Le ton monte d’un cran entre Riyad et Téhéran

Téhéran — La guerre des mots entre Iraniens et Saoudiens s’est encore envenimée mercredi à la suite de la catastrophe du pèlerinage de La Mecque et de l’interception sur un bateau iranien d’armes destinées aux rebelles chiites au Yémen.

Près d’une semaine après la tragique bousculade ayant coûté la vie à 769 pèlerins, le guide suprême iranien a tapé du poing sur la table. Ali Khamenei a averti que son pays réagirait « durement » si l’Arabie saoudite ne remplissait pas « son devoir » de renvoyer rapidement en Iran les corps des 239 Iraniens morts dans ce drame.


Les ministres de la Santé saoudien et iranien ont ensuite convenu à Jeddah du rapatriement des corps des pèlerins iraniens morts lors de la bousculade. «Les deux parties ont convenu du rapatriement des corps des Iraniens identifiés aussi vite que possible», a indiqué l’agence officielle SPA tôt jeudi, après une réunion à Jeddah entre le ministre de la Santé saoudien Khaled al-Falih et son homologue iranien Hassan Hachémi. Les deux pays vont aussi «rester en contact pour identifier les autres [victimes] et prendre en charge les blessés», a ajouté l’agence.


Quelques heures auparavant, l’Arabie saoudite avait montré du doigt son rival régional en annonçant l’arraisonnement d’un bateau iranien chargé d’armes pour les Houthis, en violation d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU imposant un embargo sur les armes contre ces rebelles chiites au Yémen.

Selon la coalition militaire arabo-sunnite conduite par l’Arabie au Yémen, parmi les équipements saisis samedi au large de la ville omanaise de Salalah figuraient 18 obus antiblindés, 54 obus antichars BGM17 et des systèmes de guidage de tirs. Outre le capitaine, 14 Iraniens étaient à bord du navire, enregistré comme « embarcation de pêche » en Iran.

Le gouvernement yéménite et la coalition accusent régulièrement Téhéran de soutenir activement les Houthis, rebelles issus de la minorité zaïdite chiite qui se sont emparés de vastes pans du territoire yéménite depuis un an et contrôlent toujours la capitale Sanaa.

Pour justifier leur intervention, les monarchies sunnites du Golfe affirment vouloir empêcher l’Iran de reproduire au Yémen l’expérience du mouvement chiite Hezbollah au Liban, devenu un acteur politique et militaire incontournable.

Politisation

Depuis la semaine dernière, le drame du pèlerinage de La Mecque, qui a fait de cette édition le hajj le plus meurtrier depuis 25 ans, empoisonne des relations déjà mauvaises entre le royaume sunnite et la République islamique chiite.

L’Iran accuse ouvertement Riyad d’incompétence dans l’organisation du hajj, l’un des plus grands rassemblements religieux annuels au monde, alors que Riyad rétorque en reprochant à Téhéran de chercher à « politiser » la catastrophe.

L’exaspération de l’Iran — pays qui de loin a payé le plus lourd tribut dans le drame du pèlerinage — s’est manifestée mercredi à travers l’intervention de l’ayatollah Ali Khamenei.

Si « le gouvernement saoudien ne fait pas son devoir en ce qui concerne le rapatriement des corps », l’Iran « réagira durement », a prévenu le guide suprême. Selon lui, l’Iran « a jusqu’à présent fait preuve de retenue » mais si l’Iran devait réagir, les Saoudiens « ne feront pas le poids ».

Convoqué au ministère des Affaires étrangères mercredi pour la quatrième fois depuis le drame, le chargé d’affaires saoudien à Téhéran a de nouveau été sermonné. Il lui a été rappelé qu’aucune des familles des victimes « ne souhaitait d’enterrement en Arabie saoudite » et qu’elles avaient toutes demandé « le rapatriement rapide et respectueux des corps », selon l’agence de presse officielle Irna.

Le président iranien Hassan Rohani a écourté son séjour à New York, où il participait à l’Assemblée générale de l’ONU, pour pouvoir assister au retour, initialement prévu mardi, des dépouilles de 130 des 239 pèlerins iraniens morts.

Mais des difficultés liées à l’identification des victimes et aux autorisations d’atterrissage des avions en Arabie saoudite ont retardé le rapatriement des corps, selon les autorités iraniennes. Celles-ci ont par ailleurs affirmé être sans nouvelle d’un haut diplomate depuis la bousculade de Mina.

1 commentaire
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 octobre 2015 03 h 55

    Quelle tristesse !

    « … empoisonne des relations déjà mauvaises entre le royaume sunnite et la République islamique chiite. » (AFP)

    De cette citation, cette observation :

    Bien qu’elles soient de sources similaires (islam), ces entités, tardant à s’apprécier mutuellement, demeurent des ennemies qui se regardent avec des torpilles dans les yeux !

    Drôle à crayonner, cette situation, à prétexte ?, rappelle celle du Moyen-Âge chrétien (par exemple : massacre de la Saint-Barthélemy), qui se disputait tout autant le territoire que les personnes appelées à renforcer ou soutenir un christianisme envahissant ou envahisseur !

    Quelle tristesse ! - 1 oct 2015 -