Riyad lance une coalition antiterroriste de pays musulmans

Le lancement de la coalition de pays musulmans intervient en période de tension entre l’Iran et l’Arabie saoudite.
Photo: Fayez Nureldine Agence France-Presse Le lancement de la coalition de pays musulmans intervient en période de tension entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

Riyad — L’Arabie saoudite a lancé dimanche une coalition antiterroriste de 40 pays musulmans à dominante sunnite, en promettant une lutte implacable contre les groupes extrémistes jusqu’à leur « disparition de la terre ».

L’homme fort d’Arabie saoudite, le prince héritier Mohammed ben Salmane, a ouvert à Riyad une réunion des ministres de la Défense de ces pays d’Asie et d’Afrique, dont le Pakistan, la Turquie et le Nigeria, marquant le lancement de cette coalition, annoncée en décembre 2015.

Il a souhaité une « coordination forte, excellente et spéciale » entre ses membres contre les groupes extrémistes.

L’Iran, grand rival chiite de l’Arabie saoudite, la Syrie et l’Irak, dont les dirigeants ont des liens forts avec Téhéran, n’en font pas partie.

Le Qatar, qui figure sur une liste des pays membres publiée par l’agence officielle SPA, n’a pas pris part à la réunion. Quatre pays arabes, dont l’Arabie saoudite, ont rompu avec Doha en juin en l’accusant de soutenir les groupes extrémistes, ce que l’émirat dément.

« Notre réunion est très importante, car ces dernières années, les organisations [terroristes] agissaient dans nos pays sans qu’il y ait de coordination » pour les contrer, a relevé le prince héritier saoudien.

« Cet état de fait prend fin aujourd’hui, car plus de 40 pays envoient un signal très fort consistant à dire que nous allons travailler ensemble et que nous allons mettre ensemble nos capacités militaires, financières, politiques et de renseignement », a-t-il souligné. « Chaque pays va y contribuer à hauteur de ses capacités. »

Le prince saoudien a exprimé à cette occasion la solidarité des participants avec l’Égypte où un attentat – encore non revendiqué – contre une mosquée a fait vendredi 305 morts. « C’est un événement très douloureux qui vient nous rappeler les dangers du terrorisme et de l’extrémisme », a-t-il déclaré.

« Nous allons nous tenir aux côtés de l’Égypte et de tous les pays du monde qui combattent le terrorisme et l’extrémisme » qui, a poursuivi le prince saoudien, « déforment l’image de notre religion [l’islam] ».

Alliance occidentale

La coalition a pour commandant militaire le général pakistanais Raheel Sharif, qui aura son quartier général à Riyad.

Le général pakistanais a précisé dimanche qu’il aura pour mission de « mobiliser et coordonner les ressources, faciliter les échanges d’informations et aider les pays membres à bâtir leurs propres capacités en matière de lutte contre le terrorisme ».

Plus que le meurtre d’innocents et la propagation de la haine, le terrorisme et l’extrémisme déforment l’image de notre religion

L’Arabie saoudite est déjà membre d’une alliance occidentale conduite par les États-Unis et qui combat les djihadistes en Irak et en Syrie.

Elle a inauguré un centre spécialisé dans la lutte contre les groupes extrémistes lors de la visite en Arabie saoudite du président américain, Donald Trump, en mai.

Le lancement de la coalition de pays musulmans intervient en période de tension entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

Les deux pays, qui n’ont plus de liens diplomatiques depuis janvier 2016, sont à couteaux tirés sur plusieurs dossiers régionaux, notamment les conflits en Syrie et au Yémen où ils soutiennent des camps opposés.

Riyad reproche aussi à Téhéran de soutenir des groupes armés au Moyen-Orient, comme le Hezbollah libanais et les rebelles Houthis du Yémen.

« Nouveau Hitler »

Dans un récent entretien au New York Times, le prince Mohammed a qualifié le guide suprême iranien, Ali Khamenei, de « nouveau Hitler ».

Interrogé au sujet de l’absence au sein de la coalition de l’Iran, la Syrie et l’Irak, son secrétaire général provisoire a répondu que « le pilier » de cette nouvelle organisation était « l’inclusion ».

