À l’approche d’élections en Iran, Rohani évoque des menaces contre «la démocratie»

Le risque, selon le président iranien Hassan Rohani, est que la désignation des députés s’effectue «ailleurs» que dans les urnes.
Photo: Présidence iranienne / Agence France-Presse Le risque, selon le président iranien Hassan Rohani, est que la désignation des députés s’effectue «ailleurs» que dans les urnes.

Le président iranien Hassan Rohani a mis en garde lundi contre les menaces qui pèsent selon lui sur « la démocratie et la souveraineté nationale » de la République islamique, après la disqualification de milliers de candidats aux législatives du 21 février.

Conservateur modéré, M. Rohani a tenu ces propos alors qu’une polémique virulente oppose la coalition gouvernementale au Conseil des Gardiens de la Constitution, organe chargé de la validation des candidatures à ces élections.

Selon des chiffres communiqués par le Conseil, environ 9,500 candidats (sur près de 14,500) ont été invalidés, dont 92 députés sortants de toutes tendances. Ces candidats ont néanmoins la possibilité de faire appel.

« Le plus grand danger pour la démocratie et la souveraineté nationale est qu’un jour les élections deviennent une formalité » a déclaré M. Rohani dans un discours devant les gouverneurs des provinces du pays à qui il revient d’organiser matériellement le scrutin.

Le risque, a-t-il ajouté, est que la désignation des députés s’effectue « ailleurs » que dans les urnes.

Nombre d’analystes iraniens prédisent que les législatives du 21 février seront un échec pour l’alliance de gouvernement formée autour de M. Rohani par les modérés et les réformateurs.

Il faut donner « au peuple l’assurance que notre système politique n’est pas un système à parti unique », a encore dit M. Rohani, selon le texte de son discours publié sur le site Internet du gouvernement.

« Ils devraient au moins permettre une concurrence » entre divers candidats, a-t-il lancé alors que réformateurs et modérés estiment être les premières victimes des invalidations prononcées par les Gardiens.

Le président iranien a également appelé les Iraniens de tous bords à voter quand bien même ils ne seraient pas satisfaits de la situation actuelle du pays.

L’abstention aux élections favorise traditionnellement les ultraconservateurs.

Les législatives interviennent après une succession d’événements traumatisants pour l’Iran.

Le 3 janvier, un important général iranien, Qassem Soleimani, a été tué par une frappe de drone américain à Bagdad. L’apparente unité nationale autour de ses obsèques a semblé avoir volé en éclats quelques jours après lorsque, le 8 janvier, un avion de ligne ukrainien a été abattu par erreur par les forces armées iraniennes.

Les 176 personnes à bord de l’appareil, en majorité iraniennes, sont mortes dans cette tragédie, survenue quelques heures après une riposte iranienne à l’assassinat de Soleimani, à coups de missiles tirés sur des cibles militaires américaines en Irak.

La catastrophe aérienne a déclenché des manifestations hostiles au pouvoir à Téhéran et dans plusieurs villes.