Tragédie meurtrière à Beyrouth

Beyrouth a été balayée mardi par des explosions d’une rare intensité, tuant au moins 100 personnes et blessant des milliers d’autres selon un bilan appelé à s’alourdir. Cette tragédie qui frappe la capitale libanaise s’ajoute à une détresse déjà palpable au sein de ce pays en crise.

« Les fenêtres ont volé en éclats et le plafond s’est en partie effondré. Je n’en croyais pas mes yeux », raconte Pamela Abdelhak, une Libanaise de 27 ans en entrevue avec Le Devoir, quelques heures après le drame.

Deux explosions ont frappé le port de Beyrouth en début de soirée mardi. La seconde, nettement plus forte que la première, a provoqué un gigantesque champignon dans le ciel. Le souffle a été ressenti jusque sur l’île de Chypre, à 200 kilomètres de là.

Quelque 2740 tonnes de nitrate d’ammonium, une substance qui entre dans la composition d’engrais, mais aussi d’explosifs, et entreposée depuis six ans dans un entrepôt du port, ont vraisemblablement explosé, a fait savoir le premier ministre libanais, Hassan Diab. Celui-ci a décrété mercredi jour de deuil national et l'état d'urgence pendant deux semaines dans la capitale.


 

Selon le plus récent bilan officiel, au moins 100 personnes ont été tuées et plus de 4000 blessées. Mais celui-ci risque fort de s’alourdir au cours des prochains jours. Des centaines de milliers de personnes se retrouvent du jour au lendemain sans toit.

Lors des explosions, Pamela Abdelhak se trouvait avec sa mère dans une boutique de Mansourieh, une ville située à une dizaine de kilomètres seulement du centre de Beyrouth. Elle dit avoir ressenti une vive douleur aux oreilles et une sensation de brûlure dans les yeux. « Nous avons couru avec nos sacs vers les escaliers pour nous mettre à l’abri. »

Personne n’a été blessé, mais malheureusement, dit-elle, tous n’ont pas eu cette chance. « L’oncle de mon ami travaille au port de Beyrouth, où les explosions ont eu lieu », souffle celle qui compte aussi des pompiers dépêchés sur place parmi ses amis.

Selon ce qu’elle sait, ils combattaient le feu de la première explosion lorsque la seconde, dévastatrice, est survenue. Pour le moment, impossible de connaître leur état de santé, s’attriste Pamela. « Tous les hôpitaux sont pleins et nous ne connaissons toujours pas l’identité des victimes. »

Les vidéos de cette deuxième explosion ont fait le tour de la planète mardi. Plusieurs images ont aussi fait état de rues jonchées de débris de verre, de voitures endommagées et de bâtiments écroulés.

Photo: Anwar Amro Agence France-Presse Deux explosions ont frappé le port de Beyrouth en début de soirée mardi. La seconde, nettement plus forte que la première, a provoqué un gigantesque champignon dans le ciel.

À proximité du lieu des déflagrations, des soldats ont évacué des citoyens encore sous le choc, certains le visage couvert de sang. À l’intérieur du port, des militaires ont rapporté à la presse des scènes d’horreur, témoins de nombreuses dépouilles au sol.

Le secteur a rapidement été bouclé pour ne laisser passer notamment que les ambulances et les pompiers. Plusieurs heures après le drame, des hélicoptères continuaient de déverser de l’eau pour éteindre le brasier.

« C’est du jamais vu, malgré le fait que le pays a vécu plusieurs guerres », avance au bout du fil Mohammed Akil, un Libanais de 39 ans installé depuis huit ans à Montréal.

Ses parents vivent toujours à Beyrouth, tout près du port. Sa sœur reste en dehors de la ville, mais s’y rend tous les jours pour le travail. « Tout le monde va bien, mais le choc a été très grand : personne n’avait jamais vu ça de sa vie », témoigne Mohammed, surtout marqué par ce que lui a dit son père. « Ça lui a pris cinq minutes pour voir et entendre à nouveau. »

Photo: Anwar Amro Agence France-Presse Un homme blessé est évacué du site des explosions sur un brancard de fortune au port de Beyrouth. Au moins 70 personnes sont mortes et des milliers d’autres ont été blessées par les déflagrations, un bilan appelé à s’alourdir.

D’autres ont subi des blessures beaucoup plus importantes, ajoutant une pression supplémentaire sur les hôpitaux de la ville. Déjà aux prises avec la pandémie de COVID-19, ils ont vite été débordés. « [Ils] refusent les blessés dont le sang coule sur le visage parce qu’ils sont trop pleins ou trop endommagés pour les accueillir », a écrit sur Twitter la correspondante de l’AFP, Maya Gebeily.

Aide d’urgence

« Les responsables de cette catastrophe devront payer le prix », a lancé lors d’une allocution télévisée le premier ministre libanais. Hassan Diab a également appelé les « pays amis » à fournir une aide d’urgence, ce drame s’ajoutant à la détresse des Libanais, qui doivent faire face à une crise sanitaire et à la pire crise économique depuis des décennies. L’inflation et le taux de chômage y sont galopants, et des manifestations contre la classe dirigeante se succèdent depuis des mois.

Plusieurs pays ont rapidement répondu à l’appel de M. Diab. Les États-Unis, le Canada, la France, l’Allemagne, l’Iran et Israël se sont tous montrés prêts à prêter assistance.

Le drame a également touché la classe politique québécoise. « C’est vraiment terrible », a réagi la députée de Québec solidaire, Ruba Ghazal, qui est née au Liban. « N’importe qui, qu’on soit libanais ou pas, ça vient nous chercher parce que c’est en plein milieu d’un quartier où les gens vivent. »

Les responsables de cette catastrophe devront payer le prix

 

L’explosion lui a rappelé les décombres de la maison de sa grand-mère maternelle après des bombardements israéliens en 2006. Ils avaient visé le quartier qu’elle habitait depuis des décennies et qui était à ce moment-là contrôlé par le Hezbollah.

« C’est important que les gens sachent ce qui se passe parce que c’est vraiment une population qui vit tout le temps sous la menace d’une attaque, d’un bombardement, a-t-elle ajouté.

Sa grand-mère s’est depuis installée au Québec et a obtenu sa citoyenneté canadienne. Le reste de sa famille n’habite plus la capitale libanaise.

Les chefs de parti à l’Assemblée nationale ont réagi sur Twitter. « Nos pensées accompagnent les Libanais et tous nos amis de la communauté libanaise très présente au Québec », a déclaré le premier ministre, François Legault.

La cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, et le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, ont également publié des messages de soutien aux Libanais.

Avec Mylène Crête et Agence France-Presse

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