« Notre ennemi commun est le terrorisme, pas une religion, une secte ou une race », a ajouté le général saoudien Abdulelah al-Saleh.


 
5 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 26 novembre 2017 08 h 25

    Les paroles et les actes

    Au Yémen

    Le président yéménite en exil fait face dans son pays à trois groupes de rebelles :
    - des milices alliées à l’Iran,
    - des milices de Daech et
    - des milices d’Al-Qaïda.

    Seuls les premières sont bombardées par l’Arabie saoudite. Et en remerciement pour être épargnées, les rebelles terroristes sunnites (les deux autres) font sauter des mosquées chiites en Arabie saoudite, avec la complicité des services de renseignements saoudiens.

    En Syrie

    L’Arabie saoudite finançait 85 à 90% des coûts des milices qui combattaient le régime de Bachar el Assad. Selon une étude de la Blair Faith Foundation dévoilée par The Guardian, à peu près rien ne distinguait l’idéologie des mercenaires financés par l’Arabie saoudite de celle de Daech. Quant à l’idéologie de Daech, à peu de détails près, c’est celle de l’orthodoxie enseignée par l’université islamique de Médine.

    En Arabie saoudite

    Le reportage ‘L’Arabie saoudite dévoilée’, diffusé par Radio-Canada, nous apprenait que les écoliers saoudiens, dès leur plus jeune âge, apprennent qu’il faut tuer les Chiites, les Juifs et les Chrétiens.

    Si le belliqueux prince héritier saoudien veut s’attaquer à l’extrémisme religieux, il devra s’attaquer à sa cause et notamment à l’idéologie haineuse qui prévaut dans son propre pays.

    De plus, il devra empêcher les membres de la famille royale saoudiennes — il y a plus de 2000 princes saoudiens — de financer des organisations caritatives sunnites qui sont en réalité des façades pour des pépinières de terroristes.

    • Gilbert Troutet - Abonné 26 novembre 2017 19 h 12

      Je ne saurais mieux dire. J'ajouterais seulement que l'occident, dont le Canada, arme jusqu'aux dents l'Arabie saoudite et ses alliés.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 26 novembre 2017 08 h 45

    Que comprendre de ce pays ?

    Ce pays de la Mecque et ses dirigeants sont durs à suivre...Pratiquant un des régimes politico-religieux les plus collés sur les préceptes du Coran dictés par leur prophète Mahomet, un des régimes les plus rétrogrades avec l'application à la lettre de la charia avec ses lapidations, ses flagellations, ses emprisonnements, ses emmurements moraux et ses envoilements, un des régimes les plus opposés au monde moderne des occidentaux, le voilà qu'il se lance à la chasse aux terroristes djihadistes qu'il a lui-même financé et entretenu...Quel jeu joue ce jeune nouveau souverain ? Est-il en train de prendre en main la réforme réelle de l'Islam ou bien est-il en train d'essayer de détourner les regards accusateurs contre son régime qui soutient et finance l'implantation du salafisme partout dans le monde et la guerre djihadiste contre le monde moderne occidental ? L'Islam a-t-il deux visages ? C'est à n'y rien comprendre...Quant à moi je préfère un Islam chiite à un Islam salafiste, l'islam chiite me semblant plus réformable et plus modernisable qu'un islam salafiste...À moins que je n'aie rien compris à la logique islamique, ni à celle que véhicule le nouveau souverain de l'Arabie saoudite...

  • Pierre Lalongé - Inscrit 26 novembre 2017 09 h 00

    La guerre passe à un autre niveau.

    La guerre entre l'Arabie Saudite soutenue par les USA et l'Iran soutenue par la Russie passe à un autre niveau.
    La guerre de religion entre sunites et chiites s'intensifie au grand plaisir des pays vendeurs d'armes dont nous faisons partie.
    C'est une période triste de l'histoire de l'humanité qui se joue présentement.

  • Clermont Domingue - Abonné 26 novembre 2017 16 h 25

    Donald et Ben.


    Il me semble que Trump et Salmane ont plusieurs points en communs.
    1- Les deux aiment les superlatifs.
    2- Les deux ont des solutions simples.
    3- Les deux sont milliardaires.
    4- Les deux croient qu'ils peuvent éliminer les mécontents.