«Accord de paix historique» entre Israël et les Émirats arabes unis

« Une nouvelle ère commence dans les relations entre Israël et le monde arabe », a soutenu jeudi le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, en se félicitant de la normalisation des relations entre l’État hébreu et les Émirats arabes unis, qualifiée de « trahison » par les Palestiniens.

« J’ai eu une discussion trilatérale avec le président américain et le cheikh Ben Zayed [Émirats] et nous avons convenu d’un accord de paix complet avec des échanges d’ambassadeurs et des échanges commerciaux, y compris des vols directs entre Abou Dhabi et Tel-Aviv », a déclaré M. Nétanyahou, triomphant, lors d’une allocution télévisée.

« Les Émirats vont investir des sommes importantes en Israël […] Il s’agit d’une ouverture pour la paix dans la région », a ajouté le premier ministre, se félicitant d’un troisième accord de paix avec un pays arabe après l’Égypte et la Jordanie.

« En 1979, [Menahem] Begin a signé la paix avec l’Égypte, en 1994 [Yitzhak] Rabin a signé avec la Jordanie et j’ai le mérite de signer en 2020 le troisième accord de paix avec un pays arabe. C’est un véritable accord de paix, pas un slogan », a ajouté M. Nétanyahou qui s’est d’ailleurs entretenu en soirée avec le président américain au téléphone.

Ces dernières années, Israël a développé une coopération officieuse avec des économies régionales comme Bahreïn, les Émirats et l’Arabie saoudite dans le but de normaliser ses relations avec ces pays arabes qui partagent un ennemi commun à l’État hébreu : l’Iran.

Annexion

Par le passé, la normalisation était intimement liée au processus de paix avec les Palestiniens, qui devait servir de pont aux relations avec le monde arabe et plus largement musulman. Mais pour M. Nétanyahou, c’est plutôt la normalisation avec les pays arabes qui poussera finalement les Palestiniens à un accord de paix avec Israël.

« La gauche israélienne et mondiale a toujours dit qu’on ne peut pas faire d’accord de paix avec les pays arabes sans la paix avec les Palestiniens […] Pour la première fois dans l’histoire, Benjamin Nétanyahou a brisé ce paradigme », a réagi son parti, le Likoud.

Cette normalisation faisait partie du plan Trump pour le Proche-Orient qui prévoyait aussi l’annexion par Israël de la vallée du Jourdain et de colonies juives en Cisjordanie occupée, un projet décrié par les Palestiniens, nombre de pays européens et de la région.

Plus de 450 000 Israéliens vivent dans la centaine de colonies juives en Cisjordanie, jugées illégales par le droit international et considérées comme un obstacle, selon de nombreux gouvernements, à la création d’un État palestinien viable.

Le gouvernement d’union de M. Nétanyahou et de son ex-rival politique Benny Gantz devait annoncer à partir du 1er juillet sa stratégie pour mettre en œuvre le projet d’annexion.

D’un côté, le mouvement pro-annexion appelait à une mesure « unilatérale », voire au rattachement de l’ensemble des colonies à Israël, mais des membres du gouvernement craignent qu’une telle mesure ne dégénère ou ne compromette les efforts de normalisation avec des puissances du Golfe.

La normalisation aura pour effet de « reporter » le projet israélien d’annexion, a dit Benjamin Nétanyahou qui affirme n’avoir toutefois pas « renoncé » à cette option à plus longue échéance.

Colère des Palestiniens

L’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas a qualifié de « trahison » de la cause palestinienne l’accord de normalisation, appelé à une « réunion d’urgence » de la Ligue arabe pour le dénoncer et aussi convoqué « immédiatement » son ambassadeur à Abou Dhabi.

Le leadership palestinien « refuse cet échange entre une suspension de l’annexion illégale contre la normalisation des relations avec les Émirats qui se fait aux dépens des Palestiniens », a ajouté le président palestinien, Mahmoud Abbas, qui s’est d’ailleurs entretenu au téléphone avec le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh.

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