Téhéran ne tolérera pas «l’insécurité» en société

La colère populaire a été provoquée par la forte hausse du prix de l’essence annoncée vendredi par le gouvernement.
Photo: Agence France-Presse La colère populaire a été provoquée par la forte hausse du prix de l’essence annoncée vendredi par le gouvernement.

Les autorités iraniennes ont averti dimanche qu’elles ne toléreraient pas l’« insécurité », après deux jours de manifestations violentes contre une hausse soudaine du prix de l’essence ayant fait au moins deux morts et ayant poussé Téhéran à couper l’accès à Internet.

Depuis le début de la contestation, vendredi soir, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées, selon des informations de la presse iranienne.

L’agence Isna faisait état d’un retour à la normale, mais la situation restait très difficile à évaluer dimanche soir à l’échelle du pays.

En Conseil des ministres, le président Hassan Rohani a déclaré que l’État, face à « l’émeute », ne devait « pas autoriser l’insécurité dans la société », selon un communiqué officiel.

La colère populaire a été provoquée par la forte hausse du prix de l’essence annoncée vendredi par le gouvernement iranien.

M. Rohani a de nouveau justifié cette mesure en expliquant que l’État n’avait pas d’autre solution pour aider mieux les « familles à revenu moyen et bas qui souffrent de la situation économique créée par les sanctions » américaines visant l’Iran.

Selon le plan annoncé par le gouvernement, le prix de l’essence, très subventionnée en Iran, doit augmenter de 50 %, soit passer de 10 000 à 15 000 rials (47 ¢) pour les 60 premiers litres achetés chaque mois, puis à 30 000 rials au-delà. Les recettes dégagées doivent bénéficier aux 60 millions d’Iraniens les moins favorisés (sur une population totale de 83 millions d’habitants).

Soutenant cette mesure, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a condamné dimanche les actes de violence commis par des protestataires et déploré que « certains [aient] perdu la vie » dans cette agitation.

50 %
C’est l’augmentation prévue du prix de l’essence par le gouvernement iranien pour les 60 premiers litres achetés chaque mois.

Certaines entités opposées au pouvoir « se réjouissent » des troubles, a déclaré le guide suprême, demandant « que personne n’aide ces criminels ».

« Endommager et mettre le feu [à des biens] n’est pas [une réaction] de personne normale, mais de hooligan », a aussi déclaré M. Khamenei.

Selon une source au sein du ministère de l’Information et des Télécommunications citée par Isna, les autorités ont considérablement « limité » l’accès à Internet depuis samedi soir « et pour les 24 prochaines heures ».

Selon l’agence officielle Irna, un policier est mort de ses blessures dans la nuit de samedi à dimanche, après avoir été la cible de tirs lors de heurts avec des « émeutiers » armés en marge d’un rassemblement à Kermanshah.

Samedi, Isna avait annoncé, sans en préciser la cause, qu’un civil avait été tué et que plusieurs personnes avaient été blessées à Sirjan, où des manifestants ont tenté de mettre le feu à des dépôts d’essence.

Quarante personnes ont par ailleurs été arrêtées à Yazd, toujours selon Isna, qui n’a pas précisé la date de ces arrestations.

Le porte-parole de la police, Ahmad Nourian, a prévenu que les forces de sécurité n’hésiteraient « pas à faire face à ceux qui perturbent la paix et la sécurité », identifieraient les meneurs et les forces sur le terrain et les « affronteraient ».

À Washington, la Maison-Blanche a condamné « l’usage de la force et les restrictions de communications contre les manifestants », ajoutant que « les États-Unis soutiennent les Iraniens dans leurs manifestations pacifiques contre le régime qui est censé les diriger ».