Le groupe EI a laissé derrière lui plus de 200 charniers en Irak

<p>Familles et responsables locaux se plaignent régulièrement de ne voir aucune avancée sur la question des disparus dans un pays où l’on dénombrait déjà au moins un million de disparus à la chute de Saddam Hussein en 2003.</p>
Photo: Ahmad al-Rubaye Agence France-Presse

Familles et responsables locaux se plaignent régulièrement de ne voir aucune avancée sur la question des disparus dans un pays où l’on dénombrait déjà au moins un million de disparus à la chute de Saddam Hussein en 2003.

Le groupe État islamique (EI) a laissé derrière lui plus de 200 charniers dans les régions d’Irak qu’il a tenues de 2014 à 2017, a annoncé mardi l’ONU, appelant à en extraire des preuves des crimes djihadistes pour apporter des réponses aux familles de disparus.

Selon un rapport de la mission d’assistance en Irak et du Bureau des droits de l’homme de l’ONU, ces 202 fosses communes mises au jour dans différentes provinces du nord et de l’ouest de l’Irak pourraient renfermer jusqu’à 12 000 corps.

Et « il pourrait y en avoir beaucoup plus », poursuit le rapport, certaines zones étant inaccessibles car toujours minées ou sous la menace de cellules djihadistes clandestines.

Dans la seule province de Ninive, où se trouve Mossoul — l’ancienne « capitale » du groupe EI dans le nord de l’Irak —, plus de 7200 personnes sont toujours portées disparues, dont 3117 membres de la minorité yazidie, particulièrement persécutée par les djihadistes, selon la Commission gouvernementale irakienne des droits de l’homme.

Pour apporter des informations sur leur sort aux familles, l’Irak va devoir fouiller toutes ces fosses communes découvertes dans les provinces de Ninive — pour près de la moitié —, de Kirkouk et de Salaheddine dans le nord de l’Irak, ainsi que d’al-Anbar, dans l’ouest.

Pour le moment, seules 28 fosses ont été fouillées et 1258 corps ont été exhumés, selon l’ONU. Et la tâche est encore énorme car, si certaines ne renferment que quelques corps, d’autres en contiennent plusieurs milliers.

C’est très probablement le cas d’une cavité naturelle au sud de Mossoul, surnommée « Khasfa » (le gouffre, en arabe), où les habitants racontent que les djihadistes exécutaient chaque jour des dizaines d’Irakiens, notamment des membres des forces de l’ordre.

Près d’un an après l’annonce par Bagdad de sa « victoire » sur le groupe EI, « les preuves rassemblées sur ces sites seront centrales », estime le rapport de l’ONU, qui demande de les préserver et d’y mener des exhumations minutieuses.

Seuls ces éléments, poursuit-il, pourront « garantir des enquêtes crédibles, des procès et des condamnations conformes aux standards internationaux ».

Des enquêteurs de l’ONU ont commencé à recueillir des preuves des massacres et d’autres atrocités du groupe djihadiste, à l’encontre notamment des Yazidis, qui peuvent constituer, selon les Nations unies, « des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et un possible génocide ».

« Déterminer les circonstances de ces nombreuses morts sera une étape importante dans le processus de deuil des familles et dans leur parcours pour garantir leurs droits à la vérité et à la justice », estime le représentant spécial des Nations unies en Irak, Jan Kubis.

Familles et responsables locaux se plaignent régulièrement de ne voir aucune avancée sur la question des disparus dans un pays où l’on dénombrait déjà au moins un million de disparus à la chute de Saddam Hussein en 2003.

Selon le rapport de l’ONU, la bureaucratie, un problème récurrent en Irak, ne facilite pas la tâche des familles de disparus.

Elles doivent s’adresser à cinq administrations différentes, « un processus à la fois chronophage et frustrant pour des familles traumatisées », estime encore l’ONU.

Des familles dont le sort reste suspendu à celui des charniers qui sont, selon M. Kubis, « le témoignage de terribles pertes humaines, d’une souffrance profonde et d’une cruauté choquante ».