Le groupe EI bientôt rayé de la carte en Syrie

Un combattant des Forces démocratiques syriennes évacuait le 26 février des civils de Baghouz, une ville syrienne où le groupe EI tentait toujours dimanche de repousser les offensives des forces arabo-kurdes soutenues par les États-Unis.
Photo: Delil Souleiman Agence France-Presse Un combattant des Forces démocratiques syriennes évacuait le 26 février des civils de Baghouz, une ville syrienne où le groupe EI tentait toujours dimanche de repousser les offensives des forces arabo-kurdes soutenues par les États-Unis.

Des forces arabo-kurdes soutenues par la coalition internationale antidjihadistes ont déversé dimanche un déluge de feu sur la dernière poche du groupe armé État islamique (EI) en Syrie, cherchant à asséner le coup de grâce à son « califat », autoproclamé il y a près de cinq ans.

Après l’évacuation de milliers de civils ces derniers jours, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont repris vendredi l’offensive contre les combattants du groupe EI, retranchés dans une poche du village de Baghouz, dans la province de Deir Ezzor, aux confins orientaux de la Syrie.

Après avoir reconquis l’immense majorité du village, les combattants kurdes et arabes ont acculé les djihadistes dans ce réduit, où la coalition internationale emmenée par Washington a repris ses raids aériens, selon des équipes de l’AFP sur place.

À environ 400 mètres de la ligne de front, un journaliste de l’AFP pouvait entendre sans interruption les tirs d’artillerie et le crépitement des armes. Des nuages de fumée noire et grise, provoqués par les frappes, ont flotté au-dessus du secteur visé, composé de quelques pâtés de maisons accolées à un campement informel près de l’Euphrate.

Après une frappe, un dépôt de munitions souterrain a explosé, provoquant des déflagrations rappelant un feu d’artifice. Une partie du campement informel a été détruite, mais plusieurs tentes tenaient toujours debout.

Sur le toit d’un immeuble près du théâtre des opérations, un commandant des FDS a expliqué à l’AFP que la majeure partie du campement a été débarrassée du groupe EI. « On ne sait pas combien de membres de Daesh [l’acronyme arabe de l’organisation djihadiste] sont toujours dedans. Ils sont totalement assiégés. Ils ont enfoui beaucoup de mines dans les maisons et sur les routes », a affirmé ce commandant.

Une organisation en déroute

Après une montée en puissance fulgurante en 2014, le groupe EI avait proclamé en juin de la même année un « califat » sur les vastes régions et les grandes villes conquises en Syrie et en Irak voisin, où l’organisation ultraradicale a mené de multiples exactions. Mais face à plusieurs offensives ces deux dernières années, les djihadistes ont vu leur territoire se réduire comme peau de chagrin.

Dans le secteur de Baghouz, les opérations des FDS se poursuivent même de nuit. « Les éléments du groupe EI qui sont encerclés refusent de se rendre, la majorité d’entre eux sont des étrangers, notamment des Français », a confié à l’AFP un commandant des FDS, Rustom Hassaké.

« Ils luttent férocement et ont recours à des voitures piégées et à des kamikazes », a-t-il ajouté.

Dans la nuit de samedi à dimanche, le commandant est resté mobilisé sur le toit d’un immeuble, recevant par talkie-walkie des informations sur une position du groupe EI située à un kilomètre de là. Après avoir repéré les coordonnées GPS sur sa tablette, il a réclamé une frappe aérienne. Appelé à la rescousse, un avion américain de la coalition est apparu dans le ciel.

« Daesh position, c’est fini », a lancé le commandant ensuite en souriant. « Depuis la reprise des combats, on a réussi à prendre 13, 14 positions », explique le commandant. « On entend leurs communications, leurs échanges radio. On les entend notamment s’exprimer en russe. »

Après la chute, le retour ?

Depuis le début décembre, quelque 53 000 personnes, principalement des familles de djihadistes, ont fui le réduit, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Parmi eux, plus de 5000 djihadistes ont été arrêtés. La grande majorité des évacués sont transférés vers le camp de déplacés d’Al-Hol, plus au nord, où ils s’entassent dans des conditions difficiles.

La perte de la poche de Baghouz signifierait la fin territoriale du « califat » du groupe EI, après sa défaite en Irak en 2017, mais ce groupe a déjà entamé sa mue en organisation clandestine. Ses combattants sont disséminés dans le désert syrien, dans le centre du pays, et parviennent toujours à mener des attentats meurtriers.

L’armée américaine a averti que, sans un engagement soutenu contre le groupe EI, il ne faudrait à l’organisation que 6 à 12 mois pour entamer une « résurgence ».

La bataille contre le groupe EI représente aujourd’hui le principal front de la guerre en Syrie, qui a fait plus de 360 000 morts depuis 2011, maintenant que le régime, soutenu principalement par la Russie, a repris le contrôle de près des deux tiers du pays.

Journée meurtrière

Beyrouth — Au moins 33 combattants prorégime ont été tués dimanche en Syrie dans plusieurs attaques djihadistes près de la province d’Idleb, faisant de cette journée la plus meurtrière en six mois pour les forces loyalistes dans le Nord-Ouest syrien, a annoncé l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Ces attaques ont eu lieu malgré un accord russo-turc conclu en septembre pour instaurer une « zone démilitarisée » entre les secteurs insurgés et les régions gouvernementales adjacentes, dans les régions d’Idleb, de Hama et d’Alep. Cet accord a permis d’éviter une offensive d’envergure du régime syrien, mais il n’est que partiellement respecté, le régime bombardant sporadiquement la région et les djihadistes refusant de se retirer de la zone de séparation et continuant de mener des combats meurtriers pour renforcer leur emprise sur ces territoires.