facile pour beaucoup aujourd’hui, mais ce n’est pas un jour de deuil, c’est un jour de changement, de changement de régime dans une démocratie », avait dit M. Bennett dans son discours de présentation au Parlement, se voulant rassurant.

Aux dernières législatives de mars, le Likoud avait terminé en position de tête, mais M. Nétanyahou n’avait pas réussi à rallier une majorité de 61 députés nécessaire pour former un gouvernement. Devant l’impasse, le président, Reuven Rivlin, avait confié cette tâche au chef de l’opposition, Yaïr Lapid.

Et ce dernier a réussi in extremis début juin à réunir une majorité en formant une coalition réunissant deux partis de gauche, deux du centre, trois de droite et — fait rarissime — la formation arabe Raam de Mansour Abbas.

Le soutien de Mansour Abbas et de Naftali Bennett a été essentiel pour atteindre le seuil de la majorité. Et pour s’assurer du soutien de M. Bennett, Yaïr Lapid lui a proposé d’être d’abord le premier ministre pour deux ans, avant d’enfiler lui-même en août 2023 le costume de chef de gouvernement. Si, bien sûr, cette coalition hétéroclite fragile parvient à rester au pouvoir jusque-là.

Benjamin Nétanyahou a averti, lui, qu’il contrerait le gouvernement dans l’espoir de revenir au pouvoir malgré ses 71 ans et son procès pour corruption, malversation et abus de pouvoir dans une série d’affaires.

« Menaces sécuritaires »

À son dernier jour au pouvoir, défendant une décennie qui a façonné Israël, Benjamin Nétanyahou a évoqué son bilan avec fougue à la Knesset : la « normalisation » avec plusieurs pays arabes, le développement de l’économie israélienne à l’international et sa ligne dure sur l’Iran, considérant comme l’une des plus importantes réalisations de son mandat l’opération secrète sur des archives iraniennes, menée en 2018 par les services secrets.

En présentant au Parlement les grandes lignes de son gouvernement, Naftali Bennett a affirmé que sa coalition ne laisserait pas « l’Iran se doter de l’arme nucléaire ». « Ce gouvernement commence son travail sous la plus grave des menaces sécuritaires », a-t-il dit à propos de l’Iran, assurant que son pays se « réserverait une liberté totale d’action » contre son ennemi juré qui se défend de chercher à obtenir l’arme atomique.

Outre le dossier iranien, ce gouvernement uni par sa seule volonté de faire chuter M. Nétanyahou, devra trouver un terrain d’entente sur la relance économique post-pandémie, et éviter des sujets sensibles comme la question palestinienne.

Dès son entrée en fonction, il sera confronté à des défis comme la marche prévue mardi de l’extrême droite israélienne à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël.

Le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir dans l’enclave palestinienne de Gaza sous blocus israélien, a déjà menacé de représailles si cette marche se tenait près de l’esplanade des Mosquées. Dimanche il a indiqué que le nouveau gouvernement ne « change rien » à ses relations avec Israël. En mai, le Hamas avait formulé une menace similaire avant de lancer des roquettes sur Israël, ce qui avait mené à une guerre de 11 jours entre les deux protagonistes.

 

Trudeau «impatient» de travailler avec Bennett

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a adressé dimanche ses félicitations au nouveau chef du gouvernement israélien, Naftali Bennett, se déclarant « impatient » de travailler avec lui ainsi qu’avec le vice-premier ministre, Yaïr Lapid. « Le Canada et Israël sont de proches amis, unis par des valeurs démocratiques communes, une longue tradition de coopération et des liens dynamiques entre leurs populations », a souligné M. Trudeau dans une déclaration rendue publique par ses services.

Le premier ministre a rappelé qu’Ottawa « demeure fermement engagé en faveur d’une solution à deux États permettant aux Israéliens et aux Palestiniens de vivre dans la paix, la sécurité et la dignité, sans crainte et dans le respect des droits de la personne ».

Il a également « remercié » le premier ministre Benjamin Nétanyahou, qui était au pouvoir depuis 12 ans, « pour son précieux partenariat au fil des ans, durant une période où le Canada et Israël ont accompli de grandes choses ensemble ».

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