Les djihadistes du groupe EI seront évacués de Raqqa, en passe de tomber

Cette photo d'archives montre des édifices en ruine à proximité de l'hôpital central de Raqqa, le 1er octobre dernier.
Photo: Bulent Kilic Agence France-Presse Cette photo d'archives montre des édifices en ruine à proximité de l'hôpital central de Raqqa, le 1er octobre dernier.

Les djihadistes du groupe État islamique (EI), syriens et étrangers, seront évacués de Raqqa en vertu d’un accord dévoilé samedi pour cette ville du nord syrien, en passe d’être reconquise par des combattants kurdes et arabes soutenus par Washington.

Selon les termes de l’accord, les combattants étrangers pourront se rendre, où embarquer dans des bus pour être évacués probablement vers la province voisine de Deir Ezzor, a indiqué à l’AFP Omar Allouche, un haut responsable du Conseil civil de Raqqa.

Cette administration locale était chargée de mener, avec des figures tribales, les négociations qui devaient permettre la reprise totale de Raqqa aux djihadistes, et l’évacuation des civils, parfois utilisés comme boucliers humains.

Dans un premier temps, la coalition internationale antidjihadistes emmenée par Washington avait annoncé un « accord » et « des évacuations ». Elle avait précisé qu’un « convoi » quitterait la ville samedi mais n’avait pas évoqué le sort des djihadistes syriens.

Selon la coalition, les combattants étrangers seraient exclus de l’accord.

« Le communiqué de la coalition dit quelque chose, mais la réalité est autre », a indiqué à l’AFP M. Allouche. « Oui, les combattants étrangers font partie de l’accord », a-t-il martelé.

Trois ans après sa fulgurante ascension en Irak et en Syrie, l’EI se trouve acculé dans ses derniers fiefs et voit son « califat » autoproclamé en 2014 s’écrouler face aux offensives soutenues par les États-Unis ou la Russie.

Reprise progressive

À Raqqa, cela fait plusieurs semaines que les djihadistes sont retranchés dans leurs derniers réduits, alors que les combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS) ont progressivement repris près de 90 % de la ville, grâce à l’appui des frappes aériennes de la coalition.

Jusqu’à 500 djihadistes, des Syriens et des étrangers, pourraient être encore retranchés dans Raqqa, selon M. Allouche. « Ils ont 400 otages, des femmes et des enfants, dans l’hôpital » de la ville a-t-il précisé.

« Les combattants étrangers ont deux choix : se rendre ou être évacués par des bus », a souligné le haut responsable, évoquant comme possible destination la province de Deir Ezzor, où l’EI contrôle encore de larges territoires.

M. Allouche a également fait parvenir à l’AFP un communiqué rédigé par des notables tribaux annonçant que les FDS avaient donné leur accord pour « la sortie des combattants syriens » et qu’un « mécanisme » pour leur évacuation était à l’étude.

Dans un premier temps, la coalition expliquait que l’accord trouvé avait pour objectif de « minimiser les pertes civiles ». « Les gens qui quittent Raqqa en vertu de l’accord seront fouillés » et leur identité sera vérifiée, selon le communiqué.

Elle s’était auparavant montrée intraitable concernant le sort des djihadistes étrangers : ils « ne sont pas autorisés à quitter Raqqa », a-t-elle dit, prédisant « des combats difficiles dans les jours à venir ».

Cet été, une évacuation de jihadistes depuis la région frontalière entre le Liban et la Syrie vers la région de Deir Ezzor avait déjà suscité des réactions hostiles de la part de la coalition, qui avait lancé des raids pour empêcher un convoi d’arriver près de l’Irak.

Plusieurs pays occidentaux craignent que la démobilisation de l’EI en Syrie et en Irak n’entraîne un retour dans leur pays des jihadistes qui pourraient constituer un danger.

C’est notamment de Raqqa qu’auraient été planifiés les spectaculaires attentats de l’EI qui ont frappé l’Europe ces dernières années.

Les derniers retranchements

« On est sur le point d’en finir avec Daech [le groupe EI] à Raqqa », a indiqué à l’AFP un porte-parole des Unités de protection du peuple kurde (YPG), la principale composante des FDS, utilisant l’acronyme en arabe du groupe.

Mais « jusqu’à ce moment, nous luttons contre Daech », a-t-il souligné.

Acculés dans leurs derniers bastions syriens, les djihadistes ont perdu samedi leur fief de Mayadine, dans la province de Deir Ezzor, face à une offensive du régime soutenu par l’aviation de Moscou.

D’autre part, Damas a réclamé samedi le « retrait immédiat » des forces turques déployées dans le nord-ouest de la Syrie, où une « zone de désescalade » doit être instaurée dans la province d’Idleb.

Ces troupes ont été déployées dans le cadre d’un accord conclu entre d’un côté Ankara, soutien des rebelles, et de l’autre Moscou et Téhéran, parrains du régime syrien, prévoyant l’instauration de « zones de désescalade » où les pays garants s’engagent à mettre fin aux combats.

La province d’Idleb échappe au régime de Bachar al-Assad et est contrôlée par Tahrir al-Cham, une coalition djihadiste composée essentiellement de l’ex-branche d’al-Qaïda dans le pays.

Avec Rouba El-Husseini, à Beyrouth