Face aux appels croissants à le destituer, Trump nie toute pression sur l’Ukraine

Donald Trump a accusé Joe Biden et son fils, qui a travaillé en Ukraine, d'être corrompus.
Photo: Evan Vucci Associated Press Donald Trump a accusé Joe Biden et son fils, qui a travaillé en Ukraine, d'être corrompus.

Donald Trump a farouchement nié lundi avoir fait pression sur l’Ukraine pour tenter de nuire à son rival politique Joe Biden, balayant la menace d’une procédure de destitution malgré les appels de plus en plus pressants agitant l’opposition démocrate.

Alors même que la pression monte sur les chefs démocrates du Congrès américain pour qu’ils lancent cette procédure explosive, le président républicain a affirmé ne pas prendre « du tout au sérieux » cette perspective.

« Je n’ai mis aucune pression sur » l’Ukraine, a affirmé M. Trump, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York.

Passant à l’offensive, il a du même coup tenté de retourner les projecteurs sur Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama, favori de la primaire démocrate et donc l’un de ses sérieux rivaux potentiels pour la présidentielle de 2020.

« Joe Biden et son fils sont corrompus », a accusé sur un ton outré M. Trump, en reprenant des rumeurs non étayées concernant une affaire présumée de corruption en Ukraine, et des pressions sur un procureur.

« Si un républicain disait ce que Joe Biden a dit, il aurait droit à la chaise électrique immédiatement », a poursuivi le dirigeant de la première puissance mondiale.

La veille, il avait confirmé avoir parlé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, cet été, de cette affaire présumée en mentionnant explicitement Joe Biden et son fils, Hunter, qui a travaillé pour un groupe gazier ukrainien à partir de 2014.

L’opposition soupçonne Donald Trump d’avoir, lors de cette conversation, profité de sa position de pouvoir pour pousser M. Zelensky à enquêter sur Joe Biden, en utilisant notamment une aide militaire comme levier de pression.

« Je n’ai pas dit « vous devez faire cela ou je ne vous donnerai pas d’aide »», s’est défendu M. Trump.

Lanceur d’alerte

Affirmant que sa conversation avec M. Zelensky avait été « très honnête », il a dit « espérer » que sa retranscription puisse être publiée.

« Alors, publiez la retranscription de l’appel », l’a défié Joe Biden sur Twitter, qui a dénoncé un « énorme abus de pouvoir ».

Les démocrates ne se satisferont de toute façon pas d’une retranscription : ils réclament que la Maison-Blanche livre au Congrès le signalement présenté en août par un mystérieux lanceur d’alerte, membre des services de renseignement américains, pour sonner l’alarme sur cet appel.

Après deux ans de la vaste enquête russe et une multitude d’investigations parlementaires ciblant Donald Trump, cette affaire ukrainienne semblait bien lundi plus proche de faire pencher la balance vers l’ouverture d’une procédure de destitution.

La Chambre, à majorité démocrate, serait chargée d’ouvrir cette procédure de mise en accusation, connue en anglais sous le nom d’« impeachment ». Puis le Sénat, contrôlé par les républicains qui restent en majorité fidèles à M. Trump, serait chargé du « procès ».

Réticente jusqu’ici à emprunter cette voie impopulaire, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a fait évoluer sa position dans une lettre dimanche, dans une inflexion remarquée.

Elle a menacé Donald Trump d’une escalade vers une « toute nouvelle étape de l’enquête » parlementaire s’il empêchait le lanceur d’alerte de témoigner.

Plusieurs autres élus démocrates influents au Congrès, également réticents jusque-là, semblent suivre la même tendance.

Procédure de destitution

Une date butoir se profile : l’audience publique prévue jeudi du directeur par intérim du renseignement national Joseph Maguire. Nancy Pelosi a dit « s’attendre » à ce qu’il livre les détails du signalement.

Partisane depuis des mois d’une procédure de destitution, l’aile progressiste du parti démocrate apparaissait elle chauffée à blanc, ciblant désormais explicitement ses propres chefs.

« Le Congrès doit agir », a lancé l’élu démocrate Al Green, parmi quelques dizaines de manifestants pro-destitution réunis lundi à Washington. « Soit nous forçons ce président à rendre des comptes, soit on nous forcera à rendre des comptes. »

Chez les candidats démocrates à la Maison-Blanche, l’étoile montante Elizabeth Warren a de nouveau appelé ce week-end à lancer l’« impeachment ».

Mais chez les républicains, le soutien à Donald Trump apparaît encore solide.

Si un grand allié du président, le sénateur républicain Lindsey Graham, a appelé lundi Donald Trump à publier la conversation polémique, il s’est montré confiant dans sa volonté de « transparence » avant de, lui aussi, ramener la conversation sur Joe Biden.