Israël: le «magicien» Nétanyahou refera-t-il le coup?

Depuis 2009, Israël n’a connu que «Bibi». Lui se présente comme le grand défenseur de l’État hébreu face à l’Iran, nouvel «Amalek», ennemi mortel des Hébreux dans la Bible, mais ses adversaires voient plutôt un autocrate ne reculant devant aucune manœuvre pour former des coalitions et un homme usé par le pouvoir.
Photo: Shamil Zhumatov Associated Press Depuis 2009, Israël n’a connu que «Bibi». Lui se présente comme le grand défenseur de l’État hébreu face à l’Iran, nouvel «Amalek», ennemi mortel des Hébreux dans la Bible, mais ses adversaires voient plutôt un autocrate ne reculant devant aucune manœuvre pour former des coalitions et un homme usé par le pouvoir.

Le plus pérenne des premiers ministres de l’histoire d’Israël, Benjamin Nétanyahou est un « magicien » de la politique passé maître dans l’art de surprendre ses adversaires. Et à quelques jours des élections, une question brûle Israël : quel lapin peut-il encore sortir de son chapeau ?

Voix rauque de ténor, cheveux argentés inamovibles, souvent vêtu d’un complet-cravate bleu sur une chemise blanche, Benjamin Nétanyahou s’est imposé au coeur du système politique israélien comme s’il y avait toujours été.

Et pourtant, ce stratège, habitué du louvoiement, est, de tous les premiers ministres d’Israël, le seul à être né après la création, en mai 1948, du seul pays majoritairement juif.

Né le 21 octobre 1949 à Tel-Aviv, Benjamin Nétanyahou a longtemps défendu l’idée d’un « Grand Israël », une idéologie héritée de son histoire personnelle.

Il a grandi dans un environnement pétri par la pensée de Zeev Jabotinsky, leader de la tendance sioniste dite « révisionniste » qui souhaitait non seulement un État juif en Palestine, mais d’un « Grand Israël » intégrant la Jordanie. Or, le père de Benjamin Nétanyahou, Benzion, avait été l’assistant personnel de Jabotinsky.

Benjamin Nétanyahou effectue son service militaire dans un commando prestigieux. Le Proche-Orient est alors dans l’après-guerre des Six jours, qui a vu en 1967 Israël s’emparer des territoires palestiniens de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza, ainsi que du Golan syrien et du Sinaï égyptien.

Côté arabe, la défaite est amère. Hors du champ des armées classiques, de nouveaux acteurs s’imposent, comme l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui regroupe des groupes armés palestiniens.

L’ascension

En 1972, le soldat Nétanyahou est blessé dans le sauvetage d’un avion détourné par des Palestiniens. Quatre ans plus tard, c’est la catastrophe. Son frère, Yoni, commandant de l’unité chargée de libérer les otages d’un vol Tel-Aviv–Paris, détourné en Ouganda, est tué pendant l’assaut israélien.

La mort de son frère aîné ébranle profondément Benjamin Nétanyahou, qui fera de la « lutte contre le terrorisme », qu’il associe souvent aux Palestiniens, un des fils conducteurs de sa carrière politique.

Orateur né, pugnace aussi, il devient diplomate à Washington, puis ambassadeur à l’ONU dans les années 1980, avant de rentrer en Israël et de se faire élire sous la bannière du Likoud, grand parti de droite dont il est l’étoile montante avec un style à l’américaine.

Pendant la guerre du Golfe de 1991, Benjamin Nétanyahou défend le point de vue israélien à CNN. Il est à l’aise devant la caméra, connaît les codes des médias, maîtrise l’anglais pour avoir déjà étudié au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT).

L’étoile continue son ascension jusqu’à une première consécration en 1996. À 47 ans, il triomphe du doyen Shimon Peres. Mais son règne est de courte durée. Trois ans. Après une brèveretraite, il retourne à sa passion, reprend la tête du Likoud et redevient premier ministre en 2009.

« Une guerre personnelle »

Depuis, Israël n’a connu que « Bibi ». Lui se présente comme le grand défenseur de l’État hébreu face à l’Iran, nouvel « Amalek », ennemi mortel des Hébreux dans la Bible, mais ses adversaires voient plutôt un autocrate ne reculant devant aucune manoeuvre pour former des coalitions et un homme usé par le pouvoir.

Idéologue ou pragmatique ? « Bien que Benjamin Nétanyahou sympathise avec la politique de son père […], ses actions comme premier ministre sont avant tout motivées par des considérations pragmatiques », conclutl’universitaire Neill Lochery dans une biographie récente.

Marié et père de trois enfants, il est désormais dans le collimateur de la justice pour corruption, fraude et abus de confiance dans des affaires de dons reçus de la part de milliardaires, d’échanges de bons procédés avec des patrons d’entreprises et de tentatives de collusion avec la presse.

Le principal intéressé, qui doit être auditionné le mois prochain par la justice, dénonce une « chasse aux sorcières ». Et multiplie les déclarations fortes afin de mobiliser son électorat, comme en promettant cette semaine l’annexion d’un pan stratégique de la Cisjordanie occupée s’il est reporté au pouvoir.

Pour Gideon Rahat, professeur de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem, Benjamin Nétanyahou oscille entre « faucon extrémiste » et « modéré ».

« Depuis les accusations de corruption, il est plus à droite, plus enclin au populisme et à des lois antidémocratiques […] Il se bat pour sa survie, pour éviter les tribunaux, c’est une guerre personnelle », dit-il.

Après l’ascension et le pouvoir, ses adversaires attendent désormais la chute du « roi Bibi ». Mais savent qu’il ne faut jamais le donner pour vaincu.