Trêve fragile entre le Hamas et Israël après un cessez-le-feu

La trêve n’a pas empêché l’éclatement de nouveaux affrontements entre fidèles palestiniens et policiers israéliens sur l’esplanade des Mosquées.
Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse La trêve n’a pas empêché l’éclatement de nouveaux affrontements entre fidèles palestiniens et policiers israéliens sur l’esplanade des Mosquées.

Les armes se sont tues à Gaza et en Israël quelques heures après l’entrée en vigueur, vendredi, d’un cessez-le-feu qui a mis fin à onze jours d’un conflit sanglant entre l’armée israélienne et le mouvement islamiste palestinien Hamas, le quatrième depuis 2008.

Cependant, preuve d’une situation toujours très volatile, de nouveaux affrontements ont éclaté entre fidèles palestiniens et policiers israéliens sur l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam, à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël, faisant une vingtaine de blessés parmi les Palestiniens. Un photographe de l’AFP a été battu par la police.

Des accrochages similaires, il y a environ deux semaines, avaient été l’élément déclencheur de la flambée de violences entre l’armée israélienne et le Hamas, qui ont fait 243 morts palestiniens, dont 66 enfants et des combattants, selon les autorités à Gaza, et 12 morts en Israël, y compris un enfant, une adolescente et un soldat, d’après la police.

Des heurts ont également eu lieu vendredi dans plusieurs quartiers de Jérusalem-Est et au point de passage de Qalandiya, entre Jérusalem et la Cisjordanie occupée, a indiqué la police, précisant que plusieurs centaines de policiers et de gardes-frontières étaient mobilisés.

Malgré la trêve, les regards restent tournés vers la Cisjordanie occupée, où les affrontements entre Palestiniens et forces israéliennes ont fait plus de 25 morts palestiniens — dont quatre adolescents — en 11 jours, pire bilan depuis des années dans le territoire. Des centaines de Palestiniens ont d’ailleurs manifesté dans plusieurs villes après la prière du vendredi, lors de rassemblements émaillés de heurts avec les forces de l’ordre israéliennes. Des dizaines de Palestiniens ont été blessés, selon le Croissant-Rouge.

« Nous avons atteint les objectifs, c’est un succès exceptionnel », a affirmé le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, en commentant l’offensive militaire israélienne contre le territoire palestinien contrôlé par le Hamas depuis 2007 et où vivent quelque deux millions de Palestiniens. « Plus de 200 terroristes, dont 25 gradés » ont été tués pendant l’offensive, a affirmé M. Nétanyahou.

Le chef du bureau politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a quant à lui salué une « victoire stratégique » pour son mouvement : « Nous avons porté un coup sévère et douloureux qui laissera des marques profondes sur l’entité [israélienne]. » Il a par ailleurs remercié l’Égypte, qui a agi comme médiateur, le Qatar « pour son rôle politique et diplomatique », les Nations unies et enfin l’Iran, « qui a fourni des financements et des armes au mouvement ».

Efforts diplomatiques

La trêve est entrée en vigueur à 2 h (19 h jeudi à Montréal) à la suite d’intenses efforts diplomatiques de la part des États-Unis et de l’Égypte, principalement. Le président américain Joe Bien a affirmé vendredi que la solution à deux États était « la seule réponse » possible au conflit israélo-palestinien, lors d’une conférence de presse à Washington à l’occasion de la visite du président sud-coréen. « Nous avons toujours besoin d’une solution à deux États. C’est la seule solution » , a assuré Joe Biden à la Maison-Blanche, tout en appelant la communauté internationale à aider à « reconstruire Gaza » .

À l’annonce du cessez-le-feu, des milliers de Palestiniens ont célébré dans la nuit à Gaza, de même qu’en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est. « C’est l’euphorie de la victoire », a lancé devant les manifestants Khalil al-Hayya, un ténor du Hamas, dans l’enclave soumise à un blocus israélien depuis près de 15 ans.

Profitant de l’arrêt des bombardements, les habitants sont sortis inspecter les dégâts à Gaza, où de nombreuses habitations ont été dévastées et des tours aplaties par les frappes israéliennes. « C’était une véritable guerre, terrifiante pendant 11 jours. Ni nous ni les enfants n’avons pu dormir à cause des bombardements. Nous sommes très heureux après ce cessez-le-feu », a dit Mohammad Abou Odeh, un Palestinien dans la bande de Gaza. Les secouristes recherchent toujours dans les décombres des survivants après avoir retiré cinq dépouilles ainsi qu’une dizaine de survivants dans des tunnels bombardés par l’armée israélienne.

En quête d’une solution politique

Le président américain, Joe Biden, a exprimé sa « sincère reconnaissance » à l’Égypte, qui a conclu de précédents accords de trêve avec les deux protagonistes. Deux délégations égyptiennes sont arrivées en Israël et dans les Territoires palestiniens « pour surveiller » le respect du cessez-le-feu, ont indiqué vendredi des médias d’État égyptiens. Et le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken doit se rendre au Moyen-Orient « dans les prochains jours ».

Le cessez-le-feu a été annoncé après une réunion jeudi soir du cabinet de sécurité israélien en présence de M. Nétanyahou, qui a « accepté à l’unanimité » l’initiative égyptienne de « cessez-le-feu bilatéral sans condition ». Dans la foulée, le Hamas, mouvement considéré comme « terroriste » par l’État hébreu, l’Union européenne et les États-Unis, a affirmé que « la résistance palestinienne respectera cet accord aussi longtemps » qu’Israël le respectera.

« Je suis très heureux du cessez-le-feu, mais cette guerre, la suivante et celle d’après sont vaines. Tant qu’il n’y aura pas de solution politique, les deux nations continueront la lutte », a déclaré Tal Nissimov, un Israélien de Tel-Aviv, ville touchée par des roquettes palestiniennes.

À l’étranger, Berlin a salué le cessez-le-feu, mais a estimé qu’il fallait désormais « s’attaquer aux causes profondes » du conflit israélo-palestinien. La France, la Russie, la Chine et l’Union européenne ont aussi jugé nécessaire une relance du processus de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne.

Les négociations de paix, suspendues depuis 2014, achoppent sur de nombreux points dont le statut de Jérusalem-Est et la colonisation israélienne des territoires palestiniens, alors que le soutien à la solution à deux États, une Palestine indépendante aux côtés d’Israël, commence à s’éroder.

Cette flambée de violence, la plus meurtrière depuis celle de 2014, a éclaté le 10 mai avec le tir par le Hamas de salves de roquettes vers Israël en « solidarité » avec les centaines de Palestiniens blessés lors de plusieurs jours de heurts avec la police israélienne sur l’esplanade des Mosquées. À l’origine des heurts, la menace d’expulsion de familles palestiniennes au profit de colons israéliens.

Après les tirs palestiniens, Israël a cherché à « réduire » les capacités militaires du Hamas. L’armée a annoncé, dans un « résumé » de son offensive, avoir tué « 25 hauts responsables du Hamas » et détruit plus de « 100 km de tunnels » et des dizaines d’immeubles servant, selon elle, « d’infrastructures aux activités terroristes du Hamas ».

D’après l’armée, le Hamas et le Djihad islamique ont lancé plus de 4300 roquettes vers Israël, une intensité inégalée. Plus de 90 % ont été interceptées par le système antimissile israélien.
 


Au huitième paragraphe était mentionné la présence du président nord-coréen à Washington. L'erreur a été corrigée, il s'agissait du président sud-coréen.

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